Black Swan, un thriller cérébral captivant

Une nouvelle interprétation du Lac des Cygnes de Tchaïkovski, où le bien rencontre le mal

Inspiré d'une légende allemande, Le Lac des Cygnes est un des plus célèbres ballet. Il se joue en quatre actes, sur une musique de Piotr Illitch Tchaikovski. Il a donné lieu à de nombreuses versions jouées à travers le monde. Voici celle de Darren Aronofsky.

L'écran s'allume sur une musique frénétique et une succession d'entrechats. Déjà, Natalie Portman apparait saisissante dans le rôle de Nina, la ballerine élue pour jouer le rôle principal de ce fabuleux ballet.

L'action se déroule sur scène et dans les coulisses du New York City Ballet. Une sorte de huit clos inquiétant et haletant dans lequel trois personnages percent la toile : Thomas le directeur artistique de la troupe interprété par le brillant Vincent Cassel, Nina la protagoniste et reine des cygnes et la sulfureuse et indomptable Lily (Mila Kunis).

A travers Black Swan, Darren Aronofsky dévoile un autre visage des danseuses étoiles, délaissant la blancheur candide au profit de la noirceur vénéneuse.

"La perfection, ce n'est pas juste le contrôle, c'est aussi savoir lâcher-prise"

Nina est obsédée par la perfection. Trop sage et trop appliquée, elle incarne le cygne blanc idéal. Pour représenter le cygne noir, elle doit accepter de perdre le contrôle pour ainsi laisser s'exprimer sa part d'ombre sombre et érotique. Le réalisateur nous embarque dans la tête de son héroïne et bientôt c'est celle du spectateur qui tourne et qui se perd. On plonge en eau trouble dans les névroses de Nina. Plus elle se dévoue corps et âme à son obsession artistique, plus elle frise la folie, pour en devenir sa véritable esclave.

Angoisse, fragilité, désirs, refoulements, paranoïa, schizophrénie, démence, manipulation, pression, rythment ce film avec éclat. une réflexion sur la perfection et toute son illusion.

Gracieux, esthétique, audacieux

Natalie Portman excelle dans ce rôle de ballerine belle et fragile, aux prises d'une mère vampirique et d'une passion dévorante. Elle y est époustouflante et transpirante de sensualité. Une performance remarquable, dans laquelle la dualité est au cœur du film : sagesse/folie, candeur/perversion, perfection/abandon.

D'un point de vue visuel, le réalisateur joue d'une très belle esthétique, enchainant des rotations lascives et des jeux de lumières et de miroirs aussi renversants que les mouvements de corps.

Une immersion psychologique et inquiétante dans l'intériorité d'une ballerine qui n'a qu'un vœu : être parfaite. Poignant, absorbant, ensorcelant, on sort de la salle sur la pointe des pieds, avec le fracas du silence intérieur et on retient l'abandon de la dernière sentence : "It was perfect".

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