Apprendre à développer la pensée analytique chez nos enfants

Les méthodes de développement d'une pensée efficace, prompte au succès scolaire et social existent;elles sont pratiques et applicables depuis l'enfance.
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En l’homme, rien ne peut, dans une relation de consubstantialité exister avec la pensée, pour lui rendre son statut de créature exceptionnellement différente. Et sur notre petite « boule bleue », aucun effet biologique ne s’est présenté aussi prodigieux que l’intelligence et la pensée, par lesquelles l’homme manifeste ses aptitudes à organiser, contrôler et maîtriser le monde. Descartes était donc l’un des premiers à le comprendre clairement puisque c’est lui qui nous fait dire : « Je pense donc je suis ».

La Pensée c’est l’Homme, et l’Homme c’est la Pensée

Depuis les temps philosophiques, à commencer par les « pré- et post-socratiques et les socratiques eux-mêmes », jusqu’aux temps modernes des Descartes, Montesquieu, Voltaire, Nietzsche, Spinoza,… la pensée humaine a été célébrée dans sa suprématie sur les autres attributs de la vie. Nous avions acquis la conviction que, si dans leur expression primitive, naturelle et pure, la pensée, l’intelligence et la raison disposent de moyens indispensables pour faire survivre l’individu, elles offrent d’énormes potentialités cultivables et perfectibles,aux fins d’affinement et de raffinement. On s’est ainsi imposé ingénieur, chercheur, artiste, comédien, leaders, etc., parce que, dans le domaine, on a cultivé sa pensée qui y trouvait sa sensibilité particulière.

Par ailleurs, plus que tous les temps, on est aujourd’hui convaincu que :

  • Les bonnes bases de la pensée solide qui construit, crée, fait réussir, s’acquièrent dès l’enfance
  • L’endroit où s’exerce le mieux, la bonne pensée est l’école
  • Intelligence et bons résultats scolaires sont prompts à se coopter
  • De bons résultats scolaires préludent une réussite sociale.

Qu’est-ce que « penser » ?

Feu John Dewey, célèbre professeur de pédagogie, suggérait que « L’acte de penser commence par une difficulté sentie et reconnue. » Le professeur insiste sur ce fait que nous ne pensons que si nous sommes confrontés à quelque difficulté, à quelque obstacle ou à quelque problème.

On peut penser comme le professeur, mais aussi, comme beaucoup d’autres qu’il y a trois démarches dans le processus de la pensée. La première est nécessairement une difficulté dans notre vie. La deuxième est la formulation d’hypothèse(s) que suscite le besoin de résoudre la difficulté. La troisième étape de la pensée, c’est la solution après l’hypothèse ou l’idée de sortie de la difficulté.

Les spécialistes de la psychologie dynamique pensent qu’il y a deux modes fondamentaux de pensée. Le professeur de psychologie Jérôme Bruner de l’Université de Harward les appelle justement « pensée de la main droite » et « pensée de la main gauche ». Qu’est ce que l’une ou l’autre et comment les développer pour favoriser l’expression intellectuelle de l’enfant élève ?

Développer la « pensée de la main droite »

Le Docteur J. Bruner la définit comme étant la pensée logique, analytique, rationnelle. C’est la pensée consciente qui procède avec soin, pas à pas, jusqu’à une conclusion logique. C’est elle qu’on cultive à l’école même si, en réalité ; il ne s’agit que d’ « exercice ».

Travail pour la cultiver : comprendre d’abord que ce n’est pas seulement l’école qui en a le devoir ; que, la vie s’apprend non exclusivement à l’école ou à la maison ou dans la rue, mais dans une sorte d’équilibre de tous que, quelle que soit la situation d’aisance des parents, les enfants doivent apprendre à se salir les mains ou à transpirer; autrement, ils n’acquerront pas l’intelligence nécessaire pour protéger et conserver les acquis de la famille.

Ainsi, dès le bas-âge encouragez les enfants à toucher les objets, à prendre conscience des différentes textures. Aidez-les à écouter les sons qui les environnent, à les connaître, à voir la beauté des choses courantes… Vous les encouragerez à se servir sans cesse de leurs yeux, de leurs oreilles, de leurs mains. Vous pouvez rendre votre enfant conscient de la beauté d’une rangée de fleurs dans le jardin. Encouragez-le à toucher l’écorce rugueuse et nervurée d’un arbre et l’écorce lisse et marbrée d’un autre. Même les bruits du vent dans les arbres, le chant de la tourterelle au petit matin et au crépuscule, le murmure d’un ruisseau sur les cailloux peuvent être pour votre jeune enfant, le tremplin d’une sensibilité sur le point de s’épanouir et qui s’enrichira durant sa vie entière.

