Jan Karski, un émissaire pour dénoncer l'holocauste

Jan Karski est un témoin oculaire de l'Holocause qui n'a eu de cesse de réclamer de l'aide pour les victimes juives sans jamais être entendu.

Natif de la ville Lodz (Pologne) dont l’atmosphère cosmopolite a profondément marqué sa jeunesse, Jan Karski – de son vrai nom Jan Kozielewski – a vu le jour le 24 juin 1914. Bien qu’issu d’une famille catholique, il vivait entouré de Juifs.

Après des études de droit et de diplomatie à Lwow (alors l'une des grandes villes de Pologne, actuellement en Ukraine) et plusieurs stages à l’étranger, il a démarré sa carrière diplomatique au sein du ministère des Affaires étrangères polonais, en janvier 1939.

Témoin direct de l’extermination des Juifs

Plusieurs fois emprisonné durant la Seconde Guerre mondiale, il a réussi à chaque fois à s’enfuir ou à se faire libérer. C’est ainsi qu’il a échappé, entre autres, au massacre de Katyn en 1940.

En novembre 1939, il entre en résistance où il utilise plusieurs faux-noms. Jan Karski est l’un d’eux et il deviendra par la suite son nom officiel. Ses missions de courrier consistent à transmettre des informations entre la résistance polonaise et le gouvernement polonais en exil – d’abord à Paris puis à Londres.

En 1942 il est choisi par le délégué du gouvernement en Pologne pour une mission secrète spéciale: il lui rejoindre le chef du gouvernement en exil, W. Sikorski, à Londres et lui transmettre les preuves (mocrofilms, documents) de l’extermination systématique et planifiée des Juifs par les nazis sur le territoire polonais.

La mission de sa vie et le rapport de Karski

Pour réunir un maximum de preuves concernant l’extermination des Juifs, il a réussi à se rendre clandestinement dans le ghetto de Varsovie . Déguisé en soldat ou policier allemand, il a également réussi à pénétrer dans un camp de concentration qu’il prend d’abord pour Belzec. Après la guerre, il reconnaitra que c’était en fait le camps de transition d’Izbica.

Il parvient à rejoindre Londres, où il transmet les renseignements au général Sikorski. Ce dernier demande la rédaction d’un rapport officiel, connu comme le rapport de Karski. Il est présenté officiellement aux plus hautes autorités britanniques puis américaines, ne laissant aucun doute sur le sort des Juifs en Europe.

Karski lui-même n’a de cesse de voyager et de répéter ce qu’il a vu aux personnalités connues de tous les milieux (évêques, artistes, journalistes, représentants juifs, etc.). Il rencontre ainsi personnellement le président Roosevelt pour lui présenter en détail la situation dans les ghettos et les camps nazis. Sans succès. Comment raconter l’impensable? Soit le contenu de son récit dépasse tout simplement l’entendement de son audience, soit les autorités alliées ne voient pas d’intérêt dans une action immédiate. La réaction des Alliés s’est limitée à une condamnation de la mise en application par Hitler de l’extermination des Juifs.

La mission continue après la guerre

En 1944 Jan Karski publie l’ Histoire d’un Etat secret détaillant les actions de la résistance polonaise et de l’Etat clandestin polonais.

Resté aux Etats-Unis après la guerre (il sera naturalisé en 1954), Karski se lie avec l’Université de Washington où il enseigne les relations internationales. Il est spécialiste de la problématique de l'Europe de l'Est.

A partir des années 1970, il est amené à reparler de son expérience de la guerre. Il est découvert par le grand public dans le film Shoah de Claude Lanzmann en 1981, dans lequel ce dernier utilise des fragments d’une interview avec Karski, réalisée en 1978. Cette expérience laisse un goût un peu mitigé à Karski, car le film passe sous silence sa mission de renseignement à l'Ouest.

En 1985, il publie un deuxième ouvrage intitulé Les Grandes puissances face à la Pologne, 1919-1945 .

Jan Karski est décédé le 13 juillet 2000 à Washington. Lors de ses funérailles deux présidents: américain Bill Clinton et polonais Aleksander Kwasniewski lui ont rendu hommage.

Par ailleurs, de son vivant, le rôle crucial de Jan Karski pendant la Seconde Guerre mondiale a été reconnu par l'attribution du titre des Justes parmi les nations, du citoyen d'honneur d'Israël, de nombreux titres de doctorat honoris causa en Pologne et à l'étranger et beaucoup d'autres distinctions. Il a même était nommé candidat au prix Nobel de la paix en 1998.

Il existe à Lodz, à tel Aviv et à New York des monuments à la mémoire de Jan Karski, tous trois le représentant assis sur un banc.

Controverses autour du livre de Yannick Haenel

En 2009 paraît en France le livre de Yannick Haenel intitulé tout simplement Jan Karski . Composé de 3 parties, il relate le témoignage de Karski dans le film de Lanzmann, puis le contenu de l' Histoire d'un Etat secret pour finir sur une partie romancée censée refléter l'état d'esprit du courrier face à l'indifférence de l'entourage après ses révélations. C'est autour de cette dernière partie qu'éclate un échange assez violent entre Claude Lanzmann et Yannick Haenel, le premier accusant le second d'avoir pris trop de liberté et falsifié l'histoire.

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