Fabrice Santoro A deux mains Editons Hachette

Fabrice Santoro raconte de manière détaillée sa vie de joueur de tennis. Différentes facettes de sa personnalité sont ici évoquées avec charme et simplicité
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Une ambition raisonnable

Cette autobiographie dépeint un joueur dont l'enfance loin de ses parents n'a pas toujours été dorée, étant donné sa sensibilité et son grand besoin d'affection. Après une première expérience douloureuse à douze ans loin de sa famille, qui l'a contraint à revenir chez lui, il a vraiment quitté le giron familial à quatorze ans en intégrant l'INSEP à Paris. Possédant un jeu peu conventionnel, jouer de manière traditionnelle serait compliqué pour lui.. Son secret vient notamment de son côté imprévisible sur un court. " Mon adversaire ne sait jamais ce que je vais faire, c'est ma force." En revanche, son unique souhait a toujours été de vivre sa passion et de s'amuser, ceci au détriment d'une ambition peut-être pas assez peu développée. " Je n'ai jamais envisagé d'être le premier, car je n'avais pas les moyens pour l'être. Ce qui m'a manqué pour aller plus haut, c'est peut-être l'ambition. " Selon lui, sa longévité il la doit à son jeu à deux mains qui l'a empêché de souffrir de déséquilibre. Avec donc un risque moindre de se blesser. Et puis à son désir de toujours comprendre.

Une attitude parfois incongrue

Considérant Amélie Mauresmo comme sa meilleure copine, et Richard Gasquet comme son petit frère , il avoue être très différent en tournoi et hors tournoi. " D'un tempérament facile à vivre dans mon quotidien, en compétition, je deviens irritable et tendu." Etre dérangé en permanence alors qu'il n'a qu'une seule idée en tête le prochain match, ne lui convient pas du tout. Pour arriver au plus haut niveau, Santoro explique qu'il faut être hors-norme, et que de peu de gens supporteraient une telle tension sans craquer.. Une tension pouvant expliquer les dérapages verbaux, les jets de raquette.. Et Santoro d'affirmer alors qu'il ne faut pas juget trop sévèrement ce genre d'attitude et comprendre qu'une erreur de débutant ou un point capital perdu peut rendre fou.. Il en profite d'ailleurs pour s'excuser auprès de certains arbitres et confesse qu'un jour il s'est senti obligé d'offrir une cravate à Bruno Rebeuh, afin qu'il lui pardonne son comportement quelque peu déplacé..

Jean-Claude Perrin une personnalité marquante

Sur les six tournois ATP qu'il a remportés, quatre l'ont été à l'arraché sur fond de douleurs physiques et morales. Et ce sont ses plus belles leçons de vie. Il a pu se rendre compte que quelles soient les circonstances, il ne faut jamais s'avouer vaincu.. Une école de la vie valable d'ailleurs dans tous les secteurs de la vie. Regardant énormément son entraîneur et se nourissant de son énergie lors d'un match, il garde un souvenir admiratif de Jean-Claude Perrin. Cet entraîneur travaillant au sein de l'athlétisme représente pour lui un homme execptionnel. Il se rappelle la fois ou celui-ci lui a demandé de faire des pompes en plein hiver dans le Bois de Boulogne sur un sol gelé, sans gants ni bonnets..

Les filles..

Même s'il s'est débarassé de sa superstition maladive, il n'en reste pas moins accroc à certains rituels dont il ne peut se passer. Par exemple, quand le juge-arbitre vient le chercher, il boit toujours une gorgée d'eau. Il ne quitte jamais son porte-bonheur et le replace dans son polo entre chaque point. A dix-huit, vingt ans, Santoro qui a réussi à lutter contre le stress grâce à la sophrologie et une visualisation positive des moments de doute, s'interdisait tout rapport sexuel avant un match. Or il a réalisé qu'au contaire ça lui donnait la pêche et du sourire dans sa vie. A condition que ce soit un rapport doux et tendre. Ses aventures avec des filles "faciles", ne lui ont d'ailleurs pas laissé un souvenir impérissable, le charme de la séduction étant inexistant. Mais le regard d'une inconnue croisé sur les gardins a pu le stimuler. IL a alors joué toute la partie pour ce visage envoûtant...

Djénaé sa fille et Federer

Excellent joueur de simple et de double, il rapporte que pour réussir au tennis, il faut une bose dose d'égoïsme. Mais que pour réussir en double, il faut avoir le sens du partage. Bête noire de Marat Safin, et ayant comme bête noire Davydenko, il a perdu une fois contre Nadal. Ne s'étant pas assez préparé pour ce match, il l'a payé. IL a juste eu le temps d'être impresionné et d'avoir la sensation qu'un train lui passait dessus.. Agassi est le joueur qu'il a eu le plus de plaisir à jouer. Quant à Federer, il représente à ses yeux le plus grand champion qu'il ait jamais affronté. Un jour, il raconte avec amusement qu'il a voulu présenter sa fille Djénaé à cette légende du tennis. Mais celle-ci est partie se cacher. Elle n'aime pas ce joueur qui ne cesse de battre son père..

Le succès qu'il présente comme la conséquence d'un énorme travail et d'une vie loin de ses proches pas toujours facile à vivre, ne semble pas lui avoir trop monté à la tête. Ainsi se rende-il compte lorsqu'un restaurant est cher. Ce qui lui vaut d'ailleurs d'être traité de radin. " Si pour être considéré comme généreux, il faut flamber, je préfère être qualifié de radin." Quoi qu'il en soit, pas question pour lui d'arrêter complètement le tennis. " Je n'ai pas peur de vieillir mais de grossir. L'outil de travail du sportif de haut niveau c'est son corps. L'addition de l'âge et de l'activité sportive réduite vont apporter des changements.Ne serait-ce que pour me maintenir en forme, jene lâcherai pas le tennis.."

Agnès Figueras-Lenattier

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