Comment dire la grâce en peinture de Dominique Vergnon

Cinquante deux portraits de Giotto ( vers1266-1337) à Françis Bacon (1909-1992) ici accompagnés d'une œuvre pour chaque peintre. La grâce est parmi nous

Préfacé par Pierre Rosenberg de l’Académie française, ce livre a pour couverture un dessin de Paul Gauguin. Il regroupe un point de vue très pointu sur différents peintres classés non pas chronologiquement mais par ordre alphabétique. Dominique Vergnon l’auteur dont la carrière fut diplomatique a collaboré en tant que critique à plusieurs revues d’art. Et il écrit vraiment très bien. C’est un réel plaisir d’entrer en contact avec Jan Vermeer, Eugène Fromentin, Le Greco, René Magritte, Salvador Dali et bien d’autres par son intermédiaire. Sa sélection est bien évidemment subjective. Il a choisi d'inclure une peintre et poète Marie Laurencin dont le thème presque unique de sa peinture est la femme citadine. Et il a eu l’audace de ne pas citer Picasso. « Oublié Picasso, où est Giorgone. ? Ils seront à l’honneur une prochaine fois » affirme t-il. Comme il le dit si bien les belles œuvres aident à mieux vivre et avec cet ouvrage on se régénère. « La peinture est un pont jeté entre les âmes » écrivait Delacroix. Et Dominique Vergnon confie que ces mots résument l’intention de son ouvrage.

Une analyse fine et profonde de ces artistes

Ce livre riche et profond englobe des détails passionnants sur la technique de ces peintres. L'auteur démontre très bien que Fra Angelico moine dominicain possédait les fibres de l’artiste et du mystique. Il peignait en priant, priait en peignant.. Les huit dernières années de sa vie, John Constable grand observateur de la nature peindra des tableaux plus sombres. Les esquisses de cet Anglais sont toutes nées sur les lieux mêmes où l'inspiration du moment lui dictait une halte. Une note retrouvée après sa mort résume bien sa philosophie : " Le monde est vaste, il n'y a pas deux jours semblables, pas même deux heures. Pas une feuille depuis la Création n'a été pareille à une autre"..Caravage selon l’auteur n’avait qu’une amante... la lumière. Et il affirme que l’ombre présente dans ses tableaux et qui n’existe que par cette lumière amplifie sa domination. ».. Il dit d'Edvard Munch que son talent de conteur des angoisses et des désirs humains met en valeur le côté ténébreux de l'existence..

Les peintres s'expriment avec franchise

Intéressant de noter des réflexions de peintres à propos de leurs semblables. Françis Bacon grand admirateur de Picasso et interviewé par l’auteur : « Je n’aime pas Dali parce qu’il était prisonnier de sa vanité et qu’il trichait avec son instinct ». Ou bien Nicolas Poussin qui voyait en Caravage le rebelle un « destructeur », un thuriféraire de la laideur », « un ruineur de peinture menant cet art très noble et très sublime à la ruine ». Corot qui composait lui-même ses verts généralement mélangés à d’autres couleurs reçoit ici les compliments d’Auguste Rodin : « Ce que j’aime tant chez lui, c’est qu’il vous donne tout avec un bout d’arbre ».. Et ce même Rodin malheureusement non choisi par l’auteur de dire de Marie Laurencin que c’est une "fauvette.".

De l'humilité et du plaisir des sens

Dans sa préface, et il a raison l'auteur insiste sur le fait que les grands créateurs donnent des leçons de simplicité et de patience. Degas qui fait partie des cinquante deux peintres présentés ici a avoué un jour " qu'il a passé toute sa vie à essayer".. Quant à Edvard Munch voici ce qu'il dit : "Quand je peins, je ne pense jamais à vendre. Les gens ne comprennent tout simplement pas que nous peignons dans le but d'expérimenter et de nous développer parce que nous aspirons à nous élever"..

En dehors du choix des peintres qui peut en frustrer certains, un regret que l’on peut avoir en parcourant cet ouvrage c’est le fait qu’un seul tableau de chaque peintre soit ici représenté. Mais évitons d’être trop gourmand et trop critique. Contentons nous simplement d’apprécier ce livre qui réjouit notre esprit et nos yeux. Il fait vivre nos sensations de manière intense et nos perceptions peuvent s’émanciper allègrement..

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