Kadhafi : le pétrole sans malédiction, pourtant !

Kadhafi a été chassé du pouvoir dans un déshonneur à la mesure de son excentrisme. Sa gestion du pétrole avait cependant une particularité en Afrique...
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Au « Zaïre », le long et implacable règne de Mobutu a commencé dans le sang et s'est terminé dans le sang après avoir répandu malheurs, impudicité, corruption et débauche généralisée. Les immenses richesses du sous-sol , au lieu de servir au développement du pays, ont enivré le dictateur qui s’en est servi pour précipiter le pays dans les souterraines du développement. Le pays est désormais le symbole d’opposition d’un Etat aux immenses richesses naturelles à sa situation de misère et d’incertitude. Le résultat de cette gestion calamiteuse du pays c’est la guerre civile enclenchée en 1997 et fragmentée en petits conflits infinis et épars sur le territoire grand comme quatre fois la France. Bilan : 4millions de victimes selon l’ONG International Rescue Commitee ; 183milles pour les chercheurs André Lamber t et Louis Lohlé-Tart . Au Libéria, après 14 ans de guerre des Diamants, la liste des déplacés a atteint 3,1 millions pour plus de 300 milles victimes. Il en est de même de la Sierra Léone avec au compteur plus de 200milles morts ; la particularité ici étant que la plupart de ces victimes sont femmes et enfants et que, pour chaque famille sierra léonaise, il faut désormais faire avec un manchot à la maison ; tandis que la première guerre des richesses du sous-sol en Afrique a duré 27ans en Angola, tué plus de 500milles personnes et entrainé plus de 4millions de réfugiés dans leur propre pays… Et sur le continent africain, on ne cesse de compter des conflits ouverts, sociaux… au Nigéria, au Tchad, en Algérie…avec pour origine les richesses naturelles qui ne font plus le bonheur des populations mais leur malheur. Kadhafi dont le régime est aujourd’hui en débandade avait cependant pu épargner ce « mauvais sort des richesses » à son pays. Le « Guide » a réussi à faire le bonheur des Libyens avec le pétrole de son sous-sol. Et pourtant !

Le pétrole est un don de la Libye

Exceptée la zone littorale de la Tripolitaine et la Cyrénaïque, la Libye, dans l’ensemble est un désert aride. Le Fezzan avait même fait l’objet de médisance de la part des conquérants occidentaux le traitant de « Région inutile ». Et puis jusque sous Idris 1er tout ce qui se mangeait en Libye venait de l’extérieur. Mais depuis les découvertes successives des gisements de pétrole à partir de 1956, des changements ont eu lieu, aussi bien dans la vision de l’extérieur sur le pays que sur le sort même des libyens. Les libyens ont compris depuis lors qu’avec l’or noir étalé dans les profondeurs de leur désert, ils pouvaient tout faire : politique, économie, social… Idris 1er programme même de construire une « capitale artificielle » à Beida, et, lorsqu’on le renversait du pouvoir, Beida, la petite localité était noyée de chantiers ; et, toute la Libye était un vaste chantier de construction de routes, d’écoles, d’hôpitaux, d’industries… Kadhafi n’avait qu’à suivre ses brisées.

D’abord, ce rappel : l’exploitation du pétrole en Libye a commencé en 1963 avec 450 mille barils par jour . Cette exploitation progresse rapidement à 1740 mille barils par jour en 1968, et déjà en 1965, la Libye avait atteint 58,5 millions de tonnes de production annuelle de pétrole pour se classer 7ème producteur mondial et 1er en Afrique. De quoi attiser tous les appétits ! En effet ! Car, en l’espace d’une décennie à peine, quarante compagnies pétrolières occidentales, notamment américaines se trouvaient sur les champs pétrolifères du pays. Mais, seulement, les contrats étaient signés loin du pays, aux USA , sur la base des lois établies en Amérique . En plus, seulement 25% du prix du baril revenait à l’État Libyen . Et comme indiqué plus haut, l’un des premiers gestes du Conseil de Commandement de la Révolution fut de mettre à la porte ces compagnies d’exploitation. L’enfant terrible da la politique fait donc encore parler de lui ici « en économie ». Il fait en sorte que le « pétrole, don de la Libye » soit une réalité totale dans la vie de l’État et des citoyens libyens. Pour des raisons de protection, connaissant l’appétit et l’avidité des Occidentaux pour le pétrole, pour lequel ils entreprendraient toutes les odyssées, Kadhafi prend des mesures strictes de sécurité autour des puits de pétrole : on ne les filme même plus comme c’était le cas sous Idris 1er, et, chaque puits est gardé comme un site militaire.

