Allemagne : les vins de Besigheim

Rencontre avec les cuvées allemandes de la coopérative Felsengartenkellerei Besigheim e.G. Tradition et dégustation.
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Il y a une vingtaine d’années, les Allemands consommaient majoritairement du vin blanc. Cinq ans plus tard, avec les annonces du bénéfice cardio-vasculaire associé au vin rouge, la tendance s’était considérablement inversée. Désormais, nos cousins d’outre-Rhin reviennent vers les vins blancs fruités.

Si la tendance est aux vins blancs, la Felsengartenkellerei Besigheim e.G. est en plein paradoxe, en produisant 80% de vins rouges, contre 20 % de blancs...

La coopérative de Besigheim (Bade Wurtemberg) a connu des évolutions très positives depuis quelques années, notamment en terme de vinification. Des progrès ont été réalisés grâce à la viticulture, à la plantation sans recherche de rendement et au travail des deux chefs de cave (dont un bénéficie d’une expérience internationale, principalement en France et en Nouvelle-Zélande).

Besigheim: une tradition viticole millénaire

Le vin a beaucoup d’importance dans la commune. Les vignes y sont exploitées depuis près de 1000 ans sur un terroir calcaire, soit en coteaux, soit en plaine. D’ailleurs, il faut savoir que les Romains produisaient déjà du vin à cet endroit.

Or, sur le secteur de Besigheim, dans l’ancien temps, la priorité était donnée aux terres agricoles par rapports aux vignobles, d’où un dicton : "Là où la charrue peut passer, on ne peut pas planter de vignes".

Au départ, les responsables de la coopérative songeaient à une forme bordelaise pour leurs bouteilles. Mais soucieux de ne pas copier, ils se sont orientés vers une forme ressemblant aux flacons de Gaillac : plus large en haut, et se rétrécissant légèrement vers la base. Confrontés à un problème de mécanisation pour l’embouteillage, les vignerons de Besigheim ont ajouté une base élargie. Au final, il s’agit d’une forme exclusive !

Dernièrement les responsables de la coopérative sont allés effectuer des choix parmi la forêt de chêne des environs de la cité. Le bois sélectionné a pris la direction de la Bourgogne afin d’être séché pour être ensuite transformé en tonneaux. Ainsi Besigheim pourra s’enorgueillir de produire des vins vieillis dans des fûts en provenance de ses propres forêts. A noter que pour l’heure, il n’existe plus de tonneliers en Allemagne, or bon nombre de chênes sont exportés en France en vue de devenir des tonneaux...

Place à la dégustation: les vins blancs, Rivaner et Justinus

Le Rivaner est issu du cépage Müller-Thurgau (fruit du mariage du riesling et du sylvaner). Il représente 25 ha de vignes sur la coopérative. Bien qu’il ne soit plus planté car passé de mode, les vignerons en ont besoin et maintiennent cette surface. Les pieds de vignes ont un âge supérieur à 40 ans. C’est pourquoi, ils produisent des vins très fruités avec des parfums de muscat et d’abricot.

Le cépage dominant de la coopérative est le riesling (70 ha en augmentation). La cuvée 2009 est un grand succès commercial. Au nez, dominent la pomme verte et le citron. A la fois très frais et fruité, ce vin se révèle extrêmement aromatique.

Autre vin blanc de Besigheim, le Justinus, doté d’un nez prononcé où se mêlent pamplemousse et citron vert. En bouche, s’ajoutent des arômes de poire. Il est obtenu à partir du cépage Kerner autorisé à la plantation depuis 1969. Son nom vient du poète et médecin Justinus Kerner, qui vivait à Weinsberg près de Heilbronn. Le Justinus a été développé en collaboration avec le domaine Weinsberg (propriété de l’Etat allemand). L’objectif était de créer un vin orienté en fonction de la demande du marché. 12 producteurs du Wurtemberg élaborent ce vin pour un consommateur haut de gamme. L’expérience montre que ce vin est également apprécié par les jeunes dégustateurs. La gestion de la qualité est stricte, il y a un contrôle annuel et une sélection des exploitations qui ont le droit de porter cette étiquette.

Rouges à fort potentiel: Schwarzriesling, Spätburgunder et Lemberger

Passons aux rouges avec le Schwarzriesling (cépage pinot meunier). Il provient de vignes essentiellement âgées de plus de 30 ans. La force en alcool de la cuvée 2008 lui confère un côté doucereux. La fermentation malolactique et la maturation sont réalisées en barriques.

Pour le Spätburgunder, le nez est légèrement poivré. Gourmande, la bouche est marquée par les fruits rouges et noirs. L’élevage de ce vin s’effectue en barrique pendant 15 mois. Idéal sur les plats de viandes.

Les 14,5° du Lemberger 2007 confèrent une puissance inattendue à ce vin fascinant. Il arrive à son apogée après 3 années et peut supporter 8 années de garde sans problème. L’élevage est réalisé en barriques neuves durant 24 mois. Pour bien profiter de ses arômes, mieux vaut ouvrir tôt cette remarquable cuvée et laisser monter la température. Une fois bien ouvert, ce vin se révèle fruité. La cerise côtoie l’amande amère et les fruits secs. Il est parfaitement équilibré pour accompagner de l’agneau ou du gibier.

Enfin, la dégustation atteint son sommet avec la Composition XXL 2006, un magnifique rouge d’assemblage à l’œil grenat et au nez marqué par les fruits noirs. En bouche, les arômes subtiles de mure et de cassis se montraient remarquablement fondus. Un pur plaisir pour les dégustateurs attentifs !

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