Frédéric Lefebvre s'en prend à la démographie française

Le secrétaire d'État chargé du Commerce la rend responsable du taux de chômage
30 Août
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On se souvient de sa gaffe à propos de son livre préféré, il voulait parler de Zadig de Voltaire, il a cité une célèbre marque de prêt-à-porter. Aujourd'hui, il met en cause la natalité française et son rôle dans l'augmentation du chômage dans notre pays. LePoint.fr reprend des propos tenus lors d'un déplacement le 26 août dernier à Châlons-en Champagne. Extrait : « On a beaucoup de Françaises et de Français qui entrent sur le marché du travail alors que l'Allemagne par exemple, qui a un taux de natalité qui s'est effondré, a beaucoup moins d'Allemandes et d'Allemands qui entrent sur le marché du travail». L'opposition lui a déjà répondu, par la voix de Manuel Valls, interrogé sur BFMTV et RMC (sa réaction est rapportée dans le Point) . Valls juge les propos de Lefebvre «hallucinants» : «L'un des atouts de la France, c'est précisément sa démographie, ce qui devrait d'ailleurs parfois nous rendre plus optimistes par rapport à d'autres pays».

Natalité : faut-il vraiment nous comparer à l'Allemagne ?

La comparaison avec l'Allemagne est pour le moins déplacée. Chez nos voisins d'Outre-Rhin, la natalité est un vrai problème. Le sociologue Alfred Sauvy, spécialiste du sujet, déclarait déjà dans les années 70 que l'Allemagne était condamnée à disparaître à plus ou moins long terme, mais ne le savait pas... Dans un article paru dans Le Figaro en avril 2009, intitulé « Une disparition des Allemands dans douze générations ? », on voit bien que le gouvernement allemand a essayé de remédier au problème, mais sans grand succès pour l'instant.

La chancelière Angela Merkel est bien consciente de la situation, mais le poids de la tradition reste important : les femmes poursuivent des études au-delà de trente ans, hésitent à faire des enfants au moment de démarrer une carrière, n'ont pas de place en crèche et sont considérées comme des mauvaises mères, des «mères-corbeaux» (Rabenmütter) si elles ne s'arrêtent pas pour élever leur progéniture. «Les Allemands envient le modèle français avec ses femmes actives et sa natalité en hausse», indique l'article.

Une économie saine avec une natalité en bonne santé

Les conséquences sur le plan économique ? Selon un article paru dans La Tribune en 2007 (et repris sur un autre site), la France pourrait bien, grâce à sa natalité, devenir la première économie européenne en 2035. À compter de 2025, la croissance serait deux fois plus rapide dans l'Hexagone, les baby-boomers allemands devant partir à la retraite et être remplacés par des classes d'âge creuses. «Le manque de main d'œuvre en découlant devrait constituer un frein à la croissance».

Un article paru sur geopopulation .com en 2009, et qui trouve sa source dans Le Point se termine ainsi : «“Convaincus de leur supériorité économique et sereins sur leur passé, les Allemands semblent enfin heureux” , écrivait un grand journal français du soir le 17 juillet 2009. Singulier aveuglement d’un observateur qui ne voit pas que les poussettes d’enfants ont disparu du paysage et qui oublie qu’un pays qui vieillit à ce rythme finit toujours par… mourir». Des mots que Frédéric Lefebvre ferait bien de méditer.

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