Jane Evelyn Atwood, la photographe des laissés-pour-compte

La MEP expose 35 ans de carrière d'une artiste engagée et sensible.
31 Août

Elle est née à New York mais vit à Paris depuis 1971. Jane Evelyn Atwood a commencé par photographier des prostituées. Pour cela, elle n'a pas hésité à se lier avec certaines d'entre elles, avec lesquelles elle a toujours gardé des contacts. Elle a ensuite photographié des enfants aveugles, des femmes en prison – elle a pu pénétrer dans quarante prisons en Europe et aux États-Unis, et a reçu le Grand Prix Paris Match du photojournalisme en 1990 pour « A women's prison in the USSR », et le prix France Info pour le livre Trop de peines, femmes en prison , paru chez Albin Michel – , des victimes du sida, des victimes de mines antipersonnel – au Cambodge, en Angola, au Kosovo, au Mozambique et en Afghanistan –, le Darfour, Haïti (en 2005, puis après le tremblement de terre)... Des êtres «en marge», laissés-pour-compte, presque oubliés.

La photographe des blessés de la vie

Le regard qu'elle porte sur eux n'est pas celui d'une spectatrice distante qui veut juste rendre compte. Il y a de l'empathie dans sa façon de photographier et de regarder ceux qui ont été blessés par la vie. Elle n'hésite pas cependant à provoquer parfois le malaise, parce qu'elle ne triche pas, et qu'elle aimerait attirer l'attention du grand public sur ses sujets de prédilection.

La plupart du temps, elle opte pour le noir & blanc, sauf pour son reportage sur Haïti, où elle choisit la couleur, pour montrer les espoirs d'un peuple et son désir profond d'échapper à la fatalité (et parce qu'elle est «tombée amoureuse de ce pays»), et pour son reportage sur les malades du sida, qu'elle a parfois suivis jusqu'à la mort.

Un témoin clé de notre temps

La Maison européenne de la photographie * lui consacre depuis le 29 juin et jusqu'au 25 septembre prochain une rétrospective -de 200 photographies environ- qui s'articule autour de 6 séries majeures. Dans une interview accordée en juillet dernier à la chaîne TV5 Monde , la photographe explique ses choix par son intérêt pour la «condition humaine». Elle est réellement intéressée par les gens qu'elle rencontre, et c'est sans doute pour cela que ceux-ci lui permettent d'entrer dans leur intimité. Elle a ainsi pu photographier une femme sous monitoring mais enchaînée dans une prison américaine et aller jusque dans le couloir de la mort (elle a rencontré Gaile Owens , qui a bénéficié de la grâce du gouverneur du Tennessee en juillet 2010, et elle est toujours en contact avec elle).

Témoin clé de notre époque, Jane Evelyn Artwood nous conduit vers ceux que l'on ne veut pas voir, et nous suggère de ne plus détourner notre regard.

*MEP, 5-7, rue de Fourcy, Paris 4, M° Saint-Paul, du mercredi au dimanche de 11 heures à 20 heures (Tél. : 01 44 78 75 00).

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