Pascal Foucher en pince pour la vie !

Rencontre avec le combat acharné d'un homme "lambda" qui découvre au détour d'un scanner qu'il est malade d'un cancer. Actions contre le fatalisme.

Si le rire est le propre de l’homme, Pascal Foucher en est un à 200% ! Le personnage peut être caractérisé de gourmand, voire boulimique, et cela dans des domaines aussi variés que le travail, la gastronomie, l’œnologie, mais avant toute chose la vie.

Ce photographe touche-à-tout a souvent allié travail et passion, comme lors de la réalisation de 100 photos pour les 100 ans de l’organe de presse du SGV (syndicat général des vignerons)

Une vie qu’il a toujours croqué à belles dents et avec un large sourire, même si depuis 5 ans, son existence est assombrie par un cancer.

Pour autant Pascal ne se laisse pas aller et fait face à sa maladie avec son humour naturel et un dynamisme forcené.

«Tomber, se relever»

Avec des accents rabelaisiens, empreint de la faconde et des traits de comportement des personnages de Michel Audiard, le gars Pascal mène sa lutte à sa manière. Pour ceux qui ne sauraient rien de son état de santé, il y aurait de quoi être déconcerté par son allure chaleureuse et sa carrure de basketteur. Ce beau gosse cinquantenaire d’un mètre quatre-vingt treize au teint halé joue un bras de fer des plus délicats avec l’une des formes les plus agressives du «crabe».

On a du mal à imaginer ce personnage rigolard avoir d’énormes problèmes pour marcher, ce qui le contraint parfois à demeurer coucher. «C’est difficile à supporter», confie Pascal. «Le plus usant, c’est (au sens figuré) de tomber, de se relever, de devoir toujours repousser ses limites»

Il a déjà surmonté plusieurs épreuves, or celle qu’il affronte actuellement peut s’avérer décisive. Son envie de vivre le fait se heurter à un problème de taille. Arrivé dans une forme d’impasse en terme de traitement, «qui réduit ma date de péremption, on ne me propose plus qu’une forme de chimiothérapie qui avait déjà eut de l’effet sur ma maladie, et un accompagnement anti-douleur.»

Pascal Foucher a déjà supporté 6 variétés de protocole de chimio, et 3 greffes, mais le crabe s’accroche à lui. Or, bien qu’il n’offre aucune garantie curative, il existe un médicament testé aux USA et intégré dans des protocoles français qui pourrait lui permettre d’améliorer ses chances de vie en amenant la maladie au plus bas.

Seulement, des raisons administratives un peu complexes liées au type de greffe qu’il a supporté ne lui permettent pas pour le moment de bénéficier du nouveau médicament (Pomalidomide). Une ouverture est attendue éventuellement en décembre grâce à une autorisation temporaire. Mais dans son cas, chaque jour compte.

Voir Pascal Foucher se résigner et se laisser aller au fatalisme est une chose improbable. Si son moral est passé par des périodes fortement contrastées, l’esprit combattif l’a toujours emporté chez lui.

Il a donc ressorti les gants de boxe, histoire «d’éparpiller par p’tits bouts façon puzzle» le vilain crabe qui lui pince la vie.

«Ayant le sentiment d’être coincé par une injustice, j’ai décidé d’en appeler aux plus hautes responsabilités de l’Etat afin de pouvoir bénéficier du seul traitement qui peut encore constituer un réel espoir pour mon cas. Une action sans haine, ni agressivité. Je ne vais m’attaquer à des moulins. Mais je veux pouvoir me dire que j’ai tout fait pour m’en sortir.» Président de la République, ministres, directeurs divers et variés, il leur a tous envoyé un mot pour les alerter sur sa situation. Un message relayé ensuite par les médias nationaux.

L’œil du photographe

De la motivation, il en a affiché dès le diagnostique de la maladie, et Pascal a tenu à demeurer actif. «Je me suis toujours retrouvé avec 3 mois très pénibles sur 12 depuis la découverte de mon cancer. Je dirai à certains moments que la maladie est presque plus présente pour les autres, ceux qui m’entourent, que pour moi. Ils ont tendance à se sentir coupables de mon état. Malgré tout ce que je peux ressentir, j’affiche une apparente bonne santé ou bonne humeur.»

A 11 ans, il collectionne les étiquettes de vin. A 12 ans, on lui met un appareil photo entre les mains. Il y a des signes du destin !

Originaire de Chartres, Pascal Foucher va rapidement se passionner pour la photo, se formant, bricolant tout seul et s’entraînant notamment dans le domaine délicat de la prise de vue sportive. Il fait des piges pour la presse en plus de ses études. Bon élève, fils d’ingénieur, il se destine à un Bac E, qu’il n’obtiendra pas. «Je me suis cassé le jour J. J’ai même refusé de passer l’examen en septembre.» Car Pascal veut tracer une ligne professionnelle qui lui soit plus personnelle.

