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AÏCHA NOUI

Publié dans : Les articles Sports de Aïcha Noui

Cérémonie Londres 2012: le fil d'un rêve olympique

27 juillet 2012. La cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques dirigée par Danny Boyle a enflammé le monde. Au coeur du rêve olympique, voici mon expérience...

En ce matin du 27 juillet, la quiétude qui règne encore sur le parc olympique n'est qu'éphémère. Dans quelques heures, va débuter la cérémonie d'ouverture des trentièmes Jeux olympiques de l'ère moderne.

Après cent cinquante heures d’entraînement le grand jour est arrivé pour les quelques 10 000 performers de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres. Des studios de télévision 3 Mills aux grands espaces bétonnés de Dagenham East, c’est le 21 juin que le stade olympique nous a ouvert ses portes. Une scène immense, une cloche géante et 80000 sièges... vides. Le décor n’est pas tout a fait planté, mais l’essentiel est là, notre envie et notre motivation de voir ce stade se transformer en une gigantesque piste de danse, tel que nous l’a promis Danny.

Sur le long chemin qui nous emmène à Ethan Manor (les coulisses) nous prenons le temps de repenser à tous ces bons moments: aux auditions et à ces semaines de répétitions intenses sous la direction d’un génie du cinéma. En nous enfonçant davantage dans le parc olympique, la nostalgie commence se mélange déjà à l’excitation. Le recul n’est pas nécessaire pour prendre conscience de notre chance d’être là.

Les auditions du 11 et 27 novembre 2011

De la chance, et aussi beaucoup de volonté, un peu de talent étaient autant de qualités dont il fallait disposer pour les auditions du mois de novembre. Avec la présence de Danny Boyle, là, posté devant nous à chacune des auditions, on se sentait appartenir a quelque chose d’immense.

Oui, « c’est le plus grand spectacle du monde ! » Et pour mes cinquièmes Jeux olympiques, la cérémonie d’ouverture était un rêve, mon objectif principal. Deux auditions, au total dix heures de danse pour démontrer notre envie de nous produire devant quatre milliards de télespectateurs dans le monde. Tel était le leitmotiv du Mass Movement avec à sa tête Steve Boyd, en charge de la gestion des participants pour les événements de grande ampleur.

Sous les yeux de Danny Boyle et du chorégraphe britannique Kenrick Sandy, venu recruter les danseurs, les auditions s’éxecutent sous un niveau particulièrement élevé.

«Congratulations Aicha…»

Avec l’attente des résultats, le doute prend le pas sur l’impression de réussite, jusqu’à ce courriel tant attendu du 13 janvier 2012 : «London 2012 Olympic Games ceremonies- cast offer ». Je me vois proposer un rôle de danseuse dans une séquence spectaculaire.

Mais ce n’est que le 14 avril, lors de la première répétition, maquettes et grand écran à l’appui que Danny Boyle nous livre les secrets de notre rôle consacré à l’inventeur du «World Wide Web», Sir Tim Benners. Notre séquence s’intitulera donc «Thanks Tim» et revisitera les décennies de l’histoire folle de la musique britannique. Le dossard 21 ne me quittera plus, et c’est avec un bonheur certain que je me glisse dans la peau d’une danseuse des sixties.

Tandis que les entraînements s’enchaînent de 3 Mills à Dagenham, le 21 juin nous faisons notre entrée au stade sous une pluie battante. Nous apprécions la gentillesse et la disponibilité de Danny Boyle présent à chacun des entraînements.

D’autant que chaque jour de répétition devient une fête gigantesque. Le plaisir de se retrouver et de partager des moments uniques dans ce stade que nous avons vu lentement s’habiller. On danse, on Chante. Après des semaines de travail, on perçoit enfin ce que cela pourrait donner dans un stade comble et enchanté. Les lumières, le feu, la musique... Tout y est, on est prêt!

Alors arrêt dans le temps, le 15 juillet, à l’occasion des répétitions de la parade des athlètes, personne ne le sait, les medias n’en n’ont pas fait mention bien sûr, mais quelques jours avant Laura Flessel, je fus le premier porte drapeau tricolore. Un honneur pour ce qui constitue un des moments phares de la cérémonie d’ouverture. En ces temps de globalisation effrénée, la parade des athlètes offre une vision du monde rassurante avec cette valorisation exaltante de nos particularismes et de nos valeurs.

A une moindre échelle, je me souviendrai de ces visages britanniques et des quatre coins du monde, souriants, énergiques, parfois fatigués mais toujours « volontaires », venus partager une expérience universelle au service d’une identité, et d’une culture.

Au-delà de ces considérations, notre déménagement logistique à Ethan Manor le 19 juillet signe là une nouvelle étape, redoutée, parce qu’elle annonce la fin de cette aventure unique, et attendue, parce que nous ne sommes plus qu’à une semaine de la cérémonie d’ouverture. C’est à ce moment précis qu’on voudrait arrêter le temps, alors on profite de chaque instant, mais ça va trop vite. Tout comme les répétitions générales, les «Dress Rehearsals» du 21, 23 et 25 juillet auxquelles assistent nos familles, amis ou collègues, n’ont aucune prise sur le temps.

Alors nous voilà le 27 juillet 2012, à Ethan Manor, l’ultime frontière du Parc Olympique. Un endroit qui ressemble aux coulisses d’un tournage de cinéma: des costumes par milliers, des loges géantes, des habilleurs, coiffeurs, maquilleurs, et les photographes et cameramen professionnels ou improvisés qui capturent ces moments d’éternité.

Et bien sûr, il y a nous, les autres, bref les 10 000 participants de la cérémonie d’ouverture. Si l’excitation est à son paroxysme, l’émotion est aussi bien présente. Après des mois passés ensemble, on ne veut plus se quitter. Nos chaperons Helen et Kieran nous ont guidé tout au long du chemin, ils sont au bord des larmes. Ma « mirror dress », étincelante, attend d’être portée pour la dernière fois. Ils sont quatre coiffeurs à s’exercer sur ma tête pour faire disparaître ma crinière sous une perruque jaune fluorescente.

Il est temps désormais de quitter Ethan Manor pour rejoindre l'immensité du stade. Nous traversons le parc olympique, le compte à rebours est enclenché. Nous passons devant les athlètes qui commencent leur marche vers le stade. Il est 21h00, « The biggest show on earth » peut commencer. En arrivant au stade, je ne peux m’empêcher de me faufiler dans les travées pour voir et revoir la séquence Pandemonium: « Amazing Danny! »

Quelques minutes plus tard, nous nous dirigeons vers nos positions finales, saluant chaleureusement au passage nos camarades qui en ont terminé. C’est notre tour, il est 21h57, l’exaltation est partout autour de moi. Des cris d’encouragement résonnent dans toutes les coulisses du stade, un moment unique, certainement la magie du hic et nunc. Nous entrons en scène…

Le moment est passé et il ne reviendra plus. Reste alors le bonheur d’avoir fait partie de cette aventure humaine frénétique et exceptionnelle. Nous sommes le 28 juillet, après une nuit de festivités, je me réveille…

…c’était un rêve ?

À propos de l'auteur

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AÏCHA NOUI

Je suis journaliste à La Voix du Nord
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