En septembre 1970, soit un an seulement après son arrivée au pouvoir, Kadhafi, avec l’aide de son conseiller et compagnon d’armes Abdessalam Jalloud , réussit à imposer, pour la première fois, une augmentation du prix du baril de pétrole ouvrant la voie aux autres pays producteurs et déséquilibrant la géopolitique du pétrole. Et pas, par les belles manières car, une personnalité des entreprises du pétrole de l’époque, Andrew F. Ensor, témoigne que durant toute la séance de négociation à laquelle il a participé le conseiller de Kadhafi qui dirigeait les débats garda un pistolet sur la table jusqu’à la fin.

Le Bonheur par le Pétrole

Avec « le pétrole, don de la Libye », mieux que « suivre les brisées » d’Idris 1er, Kadhafi a pu :

  • Bâtir la nation libyenne en affaiblissant les sentiments d’appartenance tribale : la malédiction des richesses du sous-sol n’a pas existé en Libye comme au Nigeria, en Angola, en RDC, au Liberia…
  • Rendre le pays visible aux plans régional et international en lui faisant même accéder à des places de Leadership
  • Bâtir un régime d'action et d’autorité au-delà des frontières d’un pays qui se fait respecter et qui ne reçoit pas d’aides étrangères comme d’autres États producteurs de pétrole à l’instar de l’Algérie, du Nigeria, l’Arabie Saoudite…
  • Créer une cohérence d’État ou de Nation
  • Faire un bien-être réel économique et social : en Libye, tous des citoyens bénéficient du pétrole qui ne tarit jamais à la pompe comme au Nigeria ou ailleurs, le prix auquel on l’achète est dérisoire, l’État subventionne beaucoup de produits et de marchandises : le contrôle des prix est strict.

  • Faire de la Libye une puissance militaire : l’intervention de l’OTAN a commencée le 19 Mars 2011 ; c’est après cinq mois, soit le 15 Mai 2011 que les insurgés ont pu pénétrer Tripoli, et ce n’est pas encore fini ! L’OTAN, c’est une association d’armées et de moyens militaires, la plus puissante organisation militaire du monde contre une seule partie de l’armée de Kadhafi (une partie ayant fait défection). L’OTAN combat au sol, sur mer, en l’air ; Kadhafi ne combattait qu’au sol. Décidément ! que se serait-il passé si c’était tout le pays uni qui était en guerre contre un envahisseur extérieur ?

  • Taux de scolarisation : 89%, ceux des autres pays de la région : Maroc 86%, Algérie et Tunisie : 97%, Égypte 94%. Avant Kadhafi, plus de 80% d’enfants étaient analphabètes.
  • L’espérance de vie en Libye : 77,65ans, dépasse celui des pays de la région comme le Maroc 72 ans
  • Taux de mortalité infantile : 20,09 pour mille
  • Le pays attire des investisseurs
  • Le Dinar libyen est la plus forte monnaie du continent africain. C’est une monnaie stable. 1LYD=0,82US$ = 389 FCFA
  • 1Dinar Algérien = 0,01 USD
  • 1Dirhaw marocain = 0,12 USD
  • 1Dinar tunisien = 0,71 USD
  • 1 Livre égyptienne = 0,17 USD
  • Le PIB/Habitant en 2010 : 12062 USD : Le pays est positivement classé avant les autres de la Région : Algérie 4477USD, Tunisie 4160 USD, Égypte 2771 USD ; Maroc 2868 USD. Il dépasse aussi des pays africains producteurs de pétrole : le Nigeria 1324 USD, le Gabon 8395 USD… et d’autres pays du monde comme la Pologne 11521 USD, le Brésil 10461 USD…

Les Libyens, vu qu’il a beaucoup apporté au pays, lui ont pardonné jusqu’à un certain niveau, cette gestion patrimoniale de l’État qui est survenue par le fait de l’excès de longévité de son règne, mais, après quarante-deux ans de règne, personne ne pouvait encore supporter un Kadhafi pour une autre quarantaine d’années, sinon, à quoi il a servi de « renverser le pouvoir monarchique et dynastique d’Idris 1er ? Kadhafi a construit certes, mais qu’est-ce qu’une main qui construit et détruit si ce n’est une main simplement destructrice ? On pouvait retenir de lui un régime constructeur, mais aujourd’hui, on ne peut retenir que les cris de douleurs qui se sont glissés, la hantise de la menace, les crimes de sang… La fuite de Kadhafi ne ressemble même pas à celle d’un chef d’État. Ni par avion, ni par mer ! Peut-être même, pas dans une voiture confortable ; l’avion, dans le feu de l’OTAN serait abattu au-dessus de la Libye, « zone d’exclusion aérienne » et une voiture luxueuse attirerait plus facilement l’attention de l’ennemi. A la fin des comptes, Kadhafi est parti comme un « rat »,ou à pied, ou dans le coffre d’une voiture banalisée, ou encastré dans un char blindé jusqu’à la visière. Dommage, ce n’est pas Kadhafi, l’enfant terrible qu’on connaît contre les Occidentaux

New-York USA,le 28 Septembre 2011.

Abalo Essrom KATAROH

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