Zabriskie Point, entre poésie et aigreur

Si beaucoup connaissent François Bégaudeau comme écrivain, peu savent qu'il a œuvré au sein de Zabriskie Point, groupe de punk-rock français. Retour!

Zabriskie Point...le choix n'est pas anodin. Des lettres similaires pour des significations bien diverses. Zabriskie Point , c'est avant tout un film de Michelangelo Antonioni, dont sa bande originale est l'éponyme (et pour laquelle Pink Floyd a collaboré). C'est également une région érodée de la mythique Vallée de la Mort, en Californie. Depuis peu, c'est même un espace d'art contemporain, situé à Genève en Suisse.

En 1992, des étudiants nantais, qui façonnent et publient ensemble un canard dans leur fac, décident de monter un groupe de punk-rock. Dans le lot, il y a le jeune François Bégaudeau, accompagné par ses plus fidèles amis : Lucas et Xavier à la guitare, Gwen comme bassiste et Olivier à la batterie. Pour les chœurs, interviendront Olivier et Xavier, tandis que la plastique sera gérée par le dénommé Benoit. Concernant l'écrivain en puissance? Il chantera et gesticulera sur scène de fort belle manière. Une belle tripotée!

Au secours d'une scène moribonde

Si les USA vibrent sur Nirvana, Pearl Jam ou Soundgarden, ça ne va pas fort dans l'hexagone. Orphelin d'une scène réellement influente, perdu depuis les glorieuses épopées des Bérus ou des Cadavres, le punk français va connaître un nouvel essor. Celui-ci sera caractérisé par l'arrivée durant la décennie d'excellentes formations comme les Sales Majestés ou les Vieilles Salopes. Mais Bégaudeau et ses troupes ne seront pas en reste, loin s'en faut.

Fort d'un line-up qui restera inchangé pendant toute la durée du groupe (92-97) et dynamisé par un chanteur charismatique et intelligent, Zabriskie Point laissera derrière lui une discographie accomplie. Dans son cercueil, 5 albums purs et durs (« Fantôme » en 96, « Tout est bien » en 96 également, « Des hommes nouveaux » en 97, « Paul » en 99 et « I would prefer not live » la même année, mais en public). On notera aussi 3 participations à des compilations, 3 films/clips, dont la pièce maîtresse est « Je suis une vidéomachine », un split (avec les Partisans), un maxi et un alien (« Comment je devins fantôme...et les 45 tours de ma jeunesse »). Pour le reste, deux compilations de leur œuvre sont sorties en 2009 via le label Des gens de l'Occident.

Les influences globales de ce creuset de talent? NOFX (peut-être le meilleur groupe de tous les temps pour Bégaudeau), The Ramones, The Clash et à un degré moindre Stiff Little Finger, Rancid (surtout apprécié de Benoit) ou les Wampas. Ce qu'ils n'apprécient pas? La pop et la fusion (mélange ostensible de deux cultures musicales). A noter tout de même les quelques reprises que les Zabs ont faites du groupe Oasis, évidemment détesté dans le milieu, lors de certains concerts. C'est aussi ça, jouer avec son identité.

Une vraie recherche dans les paroles

La démarche de Zabriskie Point n'a jamais été ouvertement politisée, même si certains titres trahissent une sensibilité de gauche (voire même carrément marxiste). Le collectif préfère, dans ses compositions, inventer un personnages, autour duquel gravitent ses envies, ses espoirs ou ses craintes. Pour ces étudiants en philosophie, amateurs de littérature pour la plupart, il était important de saupoudrer leur musique de ces notions là. Comme il était essentiel d'aborder les problèmes récurrents de société, sans tomber dans la caricature « anarcho-punk ». Le crédo pour Zabriskie Point a toujours été de se situer entre la provocation subversive, parfois gratuite, des Sex Pistols et la clarté de l'engagement des Clash.

On retrouve cette subtilité dans de nombreux textes du set français ; "Fantôme", "Capital violence", "Edouard mon amour", "La grève", "Frenchless" ou encore "Marx&Hegel", en sont un échantillon particulièrement éloquent. Dénoncer avec raffinement, voilà le défi que se sont imposés les Zabs. D'autres créations seront cependant plus ouvertement critiques ; on peut citer "Inacceptable", "Economiste" et "L'âge des possibles vérités". Portés par la voix fantasque et presque ironique du grand François, ces chansons acquerront une dimension royale.

Dans cette liturgie poétique, impossible de ne pas aborder le jeu d'instruments des Zabs. Pourtant, au début de l'aventure, aucun membre n'est musicien. Mais à force de répéter, des connexions se sont formées entre les protagonistes. Prudent, le groupe ne sortira son premier album que 4 ans après sa formation. Cela aboutira sur l'excellent « Fantôme », peut-être le plus plus apprécié par les fans.

Indémodable

D'un point de vue strictement musical, les mélodies ne sont pas sans rappeler certains rythmes des Ramones ou des Descendents, ou encore les débuts de Greenday. Des chevauchées sonores ponctuées par un tempo élevé, sans que le rendu n'en devienne agressif. Des couplets tempérés pour un refrain fougueux, voilà comment ça marche. La technique n'est sans doute pas irréprochable, mais l'imagination et l'effervescence sont présentes.

Au final, Zabriskie Point demeure pour nombre de gens le meilleur groupe de punk français de l'histoire. Enivrés par la délicatesse des compositions, entrainés par sa résonance particulière, beaucoup sont devenus des inconditionnels. Le plus étonnant, c'est sans doute que la majeure partie des problèmes dénoncés alors n'ont toujours pas été résolus. Chômage, violence, mutations sociétaires, pauvreté, différence...autant de termes qui ont conservé une saveur inchangée. Du pain béni pour nos amis contestataires!

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