La crise du supportérisme en Europe

Avec la libéralisation du football, la communauté de supporteurs a connu au cours des dernières décennies de grands bouleversements.
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Face à de nouveaux paramètres sociologiques, économiques et politiques, le supporteur a muté. Sa condition et sa perception dans le stade ou en société ont changé.


Le supporteur, un engagement militant

Le supporteur se démarque du spectateur par son soutien partisan et indéfectible à son club et à la défense de son identité. Cette vision parfois extrême du football trouve son origine dans le jeu d’opposition que propose le football.  Car paradoxalement, le football, sport fédérateur qui rassemble des millions de personnes à travers le monde, se caractérise avant tout comme un sport de confrontations et de clivages.

Pour marquer leur passion les supporteurs se sont organisés. Le supportérisme n’est pas un phénomène nouveau, déjà sous l’Empire romain, il était un phénomène intrinsèque au spectacle sportif.

Les clubs de supporteurs se sont très vite structurés notamment dans les années trente, avec le début de la professionnalisation des clubs de football. Ils demeurent encore aujourd’hui dans certains championnats des groupes de pression actifs au sein des clubs et des lieux de socialisation au sein des villes. Ils sont parfois de véritables acteurs sociaux et politiques de la cité comme à Marseille ou à Rome.

Mais leur puissance et leur poids tendent à s’amoindrir. L’éradication du supporteur historique et idéologique au profit d’un public aseptisé, plus enclin à accepter la libéralisation du football a considérablement modifié la physionomie du stade et du football.

La prise en considération de la violence, et redéfinition sociologique du stade

L’histoire récente du football est émaillée de drames qui ont entaché la réputation du supporteur historique. Le hooliganisme et le déchainement de violence dans les stades ont servi une politique commerciale visant à transformer le supporteur en un simple consommateur. Son rôle se réduit désormais à apprécier le football dans un contexte global et non comme une référence valorisante de son identité. Cette nouvelle perception du football a provoqué une levée de boucliers dans les clubs de supporteurs, une radicalisation et un repli identitaire.

Devant le conservatisme aigu des supporteurs en froid avec le football business, les clubs ont rompu le dialogue et mise sur la carte de l’insécurité dans les stades.  Déjà, en 1985 avec la médiatisation du drame du Heysel, le hooliganisme est devenu le cheval de Troie pour les dirigeants de clubs dans le processus d’éradication des supporteurs historiques, qui ne génèrent pas assez de profits, car ils ne viennent pas au stade pour consommer.

C’est l’Angleterre et son championnat la Premier League, qui va ouvrir une brèche dans le bouleversement sociologique du stade.  Avec la catastrophe du Heysel et de H illsborough, les supporters historiques anglais sont désignés coupables. Une nouvelle politique du football va voir le jour et changer à jamais le visage du supporteur dans le pays. Des mesures draconiennes sont prises pour limiter le pouvoir du supporteur: installation de la vidéo surveillance, augmentation virtigineuse et prohibitive du prix des places, multiplication des interdictions de stade, explosion des kops de supporteurs, et placement numéroté et assis dans le stade sont autant de changements radicaux. Seuls les chants des supporteurs sont épargnés et résonnent dans des stades désormais sains mais en quête d’identité.

L'émergence du supporteur transnational

Avec l’achat des clubs européens par des milliardaires insensibles à la culture et à l’histoire du club, le supporteur ne risque pas de retrouver son aura d’antan. Son poids au sein des clubs de football a considérablement diminué.  Devenus inaudibles, parfois ignorés, les supporteurs idéologiques ont laissé la place dans certains clubs à des publics aseptisés et transnationaux malléables aux soubresauts du football business. La télévision a précipité l'avénement du supporteur transnational avec l'adhésion et la passion à distance pour un club avec lequel le supporter n'a parfois aucun lien.

Les clubs de supporteurs historiques, autrefois miroir des territoires et d’une identité, disparaissent à mesure que le football perd son sens premier: «aller voir son équipe jouer ».

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