Simo Häyhä, un tireur d'élite dans le temps

Surnommé Belaya Smert (Mort Blanche) par la célèbre Armée Rouge, le Finlandais s'impose indéniablement comme le meilleur tireur d'élite de tous les temps.
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Né le 17 décembre 1905 à Rautjärvi, une municipalité du sud-est de la Finlande, Simo Häyhä est avant tout un homme au physique insignifiant. La peau sur les os, une taille ridicule d'1,52 m, qui aurait pu penser que cet exilé du froid allait entrer dans la légende?

Ce sous-lieutenant (et même caporal durant presque tout son service) est à créditer d'au moins 705 victimes, dont plus de 500 avec son arme de prédilection, un fusil M28 Pystykorva (conçu d'après le Mosin-Nagant soviétique). Il servit pour la cause finlandaise entre 1925 et 1940, acquérant une popularité immense.

Un frappeur diabolique

Cette véritable faucheuse est aussi réputée pour son œil de lynx que pour ses méthodes de visée. Capable de rester des heures immobiles (à des températures de -30°C) dans sa tenue de camouflage blanche, le sniper réfutait systématiquement l'emploi de lunettes de tir. Simo Häyhä préférait utiliser une mire métallique, certes moins élaborée, mais qui avait l'avantage de ne jamais refléter les rayons du soleil et de ne pas accumuler de buée.

Autre ingéniosité du tireur d'élite? Compacter la neige devant lui afin qu'un éventuel tir n'agite pas les particules de poudre blanche, révélant ainsi sa position. Il avait également pour coutume de placer un peu de celle-ci dans sa bouche, pour éviter la vapeur de sa respiration.

Simo Häyhä était aussi un personnage froid et distant. Bien des années plus tard, il répondra laconiquement aux questions qui lui furent posées au sujet de ses incroyables capacités et de son calme surnaturel. A l'interrogation: «Comment avez-vous appris à tirer de la sorte?», il répondit simplement: «Par la pratique». Lorsqu'on lui demanda ce qu'il pensait de toutes les morts qu'il avait engendrées, il expliqua: «J'ai fait ce qu'on m'a dit de faire, du mieux que j'ai pu.»

Récupération commerciale de la légende

C'est que le Finlandais semblait avoir un rapport particulier avec la mort. Non content de la semer, il s'entendait plutôt bien avec elle. Une balle explosa sa mâchoire le 6 mars 1940; si un tel tir aurait décimé n'importe quel gaillard, Simo s'en est étrangement sorti, le projectile déviant à l'impact. Cet incident incitera néanmoins la fin de sa carrière, qui intervint quelques semaines plus tard.

Le film Stalingrad , œuvre de Jean-Jacques Annaud sortie en 2001, s'inspire d'ailleurs indirectement du machiavélique finlandais. S'il préfère évoquer Vassili Zaïtsev, tireur soviétique qui martyrisa les lignes allemandes pendant la fameuse bataille de Stalingrad (juillet 1942-février 1943), divers petits détails sont inspirés de Simo Häyhä (notamment le fait de manger de la neige pour diminuer les fumées respiratoires). Beaucoup plus vieux, et surtout ne combattant pas pour l'armée soviétique, le petit homme était certainement un choix moins glamour que le massacreur d'officiers nazis, Zaïtsev alias Jude Law dans le film.

Il mourut de causes naturelles le 1er avril 2002 à Hamina, non loin de sa bourgade natale. Avant de quitter ce monde, il écrivit une phrase qui colle à merveille avec son énigmatique personnalité: «Belaya Smert n'est plus mais son histoire perdurera.»

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