Cybercriminalité : qu'est-ce que le "cuckoo smurfing" ?

Comment la « criminalité en col noir »* blanchit l'argent de la drogue
26 Juin
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Le Code monétaire et financier français impose aux banques de communiquer à un organisme spécialisé dépendant du ministère des Finances, le Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) les opérations qui pourraient être en lien avec un certain nombre d’infractions listées. Cette obligation de diligence est édictée pour les opérations portant sur des sommes dont le montant unitaire ou total dépasse 150 000 euros (art. L 563-3). Ce montant est abaissé à 8 000 euros pour un client occasionnel.

Une des techniques utilisées par les blanchisseurs d'argent sale pour contourner cet obstacle consiste à fractionner les dépôts effectués auprès des banques afin de se maintenir constamment en deçà des seuils qui pourraient déclencher un contrôle de la part du banquier et une possible «déclaration de soupçon».

Vol au-dessus d'un nid de coucou

Ce fractionnement est appelé « smurfing » ou «schtroumphage», en référence aux Schtroumpfs, ces petits lutins bleus qui vivent cachés dans la forêt, personnages de bande-dessinée imaginés par le dessinateur Peyo connus dans le monde entier.

Le «saucissonnage» des dépôts peut être perfectionné par la multiplication de comptes au guichet d'une même banque ou dans différentes banques. Pour y parvenir, les «blanchisseurs» contactent via le net – on parle de cybercriminalité – les clients des banques

  • soit en leur adressant des messages sur leur boîte e-mail leur demandant de se connecter au moyen d'un lien hypertexte à un site ressemblant à s'y méprendre à celui de la banque, ou de tout autre organisme financier, et de confirmer ses coordonnées bancaires, qu'ils pourront utiliser par la suite,
  • soit en leur proposant des gains rapides et faciles en travaillant sur Internet sans bouger de chez eux.
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Une vraie menace pour les démocraties

Le « cuckoo smurfing » désigne donc la technique de blanchiment d'argent sale qui consiste à disséminer les gains illicites sur différents comptes afin de se maintenir toujours en dessous des seuils qui pourraient déclencher les mesures de diligences exigées d'un banquier. Le cumul des opérations pourra dégager un total supérieur aux seuils fixés par le législateur, mais les blanchisseurs agissent de façon à ce que le professionnel ne puisse pas faire le rapprochement entre les différentes opérations.

Les liens entre délinquance économique et financière classique et les différentes formes de criminalité organisée, jusqu'au terrorisme, ne sont plus à démontrer. L'objectif des organisations criminelles est d'exercer, par la violence, la corruption et la fraude, des positions d'influence qui menacent à plus ou moins long terme les pouvoirs détenus jusque là par les États de droit.

* Le Conseil de l'Europe dans un rapport sur la criminalité organisée de 2005 fait une distinction au sein de la criminalité économique entre la criminalité en «col blanc» qui est le fait d'homme d'affaires, par ailleurs légitimes, tentés de prendre des raccourcis pour s'enrichir, et la criminalité en «col noir» qui est le fait de criminels opérant sur des marchés illicites.

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