Kadhafi : Crimes et Primes de son Régime

Kadhafi serait-il un Béhanzin,un Samory Touré ou un El-Hadji Omar comme le pensent certains Africains?Quels sont les mérites réels de son régime en Afrique?

L’histoire retiendra qu’à la date du 15 Mai 2011 avec l’entrée des insurgés à Tripoli, le déclin définitif du régime de Kadhafi entamait son versant le plus abruptement descendant. Et, des belles côtes de la Tripolitaine aux profondeurs du désert de Fezzan, dans la confusion encore présente, des cœurs restent brisés aussi bien pour le régime que par le régime. De même, au sein de la communauté internationale, notamment africaine, les oppositions d’opinions restent vives, soutenant ou condamnant un camp ou l’autre. Pour une bonne partie des Africains, comme El Hadj Omar, Béhanzin ou Samory Touré, Kadhafi aurait résisté jusqu’au bout, face « à la traitrise de ses frères » soutenus par l’envahisseur étranger. Mais en réalité Kadhafi mérite-t-il une gloire semblable ou proche de celle dont auréolent les africains, leurs chefs éternels que sont Samory Touré, El Hadj Omar… ? Que retiendra véritablement l’histoire ? Un régime victime de ses propres faits ? Victime des conflits d’appâts et d’intérêt des grands du moment ? Naturellement emporté par la " mauvaise brise" du Printemps arabe ? Mérite-t-il cette fin catastrophique, piteuse, couverte d’affront tristement plaqués dans les "carreaux marbré de l’histoire ? "

Le Bonheur par le Pétrole :les primes du régime Kadhafi

L’exception du Régime Kadhafi par rapport aux autres des Etats d’Afrique producteurs de pétrole ou riches en ressources naturelles, se trouverait certainement dans la gestion du pétrole, seule richesse nationale du pays que la Colonel a mis au profit des actions politiques, économiques et sociales substantiellement positives. Le Régime, aussi bien par ses actions que par le pétrole a pu ainsi :

  • Offrir à la Libye, à la suite du coup d’Etat du 1er septembre 1969, le bannissement de la Monarchie dynastique. Rappelons que l’un des premiers objectifs du Conseil de Commandement de la Révolution ayant renversé le Roi Idris1er et à la tête duquel se trouvait Kadhafi, était d’abolir le Régime monarchique dynastique du pays par l’instauration d’une République ; et pourtant !
  • Bâtir la nation libyenne en affaiblissant les sentiments d’appartenance tribale : la malédiction des richesses du sous-sol n’a pas existé en Libye comme au Nigeria, en Angola, en RDC, au Liberia…
  • Rendre le pays visible sur le plan régional et international en lui faisant accéder même à des places de Leadership
  • Bâtir un régime d'action et d’autorité au-delà des frontières d’un pays qui se fait respecter et qui ne reçoit pas d’aides étrangères comme d’autres États producteurs de pétrole à l’instar de l’Algérie, du Nigeria, l’Arabie Saoudite…
  • Créer une cohérence d’État ou de Nation
  • Faire un bien-être économique et social réel aux Libyens : en Libye, tous les citoyens bénéficient du pétrole qui ne tarit jamais à la pompe comme au Nigeria ou ailleurs; le prix auquel on l’achète est dérisoire, l’État subventionne beaucoup de produits et de marchandises : le contrôle des prix est strict.

  • Faire de la Libye une puissance militaire : l’intervention de l’OTAN a commencé le 19 Mars 2011 ; c’est après cinq mois, soit le 15 Mai 2011 que les insurgés ont pu pénétrer Tripoli, et ce n’est pas encore fini ! L’OTAN, c’est une association d’armées et de moyens militaires, la plus puissante organisation militaire du monde contre une seule partie de l’armée de Kadhafi (une partie ayant fait défection). L’OTAN combat au sol, sur mer, en l’air ; Kadhafi ne combattait qu’au sol. Décidément ! que se serait-il passé si c’était tout le pays uni qui était en guerre contre un envahisseur extérieur ?

