"D'autres vies que la mienne" bientôt au cinéma

Philippe Lioret a adapté le roman d'Emmanuel Carrère
08 Juil
31

Au départ, c'est l'histoire de deux «petits juges» d'un barreau de Province, que leur passion pour le droit et la défense des surendettés a rapprochés. Tous les deux ont passé des heures penchés sur les textes de loi pour y dénicher la moindre faille leur permettant de sortir de la spirale du surendettement ceux qui y étaient emportés sous les regards impitoyables de leurs créanciers.

Les deux juges avaient une autre raison de se sentir proches l'un de l'autre : le cancer. Atteints l'un comme l'autre dans leur adolescence, ils en portaient encore la marque. Lui, Etienne Rigal , avait dû se faire amputer d'une jambe à vingt ans et elle, Juliette, marchait avec des béquilles. Il s'en était sorti, avait épousé une avocate qui avait su voir en lui l'homme qu'il était réellement, et pas un handicapé, avait des enfants ; elle s'était mariée avec un doux rêveur et était mère de trois petites filles. Le cancer l'a rattrapée, elle qui, plongée dans ses livres de droit et ses codes, l'avait presque oublié.

Le combat de deux « petits juges »

Elle en avait informé sa famille, notamment sa sœur Hélène, la compagne d'Emmanuel Carrère*. Le couple revenait de vacances au Sri Lanka. Des vacances qui avaient tourné au cauchemar : c'était en Noël 2004, et un tsunami avait tout dévasté. Il avait emporté la petite fille d'un couple d'amis, Juliette, 4 ans. Emmanuel Carrère et sa compagne avait choisi un hôtel confortable perché sur une falaise, ils avaient été épargnés. Leurs amis avaient opté pour le village de pêcheurs plus bas. Pendant des jours, ils avaient cherché ensemble le corps de la petite fille.

Lorsque le cancer finit par emporter la sœur d'Hélène, Emmanuel Carrère ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre les deux Juliette. Etienne Rigal l'encourage à écrire sur ces deux drames, et sur le troisième, celui du surendettement. Le combat des deux «petits juges» occupe finalement toute la deuxième partie du roman D'autres vies que la mienne , paru en mars 2009 (P.o.l.).

Le cancer du surendettement

Le livre touche le cinéaste Philippe Lioret, qui décide de l'adapter. Philippe Lioret s'est déjà intéressé à la vie des autres : dans son film Welcome , il racontait la vie d'un jeune réfugié kurde qui prend des cours de natation pour traverser la Manche à la nage. Le rôle du maître nageur était tenu par Vincent Lindon. Lioret l'a choisi pour tenir le rôle du «petit juge». Lindon connaît bien Emmanuel Carrère : il a été le héros du film La moustache , que Carrère a porté lui-même à l'écran en 2004 d'après son roman éponyme. Une histoire de famille, en somme.

Lioret a reconnu que l'adaptation de D'autres vies avait été difficile, car il s'agit d'histoires vraies, de plus le livre est excellent et a connu un grand succès . Lioret a choisi de s'attacher à la deuxième partie du livre, celle consacrée à la défense des surendettés.

Justement l'association Cresus (Chambre régionale du surendettement social) vient de sortir son rapport annuel : le nombre de dossiers à augmenté de 15% entre 2088 et 2010. Le film sortira en novembre 2011 sous le titre Toutes nos envies, et il sera d'une brûlante actualité.

* La journaliste Hélène Devynck, alors sur la chaîne LCI.

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