L'Art éphémère selon Christo et Jeanne-Claude

Admirées ou contestées, leurs réalisations suscitent toujours de nombreux débats et attirent des millions de visiteurs.

La passion de ces deux célèbres artistes du Land Art est d’empaqueter et ficeler n’importe quoi : un pont, une rivière, une baie, un musée, des îles, des fontaines, des monuments et des bâtiments pour leur donner un aspect mystique et presque méconnaissable pendant quelques jours

Christo Vladimirov Yavachev est né le 13.06.1935 à Gabrovo, en Bulgarie.

Etudiant à l’école des Beaux-Arts de Sofia, il est vite rebuté par des règles trop strictes et passe clandestinement la frontière autrichienne lors d’un voyage à Prague. Il arrive bientôt à Paris, où il multiplie les activités pour survivre : il travaille à la plonge, comme fort des Halles, lave des voitures et vend des portraits qu’il dessine. Mais dans sa chambre de bonne, il commence à s’adonner à sa passion, empaqueter des objets.

Jeanne-Claude Denat de Guillebon est née le même jour que Christo à Casablanca au Maroc où son père est militaire en mission. Plus tard, le général Jacques de Guillebon devient directeur de l'École Polytechnique à Paris. C’est en faisant le portrait de son épouse que Christo rencontre Jeanne-Claude, une rousse flamboyante qui va devenir la femme de sa vie.

« Autour d’elle il y avait beaucoup de prétendants. Jeanne-Claude aimait rire, s’amuser. Elle venait d’une famille aristocratique très aisée et moi, j’étais un émigré qui n’avait pas deux sous. Que pouvais-je faire pour attirer son attention ? Je l’ai invitée au théâtre voir une pièce de Ionesco. Nous étions au premier rang et Jeanne-Claude a tellement rit que les acteurs se sont arrêtés de jouer et se sont mis à rigoler aussi. Elle est restée avec moi. », se souvient Christo dans une interview accordée à la TV Bulgare en 2010.

Jeanne-Claude quitte tout, rompt avec sa famille qui désapprouve cette liaison, et commence à vivre avec son pauvre artiste.

« Je suis devenue artiste par amour. Si Christo avait été dentiste, je me serais occupée de dents. »

La première exposition de Christo a lieu en Allemagne Fédérale en1961. A cette époque la guerre froide bat son plein et les Berlinois, impuissants, observent la construction du tristement célèbre mur. Christo réagit à sa manière. Il demande à la mairie de Paris l’autorisation de couper pour quelques heures la rue Visconti par un rideau de fer. Après 8 mois d’attente vaine, Jeanne-Claude et lui décident de passer outre.

Des affiches sur le boulevard Saint Germain annoncent que le 27 juin 1962 entre 21h et 22h, la rue Visconti sera barrée d’un rideau de fer. Ils disposent 249 barils d’essence vides pour bloquer la petite rue. Résultat : tous les deux se retrouvent au commissariat du 6ème, mais la photo de Christo et de ses bidons rouillés a fait le tour du monde.

A Paris le succès se fait attendre. Christo et Jeanne-Claude voyagent souvent en Belgique, Allemagne, Italie et Suisse pour essayer de vendre leurs œuvres. Un collectionneur américain propose à Christo d’aller exposer dans sa galerie à New York. C’est seulement en 1964 que le couple arrive à réunir l’argent nécessaire pour le voyage et s’embarque pour les Etats- Unis.

New York est l’endroit idéal pour travailler

Christo et Jeanne-Claude travaillent constamment. « Nous n’avons jamais pris de vacances car nous n’avions jamais envie d’arrêter de créer. Pour nous c’est une nécessité. Voilà pourquoi toute notre vie est une fête. »

En 1969 les deux artistes proposent une collection de dessins et de collages à un musée d’art contemporain new-yorkais qui leur remet un chèque de 10 000$. Avec cet argent ils achètent 300 000 m2 de polypropylène tissé et partent en Australie pour réaliser un grand empaquetage. Leur projet enthousiasme les étudiants de l’école des Beaux Arts et des alpinistes professionnels qui travaillent bénévolement. Après 17 000 heurs de travail une petite baie rocheuse près de Sydney se transforme en une mystique montagne argentée. Le monde entier parle de Christo et Jeanne-Claude.

Les grandes réalisations

A partir de ce moment tout devient relativement plus facile. Souvent leurs projets séduisent tout de suite les autorités administratives et tout se déroule sans problèmes. D’autres fois il faut s’armer de patience et de persévérance pour y aboutir. Christo et Jeanne-Claude ont attendu 10 ans l’autorisation de la mairie de Paris pour empaqueter le Pont Neuf, le projet d’emballage du Reichstag a été refusé à six reprises et 4 maires de New York ont été sollicités pour réaliser enfin l’installation Les Portes à Central Park.

Les deux artistes ont réalisé 22 projets et en ont abandonné 37, faute d’autorisation.

Pour rester libres Christo et Jeanne-Claude n’ont jamais accepté d’être sponsorisés et n’ont jamais travaillé sur commande. Ils financent entièrement leurs installations, pour leur plaisir et celui de millions d’admirateurs. 5 000 000 de visiteurs sont allés voir le Reichstag empaqueté et, pour admirer pleinement les Iles de la baie Biscayne à Miami, plusieurs milliers de vols en hélicoptères ont été vendus.

Des installations qui coûtent des millions de dollars, des années de démarches administratives pour obtenir les autorisations, d’énormes efforts logistiques, d’innombrables heures de travail pour une œuvre qui dure quelques jours... à première vue cela peut paraître absurde. Christo explique : « Ni moi, ni Jeanne-Claude ne croyons en Dieu. Chaque instant est unique et doit être vécu intensément. Les choses s’en iront et ne reviendront plus jamais. Notre art reflète la vie. »

« Un artiste ne prend jamais sa retraite ; il meurt tout simplement. »

Ce sont les mots de Jeanne-Claude un peu avant de s’éteindre d’une attaque cérébrale à New York en 2009.

« Nous avions toujours au moins un projet d’avance et nous nous disions que si l’un de nous n’était plus, l’autre devrait survivre pour le réaliser. » Christo continue de travailler comme avant. Le projet Sur la Rivière attend encore l’autorisation de l’administration d’Obama qui doit être accordée en avril 2011.

Le grand regret de Christo est que sa femme ne verra pas leur ultime projet commun réalisé.

http://www.christojeanneclaude.net/

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