Il tente avec succès le concours de l’école Louis Lumière à Paris, mais ses parents n’auront pas les moyens de lui permettre de poursuivre.

Qu’à cela ne tienne, on le retrouve chef de rayon photo d’une grande surface. Il va d’ailleurs bâtir une importante partie de sa carrière en grande distribution à différents postes clés, manageant de nombreuses équipes.

«Je m’étais donné jusqu’à l’âge de 30 ans pour assumer ma passion de la photo. J’ai lancé une agence qui travaillait avec des collectivités locales dans le domaine du suivi et l’évolution des bâtiments.»

Le hasard va le mettre en face d’un industriel passionné de compétition automobile, qui lui commande un reportage complet sur une voiture participant aux 24 heures du Mans.

Forza Pascal

«Ce circuit, je le connais presque par cœur, avec les endroits stratégiques pour réaliser les plus beaux clichés. Mon travail va plaire, et je me retrouve propulsé à suivre l’ensemble du championnat du monde d’Endurance et de Formule 1 ! J’ai ainsi pu être repéré par plusieurs groupes importants dans le milieu photographique, mais je restais insatisfait par une vie que je jugeais facile.

Pascal Foucher va donc redonner un coup de volant pour revenir dans le giron de la grande distribution avec toujours plus de responsabilités et de succès. Or la lassitude va de nouveau l’atteindre. Il réalise alors une pause de 6 mois, passant en parallèle un diplôme de sommellerie.

«J’ai toujours aimé comprendre en détails ce que je bois. Et j’ai dans ma liste de projets l’ambition de passer un jour le diplôme d’œnologue.»

Fort de cette passion du vin, Pascal conceptualise en Champagne l’idée d’un pôle oeno-touristique au cœur du vignoble, qui ne sera hélas pas soutenu par les décideurs de l’époque, un projet un peu trop en avance sur son temps…

Il rejoint alors l’enseigne Métro. Fort d’un excellent relationnel, il bouge beaucoup à la rencontre des gens. «J’avais bien étudié touts les métiers liés à la gastronomie ça a facilité mon travail.»

Alors qu’il ne connaissait rien à l’Italie ou à ses productions, il va être confronté à une opportunité de reprise de commerce. Les responsables de Fossati (épicerie fine italienne dont il va devenir une des figures de proue) vont lui faire une proposition séduisante qui associée à un goût de la performance et de la proximité va lui permettre de découvrir une nouvelle culture et de se lancer dans une nouvelle aventure personnelle en 1999.

«Je suis parti à la découverte du pays en connaissant à peine la langue, mais les producteurs italiens se sont rendus vite compte que je savais goûter. Je me suis fixé une règle d’or : aucun produit n’est référencé chez nous sans que nous sachions qui le fait et comment il est travaillé. En outre, il n’est pas question qu’un client en sache plus que moi sur un des produits que je vends.»

Et c’est ainsi que Pascal est régulièrement allé sur place avant que le moindre article ne soit référencé dans sa boutique. Emporté par sa flamme, il lance un bar à vin qui en à peine trois années arrive à une stabilité commerciale.

«Fuck the crab !»

Hélas, en 2006, le crabe fait son apparition donnant un coup de frein terrible à son élan d’entrepreneur.

«Cette année là, en janvier lors de la reprise de mon entraînement vélo, je me suis senti fatigué. En mai, suite à une compétition de karting, j’ai ressenti une douleur sur le côté. Après un mois de juin au repos, juillet s’est bien passé, mais en août se déclenche un épisode d’insupportable douleur. Suivra un scanner et le diagnostique de cancer en septembre (myélome).»

Aussitôt, il lance un blog pour parler de sa maladie. «Je ne connaissais rien au web, j’écrivais peu à l’époque. Au départ, je voulais crier ma haine dans le vide abyssal du Net et d’une manière protéger ma famille. Mais eux voulaient savoir. En plus, à la lecture de mes premiers articles, les gens m’envoyaient des messages pour me plaindre. Je ne voulais pas ça ! Il y a donc eu un retournement de genre. J’ai changé de ton en optant pour un humour combattif.»

Quelques années et textes plus tard, les meilleurs articles vont faire l’objet d’un livre. «J’ai lancé une association «Fuck the crab», le livre sera vendu avec un tee-shirt aux couleurs de l’asso. L’idée est que grâce aux fonds récoltés, des actions puissent être sponsorisées et que l’on puisse parler d’une manière différente de la maladie.»

Pascal a de la force et de la cervelle à revendre. C’est encore la preuve s’il en était besoin que le personnage regorge de projets et de vie. Une chaîne d’amitié et de solidarité s’est constituée autour de lui et il espère bien qu’avec ce «clan des bouffeurs de crabe» il va pouvoir faire bouger les choses pour que le vilain crustacé ne soit plus qu’un mauvais souvenir, sauf avec de la mayonnaise et un petit verre de blanc au grand banquet de la vie. A ta santé Pascal !

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