American Hardcore

Retour sur ce très bon documentaire, qui aborde l'éclosion puis l'expansion du punk hardcore américain. Réalisation de Paul Rachman et Steve Blush.

Sorti en 2006, il est le premier film de tous les temps à traiter uniquement du punk hardcore. L'œuvre de Paul Rachman inclue pléthore de personnalités du mouvement. Outre ce documentaire, le réalisateur fut connu pour avoir mis au monde « Four Dog Playing Poker » et pour avoir tourné des vidéos de groupes tels que Bad Brains, Anthrax, Mission of Burma ou Alice in Chains (certains apparaissent d'ailleurs dans ce documentaire).

A travers des anecdotes crues et les témoignages des principaux protagonistes, le spectateur comprend les rouages du mouvement. Un style apparu en rejet des valeurs puritaines des États-Unis d'alors et du dégoût de sa musique arrangeante et incolore. Une Amérique où l'arrivée au pouvoir de Ronald Reagan rend à ce peuple son conservatisme légendaire.

L'éclosion du hardcore, au départ conséquence d'une jeunesse rebelle et marginalisée, va se transformer en véritable épopée musicale. Cette dernière, bancale même pendant ces heures de gloire, sera l'Eldorado d'un tas de gens soucieux de proposer une philosophie de vie différente. Celle-ci peut être ironique envers la société bien pensante et ses mœurs (Black Flag), pessimiste (The Germs) ou encore Straight Edge (refus des substances et de l'alcool, vus comme d'insidieux poisons) avec par exemple Minor Threat.

« C'est un film 100% indépendant, qui parle d'une sous-culture 100% indépendante »

Ian MacKaye, le talentueux chanteur du set de Washington DC, dit d'ailleurs dans le film que pour lui, le punk n'est pas exactement tel que le définissaient le nihiliste Sid Vicious et les Sex Pistols. Le hardcore sert également de sentier que les jeunes égarés et mals dans leur peau peuvent emprunter. Sa vision rejoint en ce sens celle du grand Joe Strummer (éminent membre des Clash, pour ceux qui ne le sauraient pas), qui estime que « le Punk Rock, c'est traiter tous les êtres humains de façon exemplaire ». On est ici loin de l'idéal subversif et destructeur !

Pour en revenir à ce très bon documentaire, qui en plus d'être exhaustif reprend chronologiquement les principales étapes de la construction de la scène hardcore américaine, force est de constater qu'il n'est pas uniquement un ramassis d'interviews et d'images en noir et blanc. La bande-son est représentative de l'ensemble et nombre d'adeptes du milieu découvriront (ou redécouvriront) les groupes pionniers.

Au programme de cet alléchant American Hardcore : des commentaires de Chris Doherty (Gang Green), Jack Grisham (TSOL) ou encore de l'excellent Henry Rollins (Black Flag), des morceaux saignants de Bad Brains, Flipper, The Adolescents, Void, D.O.A, SS Decontrol, Negative Approach, Circle Jerks ou encore Jerry's Kids.

Pour terminer, un mot de l'écrivain/journaliste qui a largement inspiré ce film , à savoir Steven Blush : « C'est un film 100% indépendant, qui parle d'une sous-culture 100% indépendante ». Tout est dit !

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