Italie : Silvio Berlusconi de plus en plus isolé

Sa gestion de l'économie et ses frasques inquiètent les Italiens... et les marchés financiers
05 Sept

Les ennuis se succèdent pour Silvio Berlusconi. Déjà au mois de mai dernier, le Cavaliere avait enregistré une sérieuse défaite aux municipales . Au mois de juin, il a dû s'incliner devant le résultat du vote des Italiens aux différents référendums auxquels ils étaient appelés à donner leur avis : sur un retour au nucléaire, la privatisation de l'eau et, cerise sur le gâteau, son immunité judiciaire. Sur ce dernier point, une majorité écrasante d'électeurs – environ 95% – a voté « si » pour faire abroger les lois du gouvernement de Berlusconi sur les dossiers le concernant.

Les revers électoraux se succèdent

Au mois de juillet, il a dû affronter deux audiences dans la même journée, l'une pour le recours à des prostituées mineures, l'autre pour corruption de témoin : il aurait acheté le faux témoignage de son ancien avocat britannique, David Mills , dans deux procédures à son encontre dans les années 90.

Le chef du gouvernement doit aussi affronter deux autres procès, un pour l'affaire Mediaset pour surfacturation de droits de retransmission télévisée, et un autre pour l'affaire Mediatrade, toujours pour le même motif.

Son plan d'austérité voté dans la précipitation au milieu de l'été passe mal : pour récupérer 90 milliards d'euros sur les trois prochaines années et rassurer les marchés, Berlusconi impose à la population des sacrifices qui sont très mal acceptés. D'autant que le Cavaliere vient de décider de supprimer la «contribution exceptionnelle de solidarité» sur les plus hauts revenus pour toucher aux retraites. Il a aussi évité l'introduction un temps envisagée d'une taxe sur le patrimoine.

Un plan d'austérité qui ne passe pas

Le paquet de mesures prévues a vu sa composition modifiée sur d'autres points : les collectivités locales qui avaient commencé à protester contre les coupes sévères seront moins pénalisées, mais les conseils provinciaux (l'équivalent de nos départements) seront éliminés, alors qu'il n'était prévu de supprimer que ceux de moins de 300.000 habitants. La colère monte dans le pays, d'autant que la situation économique est attribuée au gouvernement Berlusconi qui prétend la réparer. Un reportage de Dimanche+ sur Canal+ montre bien l'exaspération qui gagne une majorité d'Italiens. Les syndicats ont organisé une grève générale pour le 6 septembre, alors que le Sénat entame la discussion sur le projet de loi budgétaire.

Mais ce n'est pas seulement la dette qui inquiète les marchés, mais aussi l'attitude de Berlusconi et les différents scandales qui l'entourent.

« On ne verra jamais une photo de mon fils avec des bonnes femmes ! »

Un film est sorti au mois de mars en Italie : intitulé Silvio Forever , il fait le portrait sans complaisance du Cavaliere, à l'aide de reportages et témoignages. Cet ancien vendeur d'aspirateurs, né et élevé à Milan, passé par Paris pour des études de droit, s'est fait tout seul, et c'est ce qui a fasciné un temps les Italiens. « Je sais y faire », se plaît-il à dire. Avec le Cavaliere, la politique est devenu spectacle. Dernièrement, la crise de l'île de Lampedusa, avec l'arrivée massive d'immigrés Tunisiens suite au «Printemps arabe» lui a permis de faire un nouveau show. De passage sur l'île pour quelques heures, il a fait toutes sortes de promesses aux habitants dépassés par la situation, il a même acheté une maison sur place ! Il joue son rôle de chef de l'État, mais n'a jamais caché qu'il est entré en politique pour la télévision et le football. Quant aux femmes, la liste des scandales n'est plus à faire. On ne peut s'empêcher de sourire en entendant la mère du Cavaliere, décédée aujourd'hui, déclarer dans le film : « On ne verra jamais une photo de mon fils avec des bonnes femmes ! » La télévision publique, qui est tenue de transmettre 12 secondes de spot publicitaire sur les films qui sortent, a préféré ne pas le faire pour celui-ci, au motif que la bande-annonce utilisait la parole d'une personne – Madame Berlusconi mère – disparue ! Berlusconi fait encore peur, c'est un homme puissant, qui s'est entouré des meilleurs avocats, et la justice italienne n'est pas la plus rapide du monde... Le Cavaliere, lui, pratique l' auto-dérision et trouve le moyen de plaisanter en public sur ses soirées "bunga bunga". Les marchés financiers s'inquiètent de ses dérapages trop fréquents.

Berlusconi se pense à l'abri, mais sa position est tout de même fragilisée. Sans son allié de la Ligue du Nord, il n'a pas de majorité. L'Italie est partagée : pour certains, Berlusconi est un corrupteur, pour d'autres, il est une victime persécutée par des « juges rouges ».

Le jeudi 1er septembre, la presse italienne a rendu publiques des écoutes réalisées sur un téléphone d'un proche de Berlusconi. Le chef du gouvernement y avoue son exaspération et son vœu de quitter son pays qui lui donne envie de « vomir ». Combien de temps encore les Italiens pourront-ils supporté d'être si mal traités ?

Sur le même sujet