La grande dégustation des œnologues champenois

Les vins clairs sont de sortie, les œnologues aussi ! Le Mesnil-sur-Oger a accueilli les professionnels pour une grande dégustation des vins de base.

Le 17 février 2011, au Mesnil-sur-Oger, dans la Marne, les membres de l’Union des œnologues de France, région Champagne, étaient les hôtes de l’UPR (champagne Le Mesnil) afin de déguster un éventail de vins de base (vins tranquilles, avant la champagnisation).

Placés par pôles régionaux de la Champagne viticole, les échantillons avaient été fournis par les maisons Cliquot, Mumm, Lombard, Gosset, Billecart Salmon, l’Union champenoise et l’UPR.

Pour cette réunion annuelle, les œnologues sont entrés rapidement dans le vif du sujet, après que Jean-François Perrot-Minnot ait souhaité la bienvenue et défini les "règles du jeu" de cette dégustation de vins clairs en compagnie de Gilles Marguet, directeur de l’union des propriétaires récoltants.

Un moment fort au cœur du métier d'œnologue

Laurent Panigaï, responsable viticulture du CIVC a brièvement retracé le cycle 2010 de la vigne, classique au plan physio, et peu marqué au plan des aléas (presque pas de grêle).

"Un hiver avec des basses températures, notamment dans le secteur de la côte des Bar. Une campagne végétative où il n’y avait presque rien à noter jusque mi-août. Une apparition de pourriture grise comme en 2001, qui a nécessité un effort de tri et de sélection. Le printemps sec avait occasionné une contrainte hydrique, compensée par les pluies d’août (précipitations record). L’acidité s’est tenue, les raisins ont été marqués par le botrytis. Bref, nous savions que les vins hériteraient des contraintes des raisins."

Au fil des dégustations les œnologues ont pu ressentir sur certains échantillons la réalité des remarques du responsable viticulture du CIVC.

"Cette réunion est un moment fort au cœur de notre métier d’œnologue", souligne Jean-François Perrot-Minnot. "La dégustation des vins de base précède l’assemblage qui constitue la partie purement créative du métier. Les vins de base composent la palette qui va permettre de recréer le goût propre à chaque maison de champagne afin de contenter le consommateur. Toutes les compétences et l’expertise d’un œnologue s’expriment à ce moment précis."

Echanger pour mieux créer

Le président a poursuivi en précisant que ce moment de dégustation permettait de mesurer le travail accompli depuis la vigne jusqu'au stade des vins clairs. "La champagnisation ensuite n’est qu’un aspect purement technique, et non un acte de création. Cette réunion est en outre un moment privilégié pour évoquer les conditions de l’année et d’échanger sur différents secteurs de production des raisins."

Il est vrai que depuis un bon mois, les professionnels du vin et les vignerons sont déjà en dégustation. Chaque jour sont goûtés chaque cuve, chaque cru en vue d’un préassemblage, qu’il conviendra de déguster à nouveau puisque le champagne est élaboré par du vin de l’année et du vin de réserve. C’est un cheminement par touches successives avant de passer au stade de la fermentation alcoolique.

"Nous avons besoin de grand messes pour nous poser et nous réunir afin que le panel des vins se forme. Et c’est aussi l’occasion de partager avec les étudiants en œnologie. Ces futurs confrères apportent aussi leur pierre à la réflexion," conclut Jean-François Perrot-Minnot.

Au terme d’une dégustation faite parfois de surprises dans certains secteurs, il ressort que 2010 saura apporter son lot de cuvées prometteuses.

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