Les collégiens des quartiers sensibles

Les jeunes des quartiers sensibles connaissent des années collège difficiles. Le Sénat va rendre un rapport de prospective sur les quartiers et l'éducation.

La sénatrice et maire de Strasbourg, Fabienne Keller, a organisé au Sénat un atelier de prospective : "Les années collège dans les territoires urbains sensibles".

Le Sénat fait de la prospective

Des déplacements dans plusieurs quartiers de rénovation urbaine ont eu lieu -Marseille, Roubaix, Montfermeil, Clichy, Montbéliard, Créteil- pour écouter les élus, les enseignants, les parents, les élèves, les acteurs de la ville et les instances locales.

L'atelier de prospective, au Palais du Luxembourg, a vu se côtoyer le ministre de la Ville, Maurice Leroy, le philosophe Vincent Cespedes, la directrice de recherche à l'INED (Institut national des études démographiques), Michèle Tribalat, l'ancien ministre Jean Arthuis, le président de l'Agence du service civique, Martin Hirsch, le spécialiste de l'Islam, Gilles Kepel, des maires, dont Stéphane Gatignon, élu de Sevran, et Philippe Dallier, élu de Pavillon sous Bois.

Les scenarii de l'avenir.

Pour Fabienne Keller sept scenarii du futur existent.

1 - Le "ghetto", avec les réseaux illégaux et le rôle accru des extrémistes islamistes.

2 - Le "statu quo", avec une action publique qui maintient une certaine paix sociale

3 - La "relégation acceptée" : certains quartiers, avec des services publics forts, fonctionnent dans le social.

4 - Le "populaire géré" avec un réel espoir pour les familles, une politique dynamique de peuplement, des structures éducatives attractives.

5 - "La normalisation" liée à la politique de la ville et à la transformation des quartiers . Emploi et logement sont là.

6 - "La boboisation" : les populations fragiles ne sont plus accueillies dans les quartiers car la pression foncière du centre-ville a exclu les plus pauvres.

7 - "La boboisation mixée" : toujours en centre-ville, une coexistence entre jeunes et déclassés, avec des exemples de réussite.

Les incontournables de la politique des quartiers .

Dans chaque scénario, la sécurité (pour améliorer l'image du quartier), l'ambition des élèves (avec des propositions de formation et d'emploi à proximité), la relation à la double culture, le cadre de vie et les services publics jouent évidemment leur rôle.

Mais comme le dit le sociologue Vincenzo Cichelli, il y a beaucoup de points communs entre les jeunes des quartiers et les autres. Le "cosmopolitisme" par le biais des produits culturels existe bel et bien et l'Europe mise dessus.

Le collège est-il efficace ?

Dans le rapport Grosperrin, du nom du député du Doubs qui s'est attelé à l'analyse de la mise en oeuvre du socle commun au collège, prévu par la loi d'orientation de 2005, il est indiqué que "le collège est inefficace ou relativement inefficace pour près de 3/4 de ses élèves" .

Les enquêtes de l'OCDE (enquêtes PISA) l'attestent.

Pour Vincent Cespedes, philosophe," les élèves ne doivent pas se réapproprier l'école, mais l'école les élèves".

Le collège est "le réceptacle des échecs du primaire".

Dès l'école maternelle, pour Gilles Kepel, sociologue, il y a le différentiel du capital culturel, notamment avec les enfants du Sahel, sans soutien de leurs mères qui travaillent le soir.

Le collège connait des taux de redoublement importants. Les enfants sont rendus responsables de leur échec, alors que dans les autres pays, c'est l'enseignant qui est présenté comme responsable de l'échec.

Le collège n'a pas connu une croissance de ses moyens comparable à celle des autres secteurs du monde éducatif.

Le collège est souvent "un lieu de souffrance", à la fois pour les élèves et les enseignants. Pour Vincent Cespedes, qui a vu la situation d'un collège dans une favela brésilienne, l'énergie motrice doit être "l'enthousiasme, la gourmandise intellectuelle, et l'optimisme scolaire".

"Les dispositifs mis en place pour améliorer la lutte contre l'échec scolaire n'ont pas produit les résultats escomptés."

"Les fichiers de repérage des jeunes en grande difficulté ne sont pas des atteintes aux libertés", pour Martin Hirsch ; mais ils ne peuvent se mettre en place, en raison des réticences des enseignants.

Le socle commun, la solution : connaissances, capacités, attitudes, savoir- être.

Le socle commun implique une pédagogie différenciée au sein même de la classe.

Le décloisonnement des disciplines est encouragé.

Des formations à la psychologie de l'enfance, de l'adolescence, à la tenue de classe doivent être effectives.

Le socle commun "bâtit une culture commune, à même d'intégrer les enfants issus de l'immigration".

Les oppositions au socle commun

Malheureusement cette politique n'est pas suffisamment accompagnée par les différents échelons de l'Education nationale.

Le travail collectif des enseignants n'est pas favorisé, et le poids des disciplines se renforce.

Et pourtant, l'évaluation des compétences" s'inscrit dans une Europe de la connaissance, dans le cadre de la stratégie de Lisbonne".

L'accélération de la mise en place du socle

Il est donc proposé d'accélérer le processus en appliquant "une évaluation par contrat de confiance", "une autoévaluation par les élèves eux-mêmes", la mise en place d' "un livret de compétences numérique.

Le Parlement doit pouvoir "faire évoluer le socle sur la culture technologique", "contrepoids aux disciplines intellectuelles". Pour Vincent Cespédès, "internet c'est l'érudition avec le savoir-faire, et les réseaux sociaux sont intégrés par les gamins des quartiers".

Le Parlement insiste sur le "savoir-vivre ensemble", en faisant référence au civisme, au respect, à l'engagement, au sentiment d'appartenance à la Nation". En n'oubliant pas, par exemple, comme le remarque Michèle Tribalat, démographe, qu'à Clichy -sous -bois on est passé de 22% à 76% de jeunes de moins de 17 ans issus de l'immigration, entre 1968 et 2005.

L'Education nationale a des marges de progression

L' Education nationale peut se mobiliser davantage. "Elle a des marges de progression, en matière de communication notamment", remarque Jean Arthuis, sénateur de Mayenne et ancien ministre, en s'appuyant sur l'exemple de l'établissement de réinsertion scolaire installé dans son département qui a failli aller à l'échec, l'arrivée des jeunes de Seine- Saint-Denis ayant été peu préparée en amont.

Des associations sont à solliciter pour la mise en place d'actions, comme USEA qui organise au collège République de Nanterre les stages en entreprises des élèves de 3ème . Le carnet d'adresses de USEA comprend de grands groupes comme Thalès, Schneider...

Ainsi l'école doit s'éloigner du "mythe de Robinson Crusoë", et arrêter de proposer à l'élève de refaire la civilisation à lui tout seul, comme s'il était sur une île déserte (Vincent Cespédès).

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