Cuisine et littérature : quand les deux arts se rencontrent

La cuisine, en littérature, c'est bien autre chose que de la cuisine
11 Juil
31

L'écrivain qui fait, dans son roman, un petit détour par la cuisine, peut vouloir régler de cette façon des conflits familiaux. C'est le cas de Brigitte Vanderberke avec Le dîner de moules (Stock) : une mère et ses deux enfants attendent autour d'une table que le père rentre pour dîner, il est en retard et devient l'objet de toutes leurs conversations, qui révèlent un père autoritaire, sadique... Les moules en s'ouvrant laissent échapper les démons familiaux, en se refroidissant, elles se referment et deviennent immangeables, comme s'il n'y avait pas de retour en arrière possible. Maryline Desbiolles utilise un peu le même procédé dans La Seiche (Le Seuil) : le mollusque nacré, au fur et à mesure de la préparation, de transparent devient opaque, tandis que la femme qui s'attèle à la confection du plat laisse peu à peu lire jusque dans ses tréfonds...

Les odeurs de cuisine se mêlent à l'histoire familiale

Cènes de famille de Jean-Louis Maunoury (Autrement) est une évocation de l'enfance de l'écrivain à travers des souvenirs culinaires. Le journaliste Michel Field s'est lui aussi penché sur les rapports entre liens familiaux et cuisine avec le héros de son roman L'homme aux pâtes (J'ai Lu), un vieil italien un peu excentrique, persuadé qu'un peu de farine et un peu d'eau suffisent à explorer la complexité du réel et que l'on connaît mieux l'autre en l'abordant par l'estomac...

Impossible de parler de cuisine et de littérature sans citer le fameux roman de Joanne Harris, Chocolat (J'ai Lu), dans lequel on découvre comment l'ouverture d'une confiserie dans un petit village peut semer la zizanie entre les habitants. Ce livre est surtout une jolie leçon de tolérance... Côté américain encore, Julian Barnes n'hésite pas à raconter ses progrès et ses échecs culinaires dans Un homme dans sa cuisine (Gallimard) et nous livre le secret de ses réussites.

Cuisine exotique

Dans La colère des aubergines (Philippe Picquier éditeur), Bulbul Sharma, auteur indien, nous fait découvrir à travers différentes nouvelles l'importance de l'art culinaire dans la vie quotidienne et les rapports entre les individus et nous livre aussi quelques recettes dont la seule lecture met l'eau à la bouche... Tilo, héroïne de La maîtresse des épices , d'un autre auteur indien, Chitra Banerjee Divakaruni (même éditeur), soigne les âmes et les corps grâce à un art ancestral des épices qu'elle a acquis sur une mystérieuse île indienne et qu'elle exerce désormais dans un quartier d'immigrés d'Oakland en Californie. Pour Laura Esquivel, prolifique écrivain mexicain, la cuisine qu'elle décrit dans Chocolat amer (Gallimard) – chaque chapitre s'ouvre avec une nouvelle recette – n'est rien d'autre pour son héroïne Tita qu'une déclaration d'amour à l'homme qu'elle n'a pu épouser à cause d'une mère tyrannique, mais qui est devenu le mari de sa soeur, afin de rester près d'elle, et pour qui elle prépare tous les jours des mets nouveaux, puisque toute la famille vit sous le même toit...

Crimes en cuisine

Les auteurs de romans policiers ne sont pas en reste : dans Postmortem , Patricia Cornwell décrit comment le Dr Kay Scarpetta, d'origine italienne, prépare une pâte à pizza... La cuisine a tant d'importance chez Cornwell qu'elle a fini par en faire un livre à part, La cuisine de Kay Scarpetta (Calmann-Lévy). Mais c'est Courtine qui s'est chargé de réunir les recettes de Madame Maigret dans Simenon et Maigret passent à table (Robert Laffont) et Blandine Vié a testé quant à elle les recettes de Frédéric Dard dans San-Antonio se met à table (L'Épure éd.). Le livre Crèmes et Châtiments, recettes délicieuses et criminelles d'Agatha Christie de Anne Martinetti et François Rivière (Le Masque) contient de fabuleuses recettes (les auteurs ont simplement retiré des ingrédients l'arsenic et autres poisons qui sont totalement facultatifs).

Et la BD ?

Le 9e art, autrement dit la bande-dessinée, sait aussi nous faire saliver. Julien Neel et Olivier Milhaud, dans le Tome 1 de L'ail des ours intitulé Le viandier de Polpette (Gallimard BD), nous proposent de jolis dessins et de savoureuses recettes (il semblerait qu'un des deux auteurs ait pris du poids pendant la préparation de l'album !).

Cet article fait suite à une réflexion précédente sur le même site.

Sur le même sujet