Barcelone - Real (1-1) : des regrets malgré l'évidence

Plus offensif que lors des trois précédents duels, le Real Madrid a obtenu un nul mérité chez l'ennemi honni barcelonais. Une petite source de regrets.

Le quatrième et dernier volet de ce clásico se jouait donc dans l'antre barcelonaise, orchestré par le décrié (tiens, tiens...) Frank De Bleeckere. Mourinho n'honore pas le monde du football de sa présence, évidemment remplacé par son adjoint Aitor Karanka. Il lègue toutefois une composition un brin plus offensive que lors des oppositions précédentes, avec CR7, Kaka et Di Maria pour épauler l'attaquant argentin Higuain. Restent les suspensions rédhibitoires de Pepe et Sergio Ramos.

Un Real enfin joueur

Mais ce qui va surtout changer par rapport au match aller, c'est l'état d'esprit affiché par les Madrilènes. Pas venus en soumis, Los Blancos bousculent le Barça. Dans les vingt premières minutes, le jeu penche légèrement en faveur des visiteurs, chose rarissime au Camp Nou. Ronaldo se montre à son avantage et pèse enfin sur l'arrière-garde blaugrana. Même déficient dans la dernière passe, il donne l'impulsion, élimine et est à l'aise techniquement. Hélas, cela ne durera pas. Il réalisera au final un match très moyen, perdant pas mal de ballons.

Kaka et Higuain hors de forme, c'est peut-être Di Maria qui a le plus secoué les locaux. Trop individualiste certes, mais affûté et percutant. Et que dire de Lassana Diarra, magistral ce soir? Il a malmené Messi, surtout en première mi-temps, et a récupéré un nombre incalculable de ballons. Dans la lignée de son match encourageant à l'aller (où il avait été l'un des meilleurs de son équipe). Également très propre dans la relance et la construction.

Côté Barça, on a presque pu voir l'équipe-type, même si la présence de Puyol côté gauche, lui qui est un axial, peut faire grincer les dents. Pedro toujours préféré à Afellay, c'est également un choix contestable. Ce dernier va néanmoins se révéler payant, puisque c'est lui qui ouvre le score avec sang froid à la 54e minute. Saluons sur le coup la passe intelligente d'Iniesta, ainsi que le placement opportun de Messi. L'Argentin sera moins efficace qu'à l'accoutumée, en dépit de quelques chevauchées virevoltantes.

Un avantage pas forcément mérité pour le FC Barcelone, qui aurait pu encaisser un but d'Higuain à l'aube du second acte (47e). Une réalisation sévèrement refusée par l'arbitre du soir, qui a jugé que Ronaldo avait commis une faute sur Mascherano en tombant. L'ex-joueur de Liverpool est à créditer d'une rencontre sinusoïdale, autant parsemée d'interventions appréciables que d'attitudes vicieuses. Un registre qu'on lui connaissait.

Barcelone un tantinet attentiste

Le problème, c'est que le Barça avait déjà allumé la machine. Les gants de Casillas avaient chauffé à trois reprises lors du premier acte, consécutivement à la première accélération blaugrana. Un temps gênés par la pelouse détrempée, un moment curieux de l'entrée en matière des Madrilènes, les Barcelonais ont d'abord temporisé. Le beau jeu, celui à une touche de balle, viendra plus tard.

Le club de Sandro Rosell a été autant dans la gestion que dans l'offensive. Méfiante au début des deux mi-temps, la bête bleue et grenat a ensuite adressé quelques décharges à son rival. Mais pas la grande équipe de ces dernières semaines, celle qui ne laisse jamais vivre son opposant. Attention, il convient quand même de prendre en compte l'adversaire du moment, comme il est nécessaire d'évoquer les quelques enchaînements sublimes qu'a réalisé Barcelone ce soir. Mais on sent une légère baisse de régime (peut-on aussi parler d'une forme de lassitude?), conséquence d'une équipe au banc réduit et surtout d'un grand nombre de rencontres disputées.

Toujours est-il que Marcelo, après un bon crochet et un tir sur le poteau de Di Maria, égalise. Une réalisation synonyme de suspense à la 64e minute. On s'attend alors à une véritable ruée vers l'or de la part de Casillas et ses troupes. Il n'en fut rien. Bien quadrillée par le Barça, l'organisation blanche est restée improductive. Et ce n'est pas l'étonnante entrée en jeu d'Adebayor qui a changé la donne. Fidèle à lui-même le Togolais, c'est à dire coupable de fautes aussi mystérieuses que grossières.

Et Benzema, dans tout ça? Il n'a pas le jeu aérien de l'Africain, pas le sens du but d'Higuain, mais c'est aussi celui qui est le plus à même de participer à la construction offensive madrilène. L'attaquant qui décroche pour alléger le travail de son milieu. Mais non, Mourinho (via le pantin Karanka) en avait décidé autrement. Tout de même inquiétant pour l'international français.

Une logique respectée

À l'arrivée, ce 1-1 nourrit les regrets du Real. Refroidi par la débâcle de novembre (0-5), Mourinho n'aura réellement joué que lors de la dernière échéance, au pied du mur. En cette belle soirée printanière, il aura beau vociférer contre un arbitre une nouvelle fois hostile, il estimera certainement qu'il y avait mieux à faire que d'opérer un catenaccio maladroit, même face au montre catalan. N'avait-il pas entre ses mains les armes financières et sportives pour rivaliser (même en considérant que c'est seulement sa première année), au moins au cours de cette double confrontation?

Cependant, primauté à la logique dans cette demi-finale. La meilleure équipe, animée des meilleures intentions, est passée. Il faut que cela soit un soulagement pour tous les amateurs de ce sport, ni plus ni moins. Quand Madrid se sera rappelé ses illustres antécédents, quand le club viendra défier le Barça en glorifiant le jeu et non en le souillant, il aura déjà comblé une bonne partie du fossé le séparant des Blaugrana. Pas avant.

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