Quelques indicateurs précis du Développement Humain Durable en Libye (par le PNUD, FMI ou Banque Mondiale) :

  • Taux de scolarisation : 89%, ceux des autres pays de la région : Maroc 86%, Algérie et Tunisie : 97%, Égypte 94%. Avant Kadhafi, plus de 80% d’enfants étaient analphabètes.
  • L’espérance de vie en Libye : 77,65ans, dépasse celui des pays de la région comme le Maroc 72 ans
  • Taux de mortalité infantile : 20,09 pour mille
  • Le pays attire des investisseurs
  • Le Dinar libyen est la plus forte monnaie du continent africain. C’est une monnaie stable. 1LYD=0,82US$ = 389 FCFA
  • 1Dinar Algérien = 0,01 USD
  • 1Dirhaw marocain = 0,12 USD
  • 1Dinar tunisien = 0,71 USD
  • 1 Livre égyptienne = 0,17 USD
  • Le PIB/Habitant en 2010 : 12062 USD : Le pays est positivement classé avant les autres de la Région : Algérie 4477USD, Tunisie 4160 USD, Égypte 2771 USD ; Maroc 2868 USD. Il dépasse aussi des pays africains producteurs de pétrole : le Nigeria 1324 USD, le Gabon 8395 USD… et d’autres pays du monde comme la Pologne 11521 USD, le Brésil 10461 USD…

Les Crimes du Régime Kadhafi

Vis-à-vis de l’extérieur, Kadhafi, pour les Occidentaux est un leader terroriste ;quelques faits: 1986, attaque à l’explosif d’une discothèque fréquentée par des militaires américains à Berlin, bilan : 2 morts ; attentat contre des avions en 1986 et 1988, respectivement contre : un avion de la compagnie française UTA, qui explose en plein vol au-dessus du Niger : bilan 170 morts ; un autre avion civil américain qui subit le même sort au-dessus de l’Ecosse, bilan : 270 morts. Derrière chacun de ces attentats, les services secrets de Kadhafi sont cités. Tout au long des années 1970, beaucoup de détournements d’avions poussent les pilotes à la nuque, vers Tripoli…En Afrique, Kadhafi a apporté sa complicité par son soutien à des chefs criminels politiques hérétiques comme Idi Amin Dada …

A l’intérieur du pays, la dictature de Kadhafi n’avait aucune tolérance pour toute forme de contestation ou d’opposition à son régime. Il a fait régner la terreur, des menaces, des cris de douleurs, de sang coulé : en bon dictateur, il n’aimait surtout pas les intellectuels, et tout ce qui se permettait la pensée libre autre que la sienne, propre à sa révolution. En 1976, par exemple, deux étudiants sont exécutés à Benghazi , l’année suivante, deux autres y étaient pendus. En 1981, treize écrivains et journalistes sont condamnés à vie et parmi eux, plusieurs décès s’ensuivront sous la torture. C’est dans cette période, qu’Amnesty International signal au moins 198 704 prisonniers politiques. En fait, c’est que Kadhafi, dans les années 1980 a même généralisé la chasse à ses opposants qu’il étend à l’extérieur : Rome, le 21 Mars 1981, le corps d’un dissident libyen mort a été retrouvé dans le coffre de sa voiture ; dans les jours qui suivaient dix autres opposants sont éliminés tour à tour comme ce journaliste libyen, Moustapha Ramdan, travaillant pour BBC, abattu de trois balles alors qu’il sortait de la Mosquée. 19 Avril 1981, un homme d’affaire libyen est abattu dans un café à Rome par deux hommes armés. Il avait refusé d’obéir aux ordres de Kadhafi de renter au pays. Moins d’une semaine plus tard à Londres, un des chefs de l’opposition en exil, un avocat est tué, à la sortie de son bureau. A Bonne, un ancien diplomate libyen, faisant ses courses un samedi matin, est abattu en pleine rue. Le lendemain à Rome, deux Libyens discutent avec un de leur compatriote, homme d’affaire, au bas d’un hôtel lorsque l’un d’entre eux l’abat d’une balle dans la tête…

A Londres devant les bureaux populaires (ambassade de la Libye),des réfugiés libyens manifestent contre les assassinats, cela n’a pas empêché trois semaines plus tard, d’autres assassinats à Rome, Milan, Londres, Athènes…Et d’autres assassinats et disparitions encore et encore !

Pendant ce temps, la gestion personnelle du pouvoir instaurée par Kadhafi, pousse les confins de ses perversions vers la patrimonialisation de l’Etat ; et dans les années début 2000, le dictateur fait lire plus ouvertement ses pensées de faire se succéder à lui par son fils Seïf El Islam.

Le passage de Kadhafi au pouvoir aurait alors été significatif en quatre points essentiels :

  • Son coup d’Etat a permis l’abolition du Régime monarchique et dynastique en Libye
  • Il a marqué le pays de succès politique économique et social
  • Ces succès sont entachés de sangs et de crimes
  • Il a terni son premier mérite politique, à savoir, la suppression du pouvoir monarchique et dynastique, en ‘’patrimonialisant’’ l’Etat et pire, en voulant se faire succéder par son fils, c’est l’erreur fatale.

Abalo Essrom KATAROH, September 2011

New York, USA

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