Boy A ou l'histoire d'une impossible rédemption

Le film de John Crowley, sorti en 2009, pose la question d'une deuxième chance après un crime de sang
178

Pourquoi ce titre ? Parce qu'il y eut un "boy B" et que le film raconte comment A. et B. se sont retrouvés en prison à l'âge où d'autres jouent aux billes pour le meurtre sauvage d'une collégienne.

Ce scénario n'est pas sans rappeler un terrible fait divers qui se déroula en février 1993 à Liverpool. Jon Venables et Robert Thompson , 10 ans, furent arrêtés pour le meurtre d'un enfant de 4 ans, James Bulger, qu'ils avaient enlevé dans un centre commercial de Liverpool après qu'il eut échappé à la surveillance de sa mère. Beaucoup se souviennent de ces images captées par les caméras du centre commercial à l'époque et retransmises par la télévision : on y voyait les silhouettes floues des deux jeunes garçons entraînant le petit James. Tout en marchant, ils avaient commencé à frapper l'enfant, qui pleurait. Aux personnes qu'ils croisaient, ils prétendaient que James était perdu et qu'ils l'amenaient à la police. Arrivés au bord d'une voie ferré, ils l'ont frappé à mort. On a retrouvé son corps deux jours après et, très vite, la piste de ceux que l'on surnomme encore aujourd'hui les "enfants tueurs".

Y a-t-il une vie après la prison ?

Jonathan Triggel semble s'être inspiré de ce terrible fait divers pour écrire son premier roman, Boy A (traduit d'abord par Jeux d'enfants * puis de nouveau par Boy A après la sortie du film), l'histoire d'un jeune criminel qui change d'identité à sa sortie de prison en espérant reprendre une vie normale et bénéficier d'une seconde chance. Et après tout, Jack Burridge, le héros du film (incarné à l'écran par le comédien Andrew Garfield, que l'on retrouvera plus tard dans The Social Network et bientôt dans The Amazing Spider Man ), n'est-il pas un "garçon bien", qui se montre un employé sans histoire, un amoureux plein de délicatesse et n'hésite pas à voler au secours de son prochain ? Il reste l'un des deux garçons le plus haï d'Angleterre, tenu de garder le secret absolu sur sa véritable identité, car beaucoup aimeraient voir retourner le "monstre" derrière les barreaux pour toujours et sa tentative de mener une vie normale se concluera par un échec

Rattrapé par ses vieux démons

Dans la réalité, c'est ce qui a fini par arriver : Jon Venables , qui avait bénéficié d'une nouvelle identité et avait été libéré sous condition à 18 ans, est retourné en prison en mars 2010 pour des raisons qui n'ont pas été révélées (ce qui a laissé la porte ouverte aux rumeurs les plus sordides).

Le film pose la question de la rédemption. Et si Venables a été rattrapé par ses vieux démons, dans le film, Burridge n'est en rien responsable des obstacles qui se dressent devant lui dans sa quête d'une nouvelle vie.

Peut-on dire pour autant qu'une "deuxième chance" n'est qu'un leurre, et que celui qui a commis un horrible crime restera marqué à tout jamais ?

Il semble que Ron Thompson , le complice de Venables, présenté à l'époque comme le "meneur" ( ringleader ), soit bien décidé à ne plus faire parler de lui.

* Coll. Série Noire, éditions Gallimard

Sur le même sujet