Black Swan, une analyse axée sur la dualité psychologique

Un des grands axes de Black Swan de Darren Aronofsky est le passage brutal et violent d'une danseuse mal dans sa peau, de l'âge virginal à la femme fatale.
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Le cygne blanc ou la jeune fille pure et introvertie

La frêle et timide héroïne, Nina Sayers, ne vit que pour la danse, sa seule passion. Travailleuse et volontaire, son existence est sous l’emprise totale de sa mère qui l’instrumentalise en objet pour réaliser à travers sa fille chérie ses rêves de danseuse râtée. Sa vie n’est rythmée que par les cours de danse et les moments passés en huis-clos en compagnie de cette mère tyrannique et coach à ses heures. Nina ne connaît pas le monde ni les plaisirs auxquels s’adonnent la plupart des filles de son âge. Elle vit dans un univers hermétique, un cocon d’apparence confortable que lui a fabriqué sa mère et qui l’entretien dans une jouissance narcissique.

Le cygne noir, lâcher prise pour devenir la femme séductrice et sexuelle

Lorsque Nina est nommée par le chorégraphe du Lac des Cygnes pour incarner le cygne blanc et le cygne noir, sa vie va prendre une tournure sombre. Ses démons vont remonter à la surface de son être pour faire éclore la créativité enfouie au plus profond d’elle-même, non sans souffrance. Le directeur de ballet, mégalomane et pervers la dit vierge et frigide. Pour incarner le cygne noir, il va la pousser à la débauche, aidé d’une ballerine concurrente. Nina va alors devoir puiser au fond d’elle-même la partie sombre qui sommeille en elle et qui fera d’elle non seulement une artiste accomplie mais aussi une femme.

Le passage du cygne blanc au cygne noir, la métamorphose psychologique

Les provocations que lui inflige le chorégraphe vont mener Nina à découvrir de façon violente des faces cachées de sa personnalité. Emergent alors, à sa surprise, des troubles enfouis auxquels sa vie faite d’interdits faisait écran. Mal à l’aise parmi les autres, étouffée par sa mère, la danseuse perfectionniste et académique, se voit souffrir de symptômes de paranoïa. A la moindre occasion elle imagine l’autre comploter contre elle et interprète chaque réaction de l’autre pour la retourner contre elle-même. A cela s’accompagne de crises de schizophrénie aigues et répétées où elle vit dans sa tête seulement, des scènes trash, violentes, sexuelles et sanguinaires qui lui paraissent réelles.

La scène finale voit mourir Nina incarnée en cygne blanc. Rêve ou réalité, tout le film repose sur cette dualité psychologique. La mort du cygne blanc est une mort symbolique. C’est avant tout la mort de la pureté, l’émergence du plaisir, la créativité au service de l’art. C’est la mort de la petite fille et la naissance de la femme vivante, assumant la part de désir et de fantasmes qui sont en elle.

Liens :

http://www.telerama.fr/cinema/films/black-swan,425404.php

http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/58975/date/2011-02-11/article/avec-black-swan-aronofsky-pervertir-les-regles-du-conte/

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