Made in Great Britain par un Champenois

Un Avizois et un Britannique ont uni leur talent afin de donner le jour à une cuvée de vin effervescent. Un premier mousseux aux couleurs de Meon Hill.

«God save the wine !» pourraient s’écrier en cœur Didier Pierson, vigneron d’Avize, et son associé Sydney Chaplin, qui veille sur les bouteilles de Meon Hill.

Après s’être lancé en 2002 dans l’étude des conditions climatiques du sud de l’Angleterre, le Champenois rencontre lors d‘un repérage l‘année suivante un septuagénaire du Hampshire, reconverti à l’agriculture. Ce dernier est rapidement séduit par la démarche du Français qui a renoncé à étendre son vignoble en Champagne, et veux se lancer dans une aventure viticole en Grande-Bretagne. Le projet va voir le jour aux environs de Petersfield, sur des terrains crayeux à environ 15 km des côtes. Les cépages chardonnay et pinot noir s’y développent en bénéficiant d’une exposition plein sud.

Atouts et inconvénients climatiques

«Nous avons dû tenir compte du maximum de facteurs favorables afin d’optimiser les conditions. Trop souvent les Anglais croient que leur météo ressemble à celle de la Champagne. Mais ce n’est pas le cas. Lors de la floraison les températures sont souvent plus basses. L’an passé, il avait fait relativement chaud jusqu’à la mi juin, puis, nous avons perdu une partie du potentiel de la vendange lors d’un retour du froid. Il y a en plus de grosses différences d’une année sur l’autre, ce qui explique qu’il va me falloir plus de temps pour adapter la culture, ce qui orientera la production.»

Didier Pierson est parfaitement entouré afin de gérer au mieux ses deux vignobles. Dans cette organisation, les climats lui sont favorables. Du fait d’un réel décalage entre les conditions météo françaises et anglaises, il peut tout conjuguer. «Pour ce qui est des vendanges, il y a 2 à 3 semaines de différence, voire plus. L’an passé, nous avons débuté fin août dans la côte des blancs, tandis que ça a commencé le 1er octobre dans le Hampshire.»

Durant 8 ans, l’Avizois a développé la plantation et le travail de la vigne tout en définissant l’élaboration du vin mousseux de Meon Hill.?Pendant ce temps là, Sydney Chaplin l’a laissé faire, n’ayant quant à lui peu de connaissances en matière de vin. Mais à présent, il assure en grande partie la gestion commerciale du projet. Les choses se limitent encore à quelques contacts directs, quelques grossistes et caves à vin.

Si le Champenois se rend une quinzaine de fois par an sur le sol anglais, il continue à gérer au mieux son exploitation de 4 ha dans la côte des blancs. Avec un emploi du temps chargé, il fait entièrement confiance à son partenaire dans la société à part égale. «Je peux compter sur lui et je sais qu’il va parfaitement s’occuper des ventes. Il n’est pas exclu qu’en cas de besoin, je puisse aller lui donner un coup de main.»

Salué par les dégustateurs

«Lors d’une dégustation à l’aveugle, des spécialistes des sparkling wines (vins effervescents) ont cru que c’était du champagne. Si vous ajoutez à cela de bonnes notations suite à des analyses par des œnologues britanniques, il y a de quoi être satisfait. Mais il faut rester prudent, ce n’est que le début de la commercialisation», déclare le vigneron français.

Les premières bouteilles de Meon Hill sont sorties sur le marché le 15 décembre. Ce mousseux est principalement destiné au marché des sujets de la reine Elisabeth II. Mais que les dégustateurs français curieux et amateurs d’effervescence en tout genre se rassurent. Il est possible de se procurer des bouteilles chez Didier Pierson afin de découvrir l’étonnant terroir du Hampshire.

Cette cuvée est un assemblage issu de chardonnay et de pinot noir. Il s’agit d’un mousseux doté d’un bon équilibre, finesse et fraîcheur alliées à des arômes plus vineux et charpentés. Avec deux ans et demi de vieillissement, le vin développe des aromes de fruits frais.

«J’espère avec le temps pouvoir donner plus de complexité à cette cuvée. Mais, on ne va pas s‘arrêter à une variété. Il faut savoir qu’un 100% chardonnay est actuellement en vieillissement, et qu’un rosé viendra aussi compléter la gamme dans le futur.»

Pour l’heure, les amateurs de sparkling wines doivent débourser 20 livres pour déguster une bouteille de Meon Hill. «Hormis le problème des taxes sur l’alcool qui sont importantes en Angleterre, il faut savoir que les vins effervescents sont vendus relativement chers, et nous avons voulu nous positionner sur une fourchette basse de l’échelle», précise Didier Pierson.

Un argument supplémentaire afin de susciter l’intérêt des sujets de sa très gracieuse Majesté?

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