Morgan Sportès au Printemps du Livre de Cassis

Dans le splendide village de Cassis (13260) débutait ce week-end la 24ème édition du Printemps du Livre qui se termine dimanche prochain.

Morgan Sportès, Prix Interallié 2011 pour son livre-enquête « Tout, tout de suite », ouvre le bal des rencontres littéraires dans le cadre idyllique de la Fondation Camargo. Il fait chaud, l’amphithéâtre à ciel ouvert qui surplombe la mer est bondé. L’écoute est attentive, le sujet grave : « Barbarie et consumérisme ». Le ton un peu moins. Morgan Sportès est d’humeur badine.

Je n’ai pas lu son livre. Pas envie. Il y a quelque chose qui me dérange dans ce projet littéraire. Approcher les tortionnaires d’Ilan Halimi, pour quoi faire ? Voir le mal en face ? Ce n’est pas en mettant le mal en lumière qu’il va disparaître au contraire. De la même manière que je n’ai pas envie de savoir qui était Mohamed Merah, je ne veux pas savoir qui est Youssouf Fofana et sa bande. Alors pourquoi suis-je venue ? Parce que la conférence est à 500 mètres de chez moi ? Parce que le calvaire d’Ilan Halimi m’a bouleversée au point d’en faire des cauchemars ? Parce que je suis curieuse de savoir comment Morgan Sportès va « vendre » son livre ? Un peu les trois.

N’ayant pas prévu d’écrire un compte rendu, je n’ai rien enregistré, comptant sur ma seule mémoire pour restituer les propos les plus marquants de Morgan Sportès. Sur un ton goguenard, il assène :

  • « Le gang des barbares ? Une bande de branquignols, de bras cassés »
  • « Fofana a mis ma tête à prix et elle vaut 300.000 euros, du coup je suis allé renégocier mes droits avec mon éditeur »
  • « Quand on veut préparer un kidnapping, mieux vaut lire Descartes ».

Une femme est allongée dans l’herbe et prend un bain de soleil tandis que Morgan Sportès poursuit plus sérieux :

  • « Ils vivent dans un monde virtuel, vous citent des répliques de film »
  • « Quand Bertrand Tavernier a adapté pour le cinéma mon livre « l’Appât » avec Marie Gillain dans le rôle de Valérie Subra, j’ai reçu un mot de Guy Debord qualifiant de « sinistre innocence » la scène finale »
  • « Ilan Halimi (Elie dans le livre) est comme un trésor caché au fond de leur cave. C’est une valeur marchande pour eux, un objet, il n’existe pas ».
  • « Pourquoi la police Française n’a-t-elle pas accepté que soient versés les 5000 euros de rançon ? Il suffisait ensuite de placer des policiers devant Western Union à Abidjan et attendre que la rançon soit récupérée pour le coincer »
  • « Le seul de la bande qui a craqué, qui a dit : « je n’en peux plus », c’est un Portugais. C’est le seul qui avait noué une relation amoureuse avec une fille. Les autres ne connaissent de l’amour que les tournantes. »
  • « La photo du masque mortuaire d’Ilan Halimi n’a plus rien à voir avec le visage de ce beau jeune homme bronzé et souriant qu’on a vu dans les médias, on aurait dit qu’il avait vieilli de trente ans. Dommage que cette photo n’ait pas été publiée dans la presse, car ses yeux grands ouverts nous regardent tous »

  • « Vous dîtes que ces jeunes sont très sensibles aux médias, ne pensez-vous pas que vous participez aussi, en écrivant ce livre, à leur médiatisation, et d’une certaine manière à leur héroïsation ?

  • « Avez-vous lu l’Appât ? Si oui, vous voyez bien que les personnages ne sont ni valorisés ni héroïsés »
  • « Je crois qu’il y a des gens qui seraient capables de commettre les pires atrocités juste pour qu’on écrive un livre sur eux, répond la dame du public qui poursuit : Que pense la maman d’Ilan Halimi de votre livre ? Avez-vous eu un retour ? »

  • « Quand j’ai voulu la contacter, son avocat ne m’a pas ouvert la porte ».

La femme allongée dans l’herbe n’a pas bougé, continuant sa séance de bronzette, indifférente au monde qui l’entoure. Je me demande comment elle fait et me surprends à espérer que le soleil la punisse de son empreinte. Qu’elle rougisse enfin, même si ce n’est pas de honte.

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