Tolstoï le dernier automne de Michael Hoffman

Un très beau film sur la dernière année de vie de Tolstoï. Ses tourments, sa nouvelle religion et ses contradictions, ses conflits déchirants avec sa femme
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« Tout ce que je sais, je le sais parce que j’aime », c’est par cette citation de Tolstoï que commence le film. Celui-ci adapté du best-seller de Jay Parini a pour axe principal l’amour. Tolstoï et sa femme Sofia sont mariés depuis 48 ans. Sofia s’est dévouée corps et âme à son mari que ce soit sur le plan familial ou littéraire recopiant même jusqu’à 6 fois « Guerre et paix ». Elle est donc très impliquée dans les romans de l’écrivain. Or voilà qu’au nom de sa nouvelle religion et sous l’influence de son disciple et ami Vladimir Chertkov, Tolstoï a l’intention de céder les droits de ses livres au peuple russe plutôt qu’à sa famille. Il veut à présent vivre dans la pauvreté, l’austérité, la chasteté. Un engagement spirituel que Sofia ne partage pas du tout. Et quand elle devine qu’il se trame un nouveau testament, l’indignation, la révolte et le sentiment d’injustice envahissent tout son être. Et son combat contre son mari et encore plus contre Chertkov va se révéler très violent. Une bataille entre le spirituel et le matériel sera alors présente tout au long du film.

Tolstoï et ses contradictions

Le côté paradoxal et contradictoire de Tolstoï est très bien dépeint. En effet, il déclare vouloir libérer les paysans et en même temps il vit comme un aristocrate. Il se prétend contre la propriété privée, or il possède lui-même une très belle maison…D’autre part il prêche pour la suprématie de l’amour, et pourtant sa conduite en tant que mari n’est pas exemplaire. Il s’emporte facilement, et ne ménage pas sa femme. D’ailleurs il lui arrive de reconnaître qu’il n’est pas vraiment tolstoïen.. Christopher Plummer qui joue le rôle de Tolstoï affirme que c’est un « hypocrite ».. En tout cas son interprétation met bien l’accent sur cette caractéristique. Il en fait aussi un personnage attachant dans ses colères, et l’on sent malgré tout qu’il aime profondément sa femme.

Les proches de Tolstoï

Toltoï est très attaché à son secrétaire Valentin Bulgakov( James Mcavoy) qui plein d’idéaux sur l’amour platonique et spirituel va petit à petit devenir un homme. Il s’éprendra de Masha (Kerry Condon) qui partage la même attirance que lui pour les idées de Tolstoï. En revanche, il sera un peu déçu par l’attitude de son « maître à penser » quand il s’apercevra que sa vie n’est pas toujours conforme aux idées qu’il répand autour de lui. Mais il lui restera cependant fidèle. Sofia Helen Mirren ) est remarquable dans sa lutte solitaire et légitime. Passionnée, opiniâtre, parfois drôle, ses souffrances intérieures sont bien traduites. Elle adore son mari et leur forte mésentente lui est affreusement pénible.. .Quant à son opposition à Chertkov, elle est plus que destructrice. Jay Parini affirme d'ailleurs à ce propos : « Il est impossible de dépasser l’affrontement entre Sofia et Chertkov. Ils sont comme nuit et jour et leur combat n’est que le reflet des propres tourments de Tolstoï ». Chertkov (Paul Giamatti) nanti d’un certain charisme est méchant avec Sofia. Il n’a aucune pitié pour elle et va même jusqu’à dire que s’il avait une telle femme il se suiciderait.. Sasha (Anne-Marie Duff) joue bien son rôle de fille subissant les disputes de ses parents.

Une très belle interprétation

C’est un film très intense, où la psychologie des personnages est finement analysé. Il retrace bien la fin de vie de Tolstoï, ses véritables difficultés avec sa femme et le profond déchirement intérieur qui les anime tous les deux. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Helen Mirren et Christopher Plummer ont été nominés aux Oscars 2010. Elle en tant que meilleure comédienne et lui en tant que meilleur second rôle. ..

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