Raoul Cauvin : profession scénariste !

Interview d'un des scénaristes les plus prolifiques des éditions Dupuis : Raoul Cauvin. Interview en belge dans le texte !

C’est le père des Tuniques Bleues , de Pierre Tombal , des Femmes en Blanc , et de bien d’autres succès du journal de Spirou. Raoul Cauvin n’en finit pas de créer des histoires désopilantes mises en images par une brochette de dessinateurs qui se félicitent de cette collaboration. Le facétieux Belge cultive l’humour à la mode d’outre-Quiévrain dans ses oeuvres comme dans la vie.

Si vous n’aviez pas fait de BD, qu’auriez-vous aimé faire ?

Des conneries ! Et jouer au billard, j’adore ça.

Comment êtes-vous devenu scénariste ?

Je suis venu au métier du scénario par accident. Je suis sorti de mes études à Tournai en Belgique avec un diplôme qui ne servait à rien, avec un métier inutile dans les mains, et je me suis retrouvé dehors. C’est affreux, et en me disant : "où est-ce que je vais aller ?". Tout ça parce qu’un professeur m’avait appris ce que son prof lui avait appris, et que son prof lui avait aussi appris, etc. C’est horrible. J’avais rien, je me suis présenté chez Casterman, au Lombard, chez Dupuis et ailleurs. Finalement, c’est Dupuis qui m’a accepté, mais pas comme scénariste. Si je suis venu à ce métier, c’est par la force des choses. Je suis vraiment le fruit du hasard.

Vous avez vraiment une palette diversifiée dans vos scénarii. Où allez-vous chercher tout ça ?

Justement, j’aime bien le mot diversifié, parce que j’essaye d’avoir des thèmes de BD diamétralement opposés. Si je prends L’Agent 212, Les Tuniques Bleues, Pierre Tombal , c’est très séparé, comme ça j’évite de tomber dans le piège de refaire les mêmes choses.

Etes-vous très courtisé du fait de vos succès ?

Quand j’ai commencé, je me présentais chez des dessinateurs avec des scénarii, on me répondait : "oui, mais tu n’es pas connu...". Il y a un seul dessinateur après lequel je n’ai pas couru, Louis Salvérius (co fondateur des Tuniques Bleues, disparu en 1972). Je lui ai donc offert mes services avec succès, et depuis lors je suis très courtisé. C’est un peu ma revanche du départ. Maintenant, j’ai mon cul sur une chaise, et c’est eux qui viennent me trouver...

Scénariste, n’est-ce pas un métier frustrant ?

Il m’énerve ce métier, car à 80% le dessinateur trouve qu’il a un bon dessin et que si l’histoire ne marche pas, c’est à cause du scénario. Ca me fout en boule car je peux prouver où on veut et quand on veut que si on a un bon dessin et un mauvais scénario, ça va couler. Alors que si le dessin est moyen, mais que l’histoire est très bonne, ça va sauver la mise, comme au cinéma. C’est pourquoi je défends toujours les scénaristes.

Avec les dessinateurs, pas de problèmes pour imposer vos idées ?

Pas du tout, car ce sont eux qui viennent me trouver. Je dis : "voilà, je vais faire ça". Ils acceptent ou il refusent. Mais je dois dire qu’avec l’équipe avec laquelle je travaille tout va très bien, car on met les choses au point avant. Je ne voudrais pas que tout d’un coup ils interviennent dans mes scénarii. On s’entend magnifiquement comme ça.

Envie de travailler avec des dessinateurs réalistes ?

J’ai essayé, mais ils sont chiants. Attention, je ne leur en veux pas, c’est plutôt moi qui ait une mentalité... Disons que j’aime bien déconner. Le réaliste, il veut que les choses soient claires, précises, bien au point. C’est trop difficile pour moi, ça m’ennuie d’être sérieux 5 minutes.

Vous êtes un humoriste dans la vie et le travail ?

Oui, bien sûr ! Avec mes copains, mon épouse ! Je n’aime pas être sérieux, sinon, alors, je lis le journal... Autant passer à autre chose, c’est un peu égoïste.

Comment trouvez vous toujours des idées percutantes ?

Je ne crois plus aux contes de fées, je ne crois plus aux chevaliers, aux dragons et à la petite princesse. Les gens ont besoin de personnages un peu consistants, qu’ils peuvent approcher. "Les Femmes en Blanc", elles existent, elles sont là, et j’ai tapé dans le mille puisqu’elles se défendent. Elles sont en grève, je les adore. Avec "L’agent 212", c’est la vie des flics. "Pierre Tombal", c’est un sujet présent, même si ne veut pas le voir. J’ai mes anecdotes de par les fossoyeurs eux-mêmes, qui me disent : "écoutez, il faut parler de ci et de ça". Et si je fais "Les Psy" c’est parce que je les hais. Je ne sais pas les sentir. C’est un monde de fous dans lequel ce n’est pas le client qui est malade, mais bien le psy ! Bref, j’aime bien prendre des choses qui existent et dont on peut parler. Je ne veux plus m’intéresser à un mec qui est né 2000 ans avant JC !

Avez-vous songé à votre retraite ?

Il y a deux solutions. Si moi je peux choisir, je mourrai en travaillant et pour la première fois j’irais chercher ma documentation chez Pierre Tombal, mais alors, je ne reviendrais pas. C’est un peu la mort que je souhaite. Ce dont j’ai peur, c’est de devenir complètement sénile et d’abandonner tout mon travail. Je n’aimerais pas, donc je préfère la mort cash. Prendre ma pension (retraite), c’est inadmissible ! Arrêter de créer, arrêter de faire des histoires, ça serait mortel !

Raoul Cauvin sera au 5e festival de BD à Hautvillers dans la Marne les 16 et 17 avril, ainsi que 20 auteurs en dédicaces à la salle des fêtes, rue de Dessous-les-Clos. Entrée 3 euros.

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