La visite du président russe en Pologne

Le président de la Fédération Russe, Dimitri Medvedev, entame la seconde journée de sa visite officielle en Pologne. Un véritable tournant.

Le 6 décembre 2010, Dimitri Medvedev et son épouse, entourés d'un cortège impressionnant, sont arrivés à Varsovie pour une visite officielle. La première de ce genre d'un chef d'Etat russe en Pologne depuis 9 ans.

Cette visite pourrait marquer pour le début d'une nouvelle ère dans les relations entre les deux pays frontaliers (par l'enclave de Kaliningrad au nord-est de la Pologne), particulièrement tendues surtout lors de la présidence de l'ancien président Lech Kaczynski, connu pour sa méfiance envers le puissant voisin de l'Est.

Le crash de Smolensk comme facteur déclenchant

L'évènement le plus symbolique de ce tournant a été tout d'abord le crash de l'avion présidentiel polonais à Smolensk, le 10 avril 2010. Ironie du sort, le président le plus "russophobe" dans l'histoire de la Pologne a perdu la vie sur le sol russe. ce qui n'a pas manqué de nourrir des théories rocambolesques d'attentat parmi ses partisans. Certains ont même cherché à établir une parallèle entre le massacre de Katyn (près de Smolensk) en 1940 et l'accident de 2010.

Mais l'attitude de la Russie et de ses plus hautes autorités tout au long de l'investigation menée depuis a été très bien accueillie par une bonne partie de la société polonaise révélant un besoin intrinsèque de rétablir des relations correctes entre les deux pays et les deux nations.

Retour à la normale entre la Pologne et la Russie?

A vrai dire, il est difficile de parler d'un retour à la normale puisque les relations entre les deux pays ne l'ont jamais vraiment été. Balançant entre guerre ouverte ou hostilité et méfiance latente depuis des siècles, les deux pays profitent actuellement de plusieurs facteurs pouvant favoriser un rapprochement.

Le chapître le plus douloureux pour la Pologne reste le massacre des officiers polonais à Katyn lors de la Seconde guerre mondiale. Mais, comme l'a souligné le président Komorowski lors de son discours, le 6 décembre, "il ne s'agit pas d'oublier le passé mais d'apprendre à vivre avec" en s'efforçant de coexister de manière pacifique et en nouant des relations économiques plus serrées entre les deux pays. Ceci devrait être fortement favorisé par le geste tant attendu de la part de la Russie: la remise à la Pologne des dossiers déclassifiés sur Katyn et la condamnation par la Douma (chambre basse du parlement russe) du massacre sur l'ordre de Staline.

Il faut aussi mentionner le rapprochement sensible entre la Russie et l'UE au sein de laquelle la Pologne pèse son poids avec ses 38 millions d'habitants, surtout à la veille de sa présidence à la tête de l'Union.

La Pologne et la Russie ont également profité de la visite pour signer plusieurs accords, notamment concernant le transport maritime et le traitement de la pollution dans la mer Baltique, alors que les procureurs généraux des deux pays ont signé un mémorandum sur la collaboration entre deux pays, et cela pas seulement dans le contexte de la catastrophe de Smolensk .

Puisqu'il est impossible de balayer en une visite des siècles de problèmes, d'après R. Sikorski, le ministre des Affaires étrangères polonais, au lieu de parler d'un tournant, il serait plus juste de parler d'un début normalisation pour les années à venir.

Les sentiments des Polonais face à la visite du président russe .

Au moment de son arrivée au palais présidentiel à Varsovie, pour y être accueilli par le président Komorowski, le couple présidentiel russe a croisé une manifestation de quelques centaines de Polonais, partisans de J. Kaczynski, le frère du président tué dans le crash, réclamant la "vérité" sur le crash de Smolensk.

En même temps, lors de la visite du vieux Varsovie dans l'après-midi par le président Medvedev, de nombreux Polonais étaient déçus de ne pas pouvoir s'approcher (à cause des mesures de sécurité extraordinaires) pour lui témoigner leur sympathie et leur joie de voir qu'un nouvelle page des relations bilatérales commence à s'écrire.

Sur le même sujet