La double tradition de Saint Nicolas en Pologne

Le 6 décembre au matin, les enfants polonais regardent bien sous leurs oreillers et dans leurs chaussons.
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En Pologne la tradition du Saint Nicolas, évêque de Myre, essaie de garder sa position dominante face au Saint Nicolas "importé" des traditions occidentales notamment américaine et britannique. D'un côté la tradition de Saint Nicolas l'évêque supportée par l'église catholique le 6 décembre, de l'autre des centaines de "Saints Nicolas" en tenue rouge et bonnet à pompon courant les rues bien avant le jour même de Noël.

La tradition du 6 décembre .

Saint Nicolas de Myre, reconnu saint de l'église catholique et orthodoxe, a vécu au IIIe et IVe siècle de notre ère. Il est mort un 6 décembre. D'après la tradition, l'évêque de Myre est connu surtout pour avoir fourni une dot aux jeunes filles infortunées, et pour avoir distribué sa grande fortune aux pauvres.

Voilà pourquoi le 6 décembre a été choisi pour perpétrer sa tradition d'aider les pauvres et les nécessiteux et, par extension, de récompenser des enfants sages et obéissants tout au long de l'année. Ainsi, dans la nuit du 5 au 6 décembre, un personnage vêtu d'une robe et d'une tiare d'évêque, portant traditionnellement un bâton pastoral à la main se présente de manière mystérieuse au chevet des enfants endormis pour déposer des cadeaux dans leurs chaussons, chaussettes ou encore sous les oreillers (cela dépend de la région).

Autrefois, Saint Nicolas apportait des cadeaux aux enfants qui avaient été sages tout au long de l'année alors qu'à ceux qui ne l'avaient pas été, il laissait un bouquet de roseaux. De nos jours il ne manque pas d'en laisser un, souvent argenté ou doré, à côté du cadeau, en guise d'avertissement.

Indépendamment des cadeaux apportés par Saint Nicolas dans la nuit du 6 décembre, les enfants (et les adultes) trouvent aussi des cadeaux sous le sapin la veille de Noël ou le 25 au matin.

Le Saint Nicolas version culture de masse.

De l'autre côté nous avons le personnage ventru et bienveillant, vêtu de rouge, avec un bonnet et le nez également rouges et une grosse barbe blanche, voyageant dans un traîneau tiré par des rênes - produit relativement récent de la culture de masse et de la globalisation. Celui la même, appelé ailleurs dans le monde Père Noël ou encore Santa Claus ou Father Christmas, et en Pologne, par assimilation surnommé Saint Nicolas, ce qui ne manque pas d'agacer les partisans de la tradition catholique. Il est dit qu'il vient du pôle nord et qu'il est aidé dans son travail par une armée de lutins. Autre élément difficilement acceptable au sein de la partie traditionnellement catholique de la société polonaise.

Bien que ce personnage puise également ses origines profondes dans celui de Saint Nicolas l'évêque de Myre, il a subi au cours des siècles tellement de transformations, notamment grâce à la fameuse campagne publicitaire de Coca-Cola dans les années 30, qu'il est difficile de retrouver dans ce bonhomme - assez peu ascétique il faut l'avouer - les traits du généreux évêque qui avait distribué tous ses biens aux pauvres.

Ainsi en Pologne les deux personnages coexistent dans une sorte de schizophrénie sociale.

Autres bienfaiteurs de Noël en Pologne .

Il faut mentionner dans ce contexte, ce qui ne manquera pas de compliquer d'avantage les choses, que les traditions varient dans différentes régions du pays. Indépendamment de Saint Nicolas version coca cola qui est présent dans toutes les rues et dans tous les grands magasins du pays dans les semaines précédant les fêtes de Noël, et de la visite de Saint Nicolas l'évêque de Myre 3 semaines avant Noël, d'autres traditions locales et variées subsistent et se portent bien.

Ainsi, au sud, comme dans la région de Cracovie, on raconte aux petits enfants que c'est un ange qui dépose les cadeaux le 24 décembre au pieds du sapin. Dans les régions de l'ouest et du nord, qui se trouvaient autrefois sous domination prussienne, c'est Gwiazdor (du mot "gwiazda" signifiant "étoile") qui amène des cadeaux le 24 décembre, soit en les remettant en mains propres soit en les déposant sous le sapin.

C'est un personnage vêtu d'un manteau et d'un gros chapeau en fourrure, dont le visage est dissimulé sous un masque ou une épaisse couche de suie. Il visite les maisons et, avant de distribuer les cadeaux, il interroge les enfants sur la connaissance des prières, chants de Noël ou leur comportement dans l'année. Il a également tendance à leur mettre quelques coups symboliques aux fesses, pour la forme. Gwiazdor, pour le moment, se défend bien face à une influence de plus en plus grosse de la tradition de Saint Nicolas version américaine. Il serait évidemment bien dommage si les traditions locales se perdaient définitivement devant la toute puissance de la mondialisation.

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