L’âge préscolaire en est le bon moment. Et, autre les expériences sensorielles variées recommandées, nous devons fournir aux enfants toutes sortes de matériaux qu’ils pourront utiliser comme stimulants de leur pensée entre trois et six ans. Qu’ils aient donc, par exemple, du papier à volonté, des pastels, des crayons feutres, des peintures, des ciseaux à bouts arrondis, des piles, de vieux magazines, du carton de formes et dimensions variées…, des jeux de construction, de la pâte à modeler, de l’argile etc. On sera ainsi moins paresseux en allant en campagne avec son enfant, en faisant une sortie vers les confins de la ville, au centre commercial du quartier, de la ville, au marché du village etc. Avec votre imagination, vous trouverez vous-même d’autres pratiques et jeux. Ne perdons pas de vue que ceci est valable pour votre enfant d’âge préscolaire. Quant aux ados et aux plus grands, ils doivent voyager, faire des sorties avec vous, aller voir et rester un temps avec les grands parents, un oncle social, une tante affectueuse, aller au barbecue avec les amis, au camp scout, au « summer camp » etc.

L’inestimable pouvoir de la lecture

Beaucoup d’essais ont été écrits sur les avantages de la lecture. On a ainsi apprit que, la lecture, en dehors du fait qu’elle cultive des aptitudes de communication excellente, développe l’intelligence, sa cohérence, la concentration à la pensée, la mémoire et élargit chaque fois l’horizon mental du lecteur. La lecture est aussi excellente dans la formation de l’esprit de logique et de discernement. Elle forme enfin la personnalité à travers les œuvres littéraires qui offrent l’occasion au jeune lecteur de choisir (souvent inconsciemment) des personnages célèbres auxquels il voudra ressembler. Il repousse le vice à travers les mauvais personnages et sympathise avec les bons et développe ainsi en lui la positivité, véritable catalyseur de l’activité intellectuelle.

En somme, la lecture est pour le développement intellectuel, ce qu’est pour le sport, la natation, un sport complet et total.

Le parent qui attend de son enfant de bons résultats scolaires, veillera à habituer son enfant, dès l’école primaire, à la lecture. Il le guidera vers les bons livres, sachant bien que toutes les lectures ne sont pas utiles ou positives. A ce sujet, il existe heureusement aujourd’hui une floraison de littératures enfantines, et tout libraire ou bibliothécaire guidera le parent qui en est désireux. Des revues du genre de « Planète Enfants » ou « Planète Jeunes », etc. seront les bienvenues. Autrefois en Afrique, Calao et Kouakou rendaient beaucoup service.

Le secret de beaucoup d’élèves qui réussissent facilement leur scolarité est qu’ils lisent et écrivent constamment, même pendant les vacances. Ils connaissent les multimédia et autres modernités mais ils n’abandonnent pas la lecture… A l’opposé, ils sont aussi nombreux qui ne touchent à un stylo et ne frotte une page de livre qu’en période scolaire. Comment peut-on réussir en pareils cas lorsqu’on sait que le progrès et la perfection viennent nécessairement de la répétition et de l’exercice ? Rappelons-nous, les stars olympiques ou du sport tout court ; voyez comment ils s’entraînent constamment et répètent les mêmes gestes constamment ? On n’est pas champion sans compétition dans les jambes. Il en est de même des activités intellectuelles et scolaires pour lesquelles la lecture est à la fois, moment de détente et d’exercice permanent.

Ainsi, en étant un parent ouvert et disponible, en créant des conditions d’expériences diverses à l’intention des enfants, en les entraînant à vaincre les difficultés et en les familiarisant avec la lecture, on crée des conditions idéales du développement de la pensée logique, analytique, rationnelle que nous avons convenu d’appeler comme le professeur J. Bruner « pensée de la main droite ». Mais on n’est complet en efficacité à produire par la pensée qu’avec l’addition de la « pensée de la main gauche », qui, malheureusement reste négligée dans les systèmes classiques d’éducation.

Abalo Essrom KATAROH

New York USA

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