Le Trône de Fer, majestueuse épopée

Aujourd'hui repris en écho par la télévision américaine, le joyau de George R. R. Martin est avant tout une saga littéraire de très grande qualité.

Tout démarre en 1991 lorsque l'esprit fertile du romancier, fatigué des codes en vigueur et des restrictions que son travail de scénariste lui impose, s'affaire à la création d'un cycle sans précédent. Déjà fort de plusieurs œuvres, dont Riverdream, Le Volcryn (1982) ou Armageddon Rag (1983), qui sont autant des récits d'horreurs cauchemardesques que des péripéties avant-gardistes de science-fiction, le trublion s'attèle donc à sa quête.

Le début de l'aventure

En 1996, le barbu publie le premier volet, baptisé A Song of Ice and Fire ( Le Trône de Fer , dans la langue de Molière). Il sera rapidement suivi par A Clash of King (1999) et A Storm of Swords (2000). A noter que chaque recueil se targue de la possession de deux à quatre livrets en son sein, faisant de chacun des quatre ouvrages déjà parus des parpaings de peu ou prou mille pages. Un indicible plaisir à qui a goûté à la prose de Martin. Et trois son encore à prévoir, l'un d'eux ayant d'ailleurs accouché des deux tiers de sa substance (en français Le Bûcher du Roi et Les Dragons de Meereen , respectivement tome 13 et 14 du livre 5).

Trop lourde, la littérature du natif de Bayonne (New Jersey)? Loin s'en faut. Car autant de lignes sont nécessaires pour décrire, expliquer, clarifier les pérégrinations de dizaines de protagonistes. À l'image de Tolkien, et sans doute plus encore, George Martin a conçu et consolidé un univers d'une extrême richesse ou les lieux, les mœurs, les traditions sont légions. Les spécificités géographiques, physiques, historiques sont si bien respectées qu'on croirait véridique le monde de l'écrivain, qui s'appuie bel et bien sur des notions réelles.

Un incroyable vivier

Le caractère des personnages est travaillé à la perfection et la saga s'évite un aspect manichéen barbant. Ici, dans le cœur du Royaume des Sept Couronnes et à ses abords, chacun défend ses intérêts, son honneur, et on ne tombe jamais dans le simple clivage «gentils / méchants». L'arrogance d'un Jaime Lannister, l'amour d'une Catelyn Tully, la volonté d'un Robb Stark, l'intransigeance d'un Stannis Baratheon, l'orgueil d'un Lord Tywin sont autant de caractéristiques auxquelles le lecteur s'habituera, sans pour autant qu'elles se systématisent.

Dans ce monde cynique, relativement sombre, baignant dans une culture dark fantasy pessimiste sinon réaliste, les alliances sont foison. Presque autant que les manipulations, les traîtrises et les complots. Il faut dire qu'en abreuvant ses romans, George R. R. Martin s'est inspiré de l'histoire d'Angleterre, que ce soit pour la confection de blasons, les notions de chevalerie (Lancaster devient d'ailleurs Lannister dans son univers) ou bien les luttes intestines et ouvertes pour le pouvoir. Le gigantesque mur de glace du nord du continent tire par exemple sa source du Mur d'Hadrien, ancienne frontière entre l'Ecosse et l'Angleterre.

Sa toile d'araignée est si complexe que le moindre élément, d'apparence anodine, peut ressurgir des centaines de pages en aval et vous interloquer. Dans ces contrées évidemment inspirées de la période médiévale et des systèmes féodaux, peu de place à l'imaginaire. Il y a bien les dragons ou les Autres, que l'on décrit au départ comme éteints, au même titre que les Enfants de la Forêt. Mais, pour l'élaboration de son épopée, Martin évoque surtout des armes, des édifices, des modes vestimentaires, des coutumes, des procédures sociales et commerciales ayant réellement marqués nos aïeux. L'évolution des protagonistes constitue elle-aussi un facteur important au succès du Trône de Fer. De mois en mois, d'années en années, nos chers amis (ou ennemis) de papiers mûrissent, déclinent, s'aigrissent, se rebellent, se repentent ou s'adoucissent, tant et si bien que l'on ne manque pas s'attacher à eux (ou les détester encore plus).

L'oeuvre portée à l'écran

Flairant le potentiel de la saga, HBO (Home Box Office), chaîne de télévision américain affiliée au groupe Time Warner, s'empare en 2007 des droits des romans. Bien que le tournage débuta en 2009, il fallut attendre le 17 avril 2011 (du moins pour les États-Unis et le Royaume-Uni) pour que les spectateurs se délectent du premier épisode. Aujourd'hui à l'origine d'une des séries les mieux notées de tous les temps, HBO a affirmé vouloir créer, dans la mesure du possible, une saison pour chaque livre, portant le total à 7 si la chaîne continue son découpage en suivant grosso modo G.R.R.M. (voire 8 si l'auteur juge le nombre plus opportun pour terminer convenablement A Song of Ice and Fire ).

Il est vrai que la série, dont George Martin se réserve l'écriture du scénario d'un épisode de chaque saison, se permet pas mal d'écarts, de digressions et surtout d'oublis par rapport à l’œuvre écrite. Quelques batailles, épiques sur le papier, sont moins que des escarmouches à l'écran. Certains diront bien sûr qu'il est impossible de restituer la teneur de milliers de pages détaillées, d'autres rétorqueront que 52 minutes par épisodes (à raison de 10 par saison) sont suffisantes à une conversion plus fidèle du format original.

On retiendra surtout le beau casting et les moyens non-négligeables dont bénéficient les créateurs de la série, David Benioff et Dan B. Weiss, pour installer Le Trône de Fer sur petit écran. Pêle-mêle, saluons les performances de Peter Dinklage (en Tyrion Lannister), Sean Bean (Eddard Stark) et Nikolaj Coster-Waldau (Jaime Lannister dans la série télévisée), ce dernier étant un grand amateur de l'oeuvre de Martin, même si la grande majorité des acteurs font honneur aux rôles confiés.

Du coup, on attend la suite des évènements avec une impatience non dissimulée. Un premier son de cloche dès les prochains jours avec le 6ème épisode de saison 2. Pour les bouquins, on devra vraisemblablement patienter jusqu'en mars 2013!

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