Liga, un colosse aux pieds d'argile

Au cœur d'une crise économique sans précédent, le championnat d'Espagne n'a pas démarré sous les meilleurs auspices.

Dans les représentations socio footballistiques, la Liga demeure le meilleur championnat d’Europe. Mais en plein chaos financier et social, cette perception positive risque de se transformer en vieille image d’Epinal. Une semaine de retard, des clubs surendettés, grèves des joueurs, conflit social et violence, la Liga s’inscrit désormais sous le régime « des Indignés ».

Le Classico, l’arbre qui cache la forêt

Le FC Barcelone et le Real Madrid sont la vitrine du football espagnol, mais derrière les deux géants, le tableau est loin d’être idyllique. Le Classico devenu le match le plus regardé dans le monde, masque des inégalités croissantes avec les autres clubs.

Emblématique de ce phénomène: le Real Madrid et le FC Barcelone concentreraient à eux seul 50% des droits TV. Cette monopolisation financière crée de violentes tensions et affolent les dirigeants de clubs en guerre ouverte contre Mediapro société détentrice des droits, et contre les deux clubs potentats du Royaume.

Les droits de la discorde

Emmené par le bouillonnant président du FC Séville Jose Maria Del Nido, douze clubs de première division ont décidé de mener une fronde contre cette injustice. Le marché des droits TV a explosé mais ne profite pas à tous les clubs. Les Merengue et les Blaugranas perçoivent 140 millions d’euros de droits TV chacun, tandis que les autres clubs se partagent les restes. A titre d’exemple, Valence touche 40 millions d’euros quand la Real Sociedad en empoche seulement douze.

Ce fossé économique a des répercussions sur le sportif. Dans le football moderne, l’argent, c’est le nerf de la guerre et les autres clubs ne peuvent plus rivaliser et viser plus haut que la troisième place. Cette répartition inégale a fini d’achever les ambitions sportives des plus téméraires.

Lassés par le manque de réactivité de la Ligue et par les pressions des dirigeants madrilènes et catalans, les contestataires n‘ont pas maintenu leur unité. Le FC Séville se retrouve désormais isolé dans son combat d’autant qu’une meilleure distribution des droits TV ne semble pas envisager avant la saison 2015/2016.

Un partage plus équitable des droits TV ne devrait pas régler à lui seul le problème des pertes des clubs espagnols. En cumulant près de quatre milliards de déficit, les clubs ibériques sont dans le rouge. Le FC Barcelone et le Real Madrid sont les clubs les plus endettés à hauteur de 500 millions d’euros chacun, mais leurs revenus sans cesse en hausse leur permettent de se maintenir à flot. Au contraire des autres clubs comme l'Atletico Madrid ou le FC Séville dont les recettes n’épongent plus les déficits et s’enfoncent inexorablement dans un gouffre financier.

Du conflit social

Les conséquences de ce marasme économique sont dramatiques et remettent en cause la bonne tenue du calendrier. Une grève des joueurs a déjà perturbé la reprise du championnat le 11 août. Devant leur insolvabilité, certains clubs étaient dans l’incapacité de payer les salaires. En première ligne de ce conflit social, les joueurs de Valence, du Racing Santander, du Bétis Séville ou du Rayo Vallecano qui réclamaient 50 millions d’euros de salaires impayés et l’ouverture d’un fond de garantie des salaires par la Ligue professionnelle de football.

Dans ce contexte de crise économique, la perennité du foot espagnol réside désormais dans la création du Direction nationale de contrôle de gestion (DNCG) à la française qui assurerait un meilleure contrôle financier des clubs.

Javi Poves, le révolté du Sporting

Mais la mise en œuvre d’un organe de régulation ne signe pas encore la révolution dans le football. C’est pourquoi un footballeur décide de prendre le maquis. Javi Poves déchire son contrat de défenseur et s’offre une nouvelle voie en dehors d‘un football: « où tout n’est qu’argent » . Le footballeur de Gijón cristallise désormais les revendications des anti-football business

Dans une Liga en crise et en manque de repères, le footballeur révolutionnaire se fait l’échos d’un dégoût du système et d’un cas de conscience sur les dérives du football. Si la Liga sait encore produire des champions du monde, ses abus engendrent des contre footballeurs, phénomène symptomatique d’un système footballistique à bout de souffle.

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