Chine : le drame des enfants volés

Chaque année, des milliers d'enfants sont enlevés en Chine pour être confiés en adoption
30 Juin

L'histoire est rapportée par la BBC News en février dernier : Peng Gaofeng, un travailleur migrant de Shenzhen – dans la province du Guangdong, au sud du pays – pleure de joie, il a retrouvé son fils Peng Wenle qui lui avait été enlevé en 2008 à l'âge de trois ans, alors qu'il jouait devant la petite boutique de téléphonie de son père. Juste après sa disparition, Peng Gaofeng est allé voir la police, qui l'a informé que les disparitions d'enfants n'étaient enregistrées qu'au bout de vingt-quatre heures. Il a eu beau supplier à genoux, on l'a à peine écouté et envoyé d'un service à l'autre.

Peng Gaofeng a décidé alors avec d'autres parents dans son cas de prendre le train pour Pékin. Ils n'en ont vu que la gare de l'Ouest, la police de Shenzhen les attendait à l'arrivée pour les remettre dans un autre train. Peng Gaofeng a tout de même obtenu de pouvoir regarder la cassette de vidéo-surveillance de sa rue – la vidéo-surveillance est omniprésente dans les villes chinoises –, il a pu apercevoir le ravisseur de son enfant: un homme en chemise blanche et pantalon sombre qui a pris le petit Peng Wenle par la main et s'est éloigné tranquilllement sous les yeux des passants indifférents. Il avait la preuve du kidnapping. La police lui a dit : « Donnez-nous le nom du ravisseur ».

Conséquence de la politique de l'enfant unique

Ce père a décidé d'agir de son côté, en mettant la photo de son fils sur internet, en contactant des avocats, d'autres parents et des élus locaux décidés à mettre fin à ce qui s'avère être un véritable trafic d'enfants. Un trafic qui est la conséquence directe de la politique de l'enfant unique, instaurée au début des années 80. La réforme, si elle a été relativement acceptée en ville, n'est jamais passée dans les campagnes, où le garçon représente la seule assurance décès-santé-vieillesse. C'est lui qui reçoit l'héritage, quand il y a des biens. La fille, elle, se mariera un jour et s'occupera de ses beaux-parents. « Une fille, c'est de l'eau qui passe », dit-on dans les campagnes.

Selon les statistiques officielles, qui varient d'une source à l'autre, il y aurait entre 8 000 et 15 000 enfants qui disparaîtraient chaque année en Chine, et les trois-quarts sont des garçons âgés d'environ quatre ans. Un âge auquel on s'adapte facilement à un autre environnement et on oublie d'où on vient. L'enfant kidnappé est en général vendu à un orphelinat, pour 106 € en moyenne. Il peut être ensuite confiée à une famille chinoise qui veut un garçon, ou à une famille étrangère, à qui on présente l'enfant comme un « orphelin des rues », et qui est prête à le racheter pour 1 500 à 5 000 €.

Ne pas ternir l'image d'une société harmonieuse

Que font les autorités ? Elles ferment les yeux, multiplient les obstacles pour les parents à la recherche d'un enfant, les empêchent de s'exprimer à la télévision, pour ne pas troubler l'ordre public, ternir l'image d'une société harmonieuse voulu par le président Hu Jintao, quand elles ne participent pas au trafic. Le China Daily rapporte l'histoire d'une famille de la province de Guizhou – toujours le sud du pays – qui voulait un garçon. Son vœu ne fut exaucé qu'au quatrième enfant. Le père a été convoqué par le planning familial : soit il payait une amende plus élevée pour avoir enfreint le Code de la famille, soit il laissait le gouvernement s'occuper d'une de ses filles. Les parents ont remis une de leurs filles aux autorités locales, mais elle n'a pas été confiée à une famille sans enfant. Elle a été vendue à une famille étrangère. Entre-temps, les autorités locales lui avait fabriqué de faux papiers.

En 2008, le gouvernement chinois a lancé un plan de lutte contre les enlèvements, mais sans vouloir réellement reconnaître l'ampleur du phénomène. Les médias gouvernementaux préfèrent se taire sur le sujet. Seuls le courage de certains médias locaux et Internet permettent aux parents de garder espoir.

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