Les vins Trimbach s'invitent en Champagne

Les vins de la maison Trimbach de Ribeauvillé qui perpétue l'exigence au fil des générations, ont ravi la table des Berceaux à Epernay.

Quand deux Alsaciens se rencontrent, ils se racontent souvent des histoires régionales et gastronomiques.

L’établissement champenois du chef Patrick Michelon avait pris des allures d’auberge alsacienne un soir de novembre. Le patron des Berceaux, originaire de cette autre grande région vinicole, recevait avec plaisir François Wilhem, de la prestigieuse maison Trimbach, implantée à Ribeauvillé.

Equilibre

Il avait concocté pour l’occasion un menu riche en saveurs de sa jeunesse pour une cinquantaine de convives.

La famille Trimbach est installée depuis 1626. Désormais, la 13e génération de vignerons règne sur un vignoble de 40 ha. Ne sont sélectionnés que les meilleurs raisins afin d’obtenir des vins d’une grande qualité. Pierre Trimbach pratique l’art de l’équilibre. En témoigne le difficile exercice de maîtriser l’acidité tout en gardant la tension qui tient les vins dans le temps.

Pour cet original repas alsacien en Champagne, il fut d’abord question de pinot blanc pour l’entrée (King crabe sur un écrasé d’avocats).

«C’est le cousin du chardonnay réputé de la Champagne», explique François Wilhem. «Un vin sec, convivial, parfait pour une ouverture. On peut presque parler de vin de soif tout en simplicité, s’alliant remarquablement avec un plat légèrement épicé.»

Doublé de riesling

La maison Trimbach présenta ensuite un premier riesling plein de jeunesse, caractéristique du terroir de Ribeauvillé. «Logiquement sec pour le plaisir du repas. Une cuvée avec peu de sucre résiduel offrant une trame droite et pure, issue de la vendange 2009, synonyme de richesse. Il commence à s’ouvrir.» Ce vin n’est pas encore totalement terminé, mais il est en bonne voie avec déjà quelques aromes «pétrole».

Patrick Michelon avait concocté une mousseline de grenouilles, petit clin d’œil à l’Auberge de l’Ill, l’établissement trois étoiles de la famille Haeberlin à Illhaeusern, où le chef fut formé. Un plat dont le persil et la crème atténuaient le côté vertical du vin. Un véritable accord gastronomique !

«Pour le troisième vin, encore un riesling, mais là on passe aux choses sérieuses» confiait avec truculence François Wilhem. «Une cuvée provenant de vignes de 50 ans d’âge implantées juste derrière la maison. La fermentation a été poussée au maximum, et après 5 années en bouteille, ce vin exprime toute sa minéralité. Un pur jus de raisin au goût spécifique de pétrole et de fleur blanche».

Tout en faisant servir un turbo sauvage grillé à la plancha, accompagné d’un lit de choucroute nouvelle, de rondelles d’oignons et de salsifis croquants, Patrick Michelon ne put s’empêcher de s’exclamer à destination du représentant de la maison Trimbach : «Pour une fois nous recevons quelqu’un qui sait parler du vin !»

Question de prononciation

Si le pinot noir 2008, sur le fruit, ne suscita aucune discussion tant il charmait les papilles, en revanche le plat qu’il accompagnait fut l’occasion d’un petit débat entre Alsaciens. La bressole de pintade fermière farcie au foie gras était servie avec une compote de quetsches et de Griespflütta (une quenelle de semoule). Mais pour la prononciation est variable si l’on est du nord ou du sud de l’Alsace, et la discussion sur la bonne intonation se révéla un moment savoureux pour les Champenois…

Arriva enfin l’assiette de fromage composée de Munster (l’un frais, l’autre fait). «Il ne pouvait y avoir qu’un seul fromage, les autres ne faisaient pas le poids», poursuivit François Wilhem. «Celui-ci vient directement de la ferme et se marie remarquablement avec le gewurztraminer «Seigneurs de Ribeaupierre» 2004. Un vin floral et épicé.»

Et pour clore en beauté cette grande dégustation, les aromes de mangue, ananas, litchi et abricot d’une vendange tardive sublimèrent un tartare de fruits exotiques avec coulis d’églantine. «Les vendanges tardives sont issues de la législation allemande. Cette cuvée 2005 est spécifiques des vins surmaturés, Ses 60 g de sucre résiduel ne le privent pas d’une belle fraîcheur, et d’un équilibre quasi magique.»

En guise de point d’orgue, les gourmets eurent également droit à une petite chanson en langue régionale entonnée par les deux Alsaciens responsables de cette célébration gastronomique de premier ordre.

Mémorable !

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