Lodz, carrefour de cultures au coeur de la Pologne

Autrefois grand centre textile, la troisième plus grande ville de Pologne possède des traces d'un riche passé multiculturel et industriel.

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, Lodz était une petite ville insignifiante dont le nombre d'habitants variait de 250 à 700 personnes.

Mais la situation a changé radicalement à partir de 1820, lorsque l'on a décidé d'en faire un centre industriel orienté vers la production textile. Les manufactures fleurissent alors et attirent une population multiethnique. Suite aux partages de la Pologne , cette partie du pays se trouve alors contrôlée par la Russie - il y a donc une population russe, puis les industriels allemands s'implantent profitant du filon florissant; leur concurrence, elle, est essentiellement juive. Les employés des manufactures sont en grande partie polonais. Les différentes nations se côtoient et coexistent en participant au développement de la ville qui, très rapidement, devient le plus grand centre de production textile d'Europe. Wladyslaw Reymont, lauréat du prix Nobel de littérature 1924, dans son roman intitulé Ziemia obiecana ("Terre Promise") donne une image très complète et passionnante de Lodz dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Différents facteurs de réussite

Malgré de nombreux inconvénients, Lodz a profité de plusieurs facteurs qui ont favorisé son accroissement rapide et sa prospérité. D'abord, le milieu naturel très boisé où est implantée la ville a fourni le bois nécessaire à son extension. Ensuite, la nationalisation des terres a permis la distribution de parcelles aux colons affluant en ville. L'affranchissement des paysans a, quant à lui, donné naissance à une importante main d'oeuvre bon marché. La création du Grand district industriel, dans les années 1820, et enfin la construction de la ligne de chemin de fer entre Varsovie et Vienne, passant par Lodz, entre 1846 et 1866 ont également participé à l'essor économique de la ville.

Cependant, celle-ci souffrait cruellement d'un manque d'investissements importants du gouvernement russe d'abord, puis polonais par la suite. Ainsi, par exemple, Lodz n'avait pas de liaison ferroviaire avec le nord du pays, la scolarité y était d'un niveau déplorable et il n'y avait même pas de réseau de canalisation au début du XXe siècle.

Depuis bien des années, l'industrie textile perd de son importance et cède la place aux nouvelles technologies qui s'implantent à Lodz: Dell, Gilette, Accenture, Bosch/Siemens et Philips sont de grands investisseurs locaux. Sans parler de l'Ecole nationale du film, ouverte depuis 1948, qui a formé des personnages à la renommée internationale tels que Polanski, Zanussi, Wajda ou Kieslowski, et du festival Camerimage réunissant chaque année les plus grands opérateurs et metteurs en scène mondiaux.

La population de Lodz entre le XIXe et le XXe siècle

Au début des années 1930, la population de la ville avait atteint 357 000 habitants dont les Polonais constituaient 59%, les juifs 31,7% et les Allemands 8,9%. Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands ont incorporé Lodz dans le IIIe Reich et, dès 1940, ont isolé la population juive de la ville dans le plus grand ghetto du territoire polonais, ou régnaient des conditions de vie épouvantables.

Parmi les 200 000 juifs de Lodz, seuls 877 ont survécu aux massacres. La plupart sont morts de faim et des maladies qui décimaient le ghetto ou ont été déportés dans le camp d'extermination de Chelmno, entre 1942 et 1944. La population polonaise également subissait des persécutions de la part des autorités nazies. Durant l'occupation allemande, on a déplacé de Lodz environ 450 000 Polonais, ce qui constituait 25% de la population. La ville elle-même, ainsi que ses rues et des places, ont reçu des nom allemands. Lodz s'appelait alors Litzmannstadt. A la fin de la guerre, la population avait diminué de 600 000 à 300 000.

A la libération, en 1945, face à la destruction quasi-totale de Varsovie, Lodz a joué le rôle de capitale temporaire. Malgré d'importantes destructions des installations industrielles, la production a repris rapidement.

Actuellement Lodz est la troisième ville du pays en termes de population et la quatrième par sa superficie. Elle compte près de 740 000 habitants.

Les vestiges actuels de l'ancienne capitale industrielle

Les traces du passé multiethinique et industriel de Lodz sont encore bien visibles. Depuis quelques temps, on s'efforce de sauver et de remettre en valeur ces vestiges parlant de sa richesse.

D'anciens complexes manufacturiers, des palais de gros industriels, des cimetières et des lieux de culte parsèment la ville de long en large. Parmi ces vestiges, citons Manufaktura, le plus grand centre commercial de Pologne et l'un des plus grands en Europe, inauguré en 2006. Il est situé dans les anciens locaux de l'usine textile d'Izrael Poznanski. On s'est efforcé d'y préserver l'architecture d'origine en briques rouges qui occupe, au total, 90 000m2.

Le Musée central de l'industrie textile se situe dans l'établissement de Ludwik Geyer, appelé Usine blanche (1835-1837) qui abritait la première filature et les premiers métiers à tisser mécaniques de Pologne.

Le Musée de la cinématographie, quant à lui, se trouve dans le palais de Karol Scheibler, l'un des plus grands industriels allemands de Lodz qui a servi de modèle à Reymont pour l'un des personnages dans Terre Promise .

C'est également à Lodz que se trouve le plus grand cimetière juif de Pologne. Il abrite, entre autre, les dépouilles des juifs morts dans le ghetto de Lodz (environ 45 000 tombes sur 320 000 au total). Il a été créé pour remplacer l'ancien cimetière, en 1892. De nombreux industriels et banquiers juifs de Lodz y sont enterrés.

Avant la Seconde Guerre mondiale, il y avait près de 250 synagogues et maisons de prière à Lodz. On peut encore en admirer plusieurs de nos jours, comme la Grande Synagogue ou la Synagogue des Reicher. D'autres ont été liquidées après la guerre ou ne sont plus utilisées comme lieux de prière.

De nombreuses églises catholiques font partie du patrimoine culturel et historique de la ville.

Depuis 2002, chaque année, à l'automne, pendant 10 jours, a lieu le Festival du dialogue de quatre cultures réunissant les cultures qui ont influencé Lodz et l'ont fait prospérer: polonaise, juive, allemande et russe.

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