Les 50 ans de la mort de Céline

L'auteur du Voyage au bout de la nuit est mort le 1er juillet 1961 en laissant une œuvre controversée
25 Juin
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La nouvelle est tombée le 21 janvier dernier : La République ne célèbrera pas Céline. Le 50e anniversaire de la mort de l'écrivain a été retiré de la liste des célébrations officilelles. Le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a souligné que l'antisémitisme notoire de Céline ne correspondait pas aux « valeurs de la République ».

Voyage au bout de la nuit , une langue nouvelle

En 1932, la parution du Voyage au bout de la nuit d'un certain Louis-Ferdinand Céline, médecin de son état, est un véritable coup de tonnerre dans la littérature française. Le langage populaire de l'auteur séduit, les sujets qu'il aborde touchent le plus grand nombre, en cette période d'incertitudes: le militarisme (Céline en 1914 n'a fait qu'un mois de combat dans la cavalerie, mais il en a gardé une grave blessure et les souvenirs d'une indescriptible boucherie), l'anti-colonialisme (une grande partie du livre se déroule en Afrique) et l'exploitation de l'homme par le travail. Les communistes voient chez Céline un des leurs, et certains comme Aragon lui tendent une main qu'il ne saisira pas. Pour lui, « i l n’y a que des exploiteurs et des exploités, et chaque exploité ne demande qu’à devenir exploiteur ».

Il poursuit sa carrière d'écrivain avec Mort à crédit en mai 1936, mais le roman est mal accueilli par la critique, ce que Céline accepte très mal. Cette blessure narcissique peut-elle expliquer son évolution future ? Pas seulement. Enfant il a baigné dans un antisémitisme ambiant, son père était antidreyfusard et Céline lisait avec délectation les livres de Jean Drault, auteur de livres humoristiques à connotation antisémite, créateur du personnage du soldat Chapuzot, que certains lecteurs de Céline pensent avoir retrouvé dans le Voyage .

Le début d'une dérive

La même année, il part pour l'URSS, pour se faire une idée, semble-t-il, du régime de Staline, dont il clame la mystification à son retour. En 1937 il publie Bagatelles pour un massacre dans lequel il ne cache plus son antisémitisme. Pour lui, comme pour tout un courant répandu à l'époque, ce sont les juifs qui veulent la guerre.

Bagatelles connaît un grand succès, pourtant il n'y a plus grand chose du Céline du Voyage dans ce livre. L'auteur a largement puisé -- jusqu'au plagiat -- dans ses lectures, par exemple dans le journal La France enchaînée de Louis Darquier, journaliste qui se fait appeler Darquier de Pellepoix et qui a fondé le Rassemblement anti-juif de France. Fort de son succès, Céline publie dès 1938 L'école des cadavres qui est dans la droite ligne de Bagatelles .

Avec la défaite de 1940, Céline ne suit pas Pétain à Vichy, il préfère l'anti-sémitisme plus radical qui s'étale à Paris. Il se rend à l'exposition Le juif et la France au palais Berlitz à l'automne 40 et s'étonne que ses deux derniers livres n'y figurent pas. Il publie un troisième pamphlet, Les beaux draps, dans lequel il révèle sa sympathie pour l'occupant. En 44 paraît un nouveau roman, Guignol's band , dont l'action se situe à Londres. Céline semble avoir retrouvé la verve du Voyage .

La fuite vers le Danemark

Après le débarquement allié, il préfère fuir la France et part pour le Danemark, où il aurait caché des lingots d'or. Il mettra près de 9 mois à y parvenir, non sans s'être arrêté à Sigmaringen, où se retrouvent ceux qui avaient cru dans la victoire allemande, comme Pétain et Laval. Il racontera les détails de son séjour dans un récit loufoque de la débâcle des derniers représentants du collaborationnisme, D'un château l'autre. Ce récit est complété par Nord et un dernier livre publié après la mort de l'auteur, Rigodon .

Céline rejoint le Danemark. Il y sera arrêté mais pas renvoyé en France. Il rentre de son plein gré et s'installe à Meudon pour y couler des jours paisibles. Dans de rares interviews, il tente de se justifier,se dit incompris. Cela ne l'empêche pas de faire l'éloge d'un des premiers livres négationnistes, Le mensonge d'Ulysse , de Paul Rassinier.

Sa mort le 1er juillet 1961 passe inaperçue avec le suicide d'Hemingway le lendemain. Et c'est probablement très bien ainsi.

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