Érythrée, la dictature oubliée

C'est un petit pays de la taille de la Corée du Nord, mais dont le régime n'attire pas l'attention comme celui de Kim Jong-un.
02 Juin
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C'est une ancienne province éthiopienne qui a proclamé son indépendance en 1993, un territoire d'environ 120 000 km2 dans la Corne de l'Afrique, coincé entre le Soudan, l'Éthiopie, Djibouti et la Mer Rouge*, n'est rien d'autre d' un camp de concentration à ciel ouvert .

Afeworki, ancien chef militaire

À sa tête, un homme, un chef militaire venu tout droit des années 1960-70. Formé en Chine où il a tout appris pendant la Révolution culturelle, il a vaincu l'Éthiopie de Hailé Sélassié, soutenue par les États-Unis, puis celle de Mengistu, soutenue par les Soviétiques et les Cubains : Issayas Afeworki est depuis l'accès à l'indépendance de son pays convaincu qu'il peut tenir tête au monde entier. L'homme, à la tête de son clan, a réduit une population de 5 millions de personnes environ à l'esclavage.

Le 18 septembre 2001, profitant de la "diversion" que crée l'attentat contre le World Trade Center, Afeworki se débarrasse de ses anciens frères d'armes, notamment le G15, un groupe de quinze opposants historiques. C'est une immense rafle d'opposants, de journalistes, d'intellectuels qui sont jetés en prison. Les libertés sont officiellement "suspendues", la presse privée n'existe plus, seuls subsistent les médias d'État , dont les employés sont transformés en fonctionnaires zélés sous l'œil vigilant du ministère de l'Information. Toute velléité de contestation est une atteinte à la "sécurité nationale".

Première prison d'Afrique pour les journalistes

Aujourd'hui, le service militaire est obligatoire pour tous les jeunes, garçons et filles, enrôlés à l'âge de 17 ans jusqu'à la quarantaine. Ce service commence par dix-huit mois de camp disciplinaire comprenant cachot et torture comme sanctions pour ceux qui oseraient renâcler. Pour tous les Érythréens, un contact avec l'"étranger", avec un passeur, un échange un peu vif avec un chef de service, un membre de sa famille qui aurait pensé à fuir, un mot malheureux dans un café et c'est la prison . Il existe 314 camps de détention dans le pays. La torture y est monnaie courante.

Reporters sans frontières relève que la communauté internationale n'a toujours pas pris la mesure de la tragédie que subit le peuple érythréen. Des sanctions ont été votées en 2009 par le Conseil de sécurité de l'ONU, mais elles ne sont visiblement pas appliquées. Ce pays est la première prison d'Afrique pour les journalistes** . Une trentaine d'entre eux sont détenus, parfois dans des lieux inconnus, des containers ou des geôles souterraines.

Il est vrai que l'Érythrée ne constitue pas un enjeu commercial important et ne compte pas de figure mondialement connue pour la représenter, comme Aung San Suu Kyi en Birmanie. Elle ne fait jamais la Une des principaux journaux de la planète...

Le journaliste et écrivain Léonard Vincent , qui vient de publier Les Érythréens ***, affirme qu'Issayas est devenue alcoolique et diabétique, mais il fait toujours peur (Afeworki a récemment déclaré que les rumeurs concernant sa maladie faisaient partie d'" une guerre psychologique coordonnée "). D'après RSF, Afeworki n'est pas moins dangereux que Kadhafi ou Bachar el-Assad.

* Son nom vient du grec eruthros , qui signifie "rouge".

** Deuxième prison au monde pour les journalistes derrière la Chine.

*** Editions Rivage.

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