Des inquiétudes sur l'avenir des élèves au Bénin

Au Bénin, la baisse du niveau des apprenants en général et surtout en français se fait de plus en plus remarquer, ce qui suscite des craintes pour l'avenir.
09 Déc

Ce constat est fait un peu avant l’arrivée des nouveaux programmes. Mais avec l’application de ceux-ci orientée vers l’approche par compétence, cela s’observe davantage. Ainsi, deux éléments basiques ont été supprimés : l’étude syllabique et la dictée. Conséquence, les apprenants ont des problèmes pour bien lire et pour écrire sans faute.

Le syllabaire et la dictée

Sans l’étude syllabique, au début de l’apprentissage, les enfants prennent les mots pour image qu’ils identifient aisément dans un contexte bien précis. Sorti de ce contexte, ils ont du mal à lire le même mot. La question a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans le milieu de l'enseignement et dans toute la société béninoise. Des critiques ont fusé de partout. Et finalement, l’étude syllabique a été introduite au grand bonheur des parents et même des enseignants.

Pendant ce temps, la décision de retirer la dictée du programme a été maintenue. Sur le terrain, le constat est dramatique. Les apprenants écrivent presque au son. La rigueur constatée auparavant dans l’enseignement de cette matière qu’est le français n’est plus la même ; l’orthographe, la grammaire et la conjugaison ne sont plus dispensés avec la même méthode, la même fermeté. Et puisque le programme s’est déjà étendu au second cycle, les professeurs de français ne cessent de se plaindre du faible niveau des apprenants en rédaction. D’abord, ils évitent au maximum de traiter les sujets de dissertation parce que ceux-ci demandent l’élaboration d’un texte cohérent à partir d’une affirmation. A l’université, les maîtres de mémoire sont étonnés de la qualité inacceptable des documents produits par leurs apprenants qui, incapables de répondre aux aspirations des professeurs, se font parfois rédiger leur mémoire. Mais en dehors de la qualité de l’enseignement de cette discipline, se pose aussi et surtout le manque d’engouement pour la lecture.

La lecture : une nécessité d’avenir

Très peu d’apprenants s’adonnent de nos jours à la lecture, seul gage d’une expression orale et écrite de qualité. Leur intérêt se trouve plutôt dans les jeux, la télé à travers les feuilletons souvent d’origine brésilienne et mexicaine et les matchs de football, les romans-photos, l’internet (messagerie et sites érotiques) et les sorties de groupe.

L’autre élément d’attraction de la jeunesse a pour nom le "phénomène portable". Dans les établissements privés comme publics, très peu d’apprenants n’ont pas cet outil de communication. Dans la rue, en allant et en retournant de l’école, au lieu d’initier des débats sur les cours appris ou suivis, c’est la manipulation des portables qui en tient lieu à travers de la musique distillée à tout vent ou des messages qui s’écrivent, s’envoient et se reçoivent. L’autre phénomène qui prend progressivement de l’ampleur, c’est celui de l’écouteur nouveau modèle, sans fil, bluetooth et à carte mémoire. A Cotonou, capitale du Bénin, un élève sur cinq dispose de ce joyau qui, dans le milieu juvénile, fait la fierté de celui qui en dispose.

Voilà qui explique les éléments d’attraction qui forcent la curiosité des jeunes et qui les détournent malheureusement d’une voie de succès, celle de la lecture. Empruntons à Jean Paulhan cette affirmation sur la lecture « Qui veut se connaître , qu'il ouvre un livre » et à Cathérine Cusset celle-ci : «Ce qui se passe dans les livres est tellement plus beau , plus grand , plus juste , plus désintéressé que ce qui se passe dans la vie . Il importe de préciser que, entre autres avantages, la lecture procure à l’apprenant qui s’y adonne l’aptitude à une bonne expression tant écrite qu’orale, un goût de la recherche, indispensable à la réussite et au travail bien fait, et de la curiosité. Ce qui rejoint cette affirmation de François Mauriac qui précise : « La lecture, une porte ouverte sur un monde enchanté».

Il reste à souhaiter que des initiatives soient envisagées pour faire revenir la dictée dans le système éducatif béninois, ce qui relève d’une volonté politique. De même, il est urgent de créer des cadres d’incitation à la lecture pour la jeunesse afin de contribuer à préparer pour l’avenir non des «têtes pleines» mais des «têtes bien faites», pour autant qu’on veuille investir dans l’amélioration du niveau des enseignants.

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