Moussa Tiba, artiste franco-libanais, citoyen du monde

Moussa Tiba peintre abstrait et sculpteur exposé dans le monde entier; son origine libanaise, son point d'attache Chartres,en font un artiste universel.
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Moussa Tiba est né en 1939 au Liban, terre d'ouverture sur trois religions, terre de contrastes entre orient et occident.

Il dit lui-même : "Je viens aussi bien des Phéniciens, que des Egyptiens, des Assyriens, des Grecs, des romains et des Arabes".

Racines

Troisième enfant de Houcein Mohammed Tiba et Malaké Hachème Baydoun (il aura 6 frères et soeurs), son enfance se passe dans un petit village de moins de 2000 habitants Tarbikha, en Haute Galilée, région de Tyr, aux paysages verdoyants. "Une enfance heureuse, dans la nature, la lumière, l'espace et l'eau, la caresse des herbes et des fleurs".

A 17 ans, après de solides études secondaires, il s'inscrit à l'école des beaux-arts de Beyrouth, où enseignent notamment des Français et des Italiens. Il est amené à travailler pour payer ses études. Il y passe 4 années d'ouverture sur toutes les techniques et écoles artistiques.

Découvertes

Après ces études réussies, il part à Vienne, à Londres. Découverte des musées, des galeries, des expositions et des artistes vivants.

En Italie, à l'académie des beaux-arts de Rome où il passe trois ans, il rencontre le sculpteur Fazzini. il peint des paysages, il grave, il découvre les fresques. Période figurative de l'artiste.

De retour au Liban, ses aquarelles s'inspirent de son enfance, de la vie de son village.

Il décide de devenir professionnel, son art l'habitant totalement.

Abstrait définitivement abstrait

Dans les années 70 ("j'ai su, à partir de 1970, que j'étais abstrait, définitivement abstrait"), avec sa femme, il voyage dans tout le bassin méditerranéen : l'Andalousie, Gibraltar, Tanger, Marrakech, l'Atlas, la Tunisie, la Sicile. Ses futures oeuvres, aux couleurs chaudes, aux parfums délicats, aux sons suggérés, trouvent là leur inspiration, d'un bout à l'autre de cette méditerranée.

L'abstraction se confirme : "Ces nuages inaccessibles m'ont sans doute mené à l'abstrait. Et l'horizon, la ligne qui coupe les couleurs, qui fait passer d'un bleu à un autre bleu". L'abstraction géométrique le taraude, dominé par la forme qu'il préfère : le carré. Les mêmes formes, les mêmes détails sont utilisés plusieurs fois.

Du Liban en guerre à la France

Le Liban est en guerre. Moussa Tiba est libanais et souffre du conflit politique et religieux. Il aurait pu y perdre la vie après avoir été pris en otage par des miliciens. Ses oeuvres, son atelier sont touchés. Sa maison est détruite à Kfarchima, Il continue malgré tout son enseignement à l'université.

En 1979, il voyage au Québec, dans un univers qui le marquera, à l'opposé du soleil éclatant de la méditerranée, les aurores boréales. Ses oeuvres y gagneront en mystère.

Il rejoint l'Europe et expose à Rome, à Munich.

En 1986, il s'installe en France, à Chartres, pour, dans un premier temps, apprendre l'art du vitrail. Il ne quittera plus cette ville qui deviendra son point d'ancrage.

Philosophie de l'oeuvre

Pour Moussa Tiba," la figuration ne pourra jamais donner une image fidèle. L'artiste n'est pas une machine à reproduire la réalité. Les sentiments, les sensations, seul l'abstrait peut les traduire et les exprimer... Ce qui est important dans l'art, c'est un souvenir : la guerre, la violence, la souffrance, l'angoisse, et la tranquillité par une forme, une couleur... Une toile naît de l'amour, de l'imagination, des problèmes de l'homme et de la terre... Que dire du tableau enfin là ? Les oppositions des masses, des couleurs, les antagonismes des formes et des détails se résolvent en une harmonie dont j'espère qu'elle correspond à des essences plus hautes que le narcissisme de l'artiste".

Musées maison des créations

Les oeuvres de Moussa Tiba se trouvent, entre autres, au Musée des Beaux Arts de Chartres, à l'Institut du Monde Arabe à Paris, aux musées de Belfort, Alger, Berlin, Rome, Londres, aux Etats Unis, au Canada, au palais présidentiel et au palais de l'UNESCO à Beyrouth.

Il a exposé en Egypte, au Brésil, au Koweit, en Irak, à Paris, en Norvège, en Allemagne.

Certaines de ses oeuvres dépassent 17 mètres de longueur.

Il continue à travailler, à plus de 70 ans, dans ses 2 ateliers, à Qana et à Chartres. Dans le village de Qana, on peut voir, dans la maison familiale transformée en musée, une exposition permanente de ses oeuvres (aquarelle, huile, sculpture, vitrail), avec 300 de ses tableaux, mais aussi 500 autres oeuvres d'artistes libanais et arabes (S. Abboud, H. Jurdak, R. Geranian, J. Adam, Y. Feng).

"Naissance d'une lumière et d'une goutte d'eau au Liban", ce musée, autour du thème central de l'oeuvre de Moussa Tiba, Moïse de Thèbes, est sans doute la réalisation effective de ce "citoyen du monde" qui, à l'heure de la mondialisation, dialogue avec toutes les cultures.

"Je me dis que peut-être, nous vivons dans le temps de Babylone. j'ai un million d'années, peut-être plus, car l'homme reste toujours le même et se développe".

Son inspiration, il la trouve le long des rues et de leur spectacle permanent ; ouvert sur l'humanité, le cosmos, il montre une grande attention à l'individu.

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