Cépages et cuvées d'exception

Assemblages ou mono-cépages, ces champagnes sont singuliers, à l'image de leurs élaborateurs. Revoici l'arbanne, le petit meslier et le pinot blanc !
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"Il s’agit d’un produit originaire d’il y a quatre siècles... Nous n’en sommes encore qu’à l’état de sauvegarde de la cuvée, mais nous avons le plaisir de faire partager notre passion", confie Paul Ariston du champagne Aspasie à Brouillet, à propos de la cuvée "Cépages d’Antan", assemblage à 40% d’arbanne, 40% de petit meslier, et 20% de pinot blanc.

Les cépages champenois d’avant le phylloxera sont toujours autorisés, et les producteurs inventifs osant se pencher sur le sujet de cuvées spécifiques peuvent encore se compter sur les dix doigts. Pourtant, la réflexion de remettre au goût du jour ces vignes particulières chatouille les neurones de plus en plus de vignerons à travers la zone d’appellation.

Trouvaille

"Ce produit représente très peu de volume, pourtant, nous notons déjà une belle orientation en sa faveur de la part du marché américain, et japonais après seulement un an de commercialisation", poursuit Paul Ariston. "La clientèle française accroche aussi. Il s’agit d’une phase de découverte et pour l’heure nous n’avons enregistré aucun commentaire négatif. Nous faisons très peu déguster cette cuvée. Dans notre esprit comme dans celui des œnophiles, c’est un produit rare et haut de gamme qui se découvre en famille avec des gens très proches. Ce champagne représente un côté trouvaille."

Pour l’heure, la cuvée Cépages d’Antan est issue de la vendange 2006. Le vigneron de Brouillet ne souhaite pas augmenter ses volumes pour ce produit de niche d’autant qu’il nécessite un suivi très important et rigoureux pour maîtriser l’évolution du vin.

"Je mets le nez dedans, je suis mes flacons au fil du vieillissement, c’est le privilège d’être producteur. Toute cette démarche permet de créer de la valeur autour de l’image du champagne, un thème mis en avant dernièrement par le GDJ (groupe des jeunes, entité faisant partie du SGV). La dégustation est un travail de tous les jours. Je recoupe mes informations en vue d’une synthèse avec des personnes de différentes générations."

Lors de la dégustation, les sensations sont originales. Une robe or pale, un nez citronné, floral, avec quelques notes grillées, promettent une belle surprise au palais. Promesse tenue ! Des arômes d’agrumes (pamplemousse), de la vivacité et de la fraîcheur pour un champagne délicat, fort d’une belle longueur en bouche toute en subtilité.

La cuvée est idéale seule à l’apéritif, ou accompagnant un Saint-Pierre poêlé, un bar sauvage ou encore des sushis.

Inventifs Aubois

Dans l’Aube, on retrouve également une production originale placée sous le signe de la marque lancée en 2001 par le SGV "Les Champagnes de Vignerons" : la cuvée 100% pinot blanc de chez Petit-Camusat à Noë-les-Mallets. Ce vignoble a été créé en 1991 par Frédéric et Evelyne. "Mon père avait déjà l’habitude de produire ce genre de cuvée qui nous plaisait beaucoup. C’est donc par goût qu’avec mon mari nous avons poursuivi dans cette orientation", confie la vigneronne.

Ce pinot blanc offre une robe jaune or de belle intensité aux reflets verts. La bulle est discrète. Le nez se développe sur des arômes de sucs de viande rôtie et d’herbe fraîchement coupée. L’attaque en bouche est franche, assez vineuse. La rétro-olfaction évolue sur des notes miellées puis sur des agrumes compotés.

Aux Riceys, d’une manière empirique et ludique Olivier Horiot s’est lancé lui aussi dans l’aventure des cépages rares. "Avant, nos vignes d’arbanne et de pinot blanc entraient dans l’assemblage du brut sans année. Et par curiosité, juste pour voir ce que ça allait donner, j’ai réalisé 5 fûts spécifiques. C’est vraiment d’un essai effectué en travail artisanal avec un petit pressoir qu’est née la cuvée "5 sens" issue de la vendange 2006."

Aux confins de l’Aube et de la Bourgogne, à Buxeuil, il convient de ne surtout pas oublier l’un des maîtres des cépages rares, le champagne Moutard. Cette maison propose la cuvée des 6 cépages, ainsi qu’un millésime 2005 Vieilles Vignes 100% arbanne. Deux raretés à déguster absolument !

Produits de niche

Parmi les champagnes en devenir, citons le cas à Œuilly, dans la Vallée de la Marne, de Benoît Tarlant. "Sur 2% de notre vignoble, j’ai replanté du petit meslier, de l’arbanne et du pinot blanc. A la base, j’avais tenté de replanter du chardonnay en pieds francs. Ces plants non greffés n’ont pas tenu, car le phylloxera est toujours présent dans le sol champenois… Suite à cet échec, il y a eu des discussions entre les générations afin d’alimenter ma réflexion. Cela a débouché sur les anciens cépages dont la première vendange a eu lieu en 2007. Pour cette cuvée, je me donne le temps. Je déguste régulièrement pour voir comment cela évolue. Pour cette cuvée qui n’a pas encore de nom, je veux attendre afin d’avoir la finalité du produit."

Offerte aux papilles des œnophiles à l’état de vin clair, lors du dernier salon Terres et Vins de Champagne, elle devrait voir le jour en 2012.

Toutes ces cuvées originales n’en sont pas moins des produits de niche. Car si les cépages anciens font des émules, ils représentent moins de 1% du vignoble total de toute la zone d’appellation champagne, bref une proportion anecdotique pour des cuvées rares et confidentielles en série limitée à destination de dégustateurs aussi passionnés et curieux que les vignerons qui les élaborent.

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