La dette des clubs : les prémices d'un super championnat européen

Les aléas de la crise financière qui affecte l'Europe pourrait mettre un terme définitif au football historique.
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Le football basé sur un socle identitaire fort autour duquel les supporteurs historiques partagent les mêmes références pourrait être aboli par les soubresauts de la bulle spéculative footballistique, qui ne devrait pas tarder à exploser.

La conjoncture économique, une épée de Damoclès au-dessus des clubs européens

Les clubs de football supportent un endettement abyssal. Les dettes cumulées du football anglais et espagnol s‘élèveraient à plus de sept milliards d‘euros et seraient en partie responsables de la dérive du système.  Depuis plusieurs années, les clubs de football vivent à crédit, et seuls les clubs les plus riches de la planète peuvent encore limiter la casse avec les recettes issues des droits TV, de la vente de maillots de grandes stars, des tournées mondiales ou autres caravanes publicitaires.

Pour les clubs plus modestes, "sans Messi", ni bonne nouvelle, la situation est critique. Le manque de soutien financier, et l’intérêt croissant et quasi exclusif pour les grands clubs, ont des conséquences qui vont jusqu’à mettre en péril l’existence même des clubs.

Dans une indifférence générale, et devant un mépris des adeptes du football transnational, des clubs ont entamé le début d’une longue série de plongeons dans les méandres du foot business.  Des termes comme cessation de paiement, redressement judiciaire, ou faillite ne concernent plus seulement des industries qui licencient à tour de bras, mais font désormais partie intégrante du champ lexical footballistique.

Cette situation chaotique pourrait bien profiter une nouvelle fois, aux clubs européens les plus riches comme le FC Barcelone, le Real Madrid, Chelsea ou encore Manchester, qui pourraient bien se regrouper dans une ligue fermée suivant le modèle de la Major league soccer, le championnat de football nord-américain. Un championnat dans lequel des franchises payent pour jouer au football. Sans promotion ni relégation, l’intérêt de ce système repose sur des « playoffs » en fin de saison et une finale.

Si en Europe, ce scénario n’en est qu’au stade de la science fiction, la disparition probable de certains clubs ne pouvant plus faire face aux dettes, pourraient accélérer le processus.

Le football européen, à l'orée d'une nouvelle compétition

Si la faillite des championnats nationaux devient effective, un super championnat pourrait voir le jour dans lequel s'affronterait les plus grosses écuries européennes. Une compétition transnationale qui abolira les frontières culturelles et les spécificités dans le jeu et qui aboutira à un football uniformisé et sans saveur. 

N'était-ce pas là, ce à quoi aspirer les clubs les plus puissants d'Europe avec la création en 2000 du G 14 par les clubs les riches et influents d'Europe. Sous la pression de la FIFA et de l'UEFA, l'organisation de lobbying a été dissoute en 2008 mais continue toujours d'imposer la voix des clubs par l'intermédiaire de l'Association européenne des clubs.

Le fair play financier, une révolution ou le statu quo

Seul le fair play financier proposé par le président de l'UEFA Michel Platini apparaît comme le dernier rempart. Le 27 mai 2011, le fair play financier est adopté et devrait limiter pour un temps, les dégâts engendrés par l'endettement des clubs, les contraignant à équilibrer leurs recettes et leurs dépenses. En clair, les clubs ne devront pas dépenser plus que ce qu'ils ne gagnent.  Mais si le projet semble équitable sur le papier, dans les faits, il existera toujours un fossé entre les grands c lubs et les plus modestes qui ne pourront jamais dépenser plus que leur puissants homologues aux recettes faramineuses.

En 2013, le fair play financier offrira un éclairage nouveau sur le monde du football. En attendant les clubs les plus influents se penchent déjà sur de nouvelles astuces pour masquer d'éventuel déficit et ainsi contourner le processus. 

Désormais dans le football, comme le confirme l’adage: « On ne prête qu’aux riches ».  Et raisonnons par l’absurde, il faut être riche pour jouer au football. Un paradoxe de plus que s’offre le football, loin, très loin, du sport populaire qu'il était.

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