La retraite de Ronaldo : les larmes du football moderne

Après vingt ans de carrière, oscillant entre samba et saudade, le génie auriverde tire sa révérence sur un palmarès impressionnant.
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À l'image de son glorieux aîné argentin Maradona, la carrière de Ronaldo a été marquée par quelques épisodes sulfureux. Vie privée tumultueuse, problèmes de condition physique et blessures à répétition ont eu raison du génie brésilien.

Le poid du passé

Au Brésil, dans les favelas de Rio, là, où le football n'est qu'un jeu, il devient vite l'enjeu de toute une vie, et Ronaldo le nouveau symbole d'une nation de football.

Gloire locale à Cruzeiro, il va devenir à la fin des années 90, grâce à sa puissance, sa vitesse et à ses dribbles venus d'ailleurs, le nouveau feu sacré du Brésil. Les attentes qui pèsent sur les épaules du joueur sont alors immenses. Vingt ans après Pelé, et ses 1 281 buts, Ronaldo devient la mascotte des Cariocas à travers le monde.

Mais à 16 ans, la crédulité du jeune Ronaldo Luis Nazàrio de Lima n'a pas fait long feu dans l'antre du foot business. Son grand sourire enfantin ne tardera pas à devenir une façade derrière laquelle le jeune homme aura pour habitude de cacher ses moments d'errance.

À la conquête de l'Europe

En 1994, après un titre de champion du monde acquis sur le banc de touche, le PSV Eindhoven lui offre son passeport d'entrée en Europe. Après deux saisons aux Pays-Bas, son talent n'a pas de prix, la cote de Ronaldo s'envole. Barcelone, l'Inter Milan, le Real Madrid et l'AC Milan s'offriront successivement, à des sommes qui mettent hors-jeu la concurrence, les services du "Fenomeno".

À Barcelone, Ronaldo devient vite une curiosité, les supporteurs se bousculent pour apercevoir le crâne du meilleur joueur du monde. C'est en Italie que sa carrière va prendre de l'ampleur. En 1997, à son arrivée à l'Inter Milan, Ronaldo est considéré comme le plus grand joueur du monde, évoluant dans le plus grand championnat du monde, le Calcio.

Et malgré la rudesse des défenses, l'adaptation de Ronaldo est phénoménale. La presse italienne, pourtant peu encline aux compliments, le rebaptise "Il fenomeno". C'est dans le Calcio que Ronaldo atteindra son apogée, jusqu'à sa grave blessure du 21 novembre 1999 à Lecce, qui signera le début du cycle infernal des blessures qui l'handicaperont jusqu'à la fin de sa carrière.

Avec son succès sur le Vieux continent, et auréolé d'un second titre de champion du monde en 2002, Ronaldo ne s'appartient plus. À son arrivée au Real, Florentino Perez lui fera vite comprendre ce statut, en misant davantage sur sa rentabilité économique plutôt que sur son capital sportif. Au Real des Galactiques, c'est le début d'une fin chaotique. Ronaldo est considéré comme un faire-valoir économique, ce qui ne l'empêche pas d'aligner les buts.

Son retour en Italie lors du mercato d'hiver 2006 sera pour le moins agité. Les supporteurs interistes supportent très mal de voir Ronaldo endosser le maillot des Rossoneri. Médusés et indignés, ils ne lui pardonneront pas cette infidélité qu'ils considèrent comme une trahison. Ils ne lui feront pas payer longtemps. De nouveau, les blessures font partie de l'équation. Le 13 février 2008, son genou le lâche... de nouveau. À 31 ans, la retraite de Ronaldo devient alors inévitable. Mais une énième opération donnera contre toute attente, un nouvelle direction à sa carrière.

Retour au pays

Le Brésil sera la dernière tentative desespérée de Ronaldo de renouer avec sa gloire passée. Mais comme en Italie, il sera de nouveau confronté à un dilemme identitaire. Jouer pour le club de sa ville Flamengo ou les Corinthians de Sao Paolo ? Ce choix cornélien est perçu par les supporteurs comme une nouvelle trahison au palmarès du joueur.

En janvier 2009, Ronaldo s'engage finalement pour les Corinthians. Ce choix va déclencher la haine d'une partie des supporteurs et de la presse brésilienne, qui n'aura de cesse de traquer le joueur, scrutant les moindres dérives de ses sorties nocturnes. La première bonne saison de Ronaldo sauvera pour un temps sa réputation. Un titre de champion et une Coupe du Brésil feront taire les premières critiques et les prémices de l'acharnement.

Fin de partie

Mais ce qui devait être une fête va se transformer en cauchemar. Devant la férocité et la ténacité médiatique, et victime de problèmes de poids, Ronaldo raccroche les crampons " à l'insu de son plein gré ". Il annonce sa décision lors d'une conférence de presse le 14 février, et laisse désormais les rétrospéctives sur son immense carrière prendre le relai.

Le double Ballon d'or 1997 et 2002 méritait sans doute une meilleur sortie. Mais dans ce milieu ultra glauque du football business, l'épilogue s'achève souvent ainsi.  Sur le terrain, personne ne pouvait l'arrêter, pas même les meilleurs défenseurs du monde du Calcio, sauf la fatalité. Tout était écrit. Et son histoire footballistique s'arrête ici.

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