Mer de Chine : le risque de conflit se précise

La tension grandit entre la Chine et les États-Unis dans cette région du monde riche en hydrocarbures
04 Juil
30

Alors que les observateurs ont les yeux rivés sur la Libye ou la Syrie, un groupe de réflexion australien, le Lowy Institute , veut attirer l'attention sur un risque de conflit grandissant en mer de Chine. Outre TaÏwan, que la Chine considère comme partie intégrante de son territoire, les revendications territoriales et maritimes viennent aussi du Japon, de l'Indonésie, de la Malaisie, des Philippines et du Vietnam. Tous veulent le contrôle de l'une des routes maritimes essentielles et se disputent les Paracels et les Spratleys, deux chapelets d'îles censées être riches en hydrocarbures.

Hanoï procède à des exercices militaires dans la région

Le 26 mai dernier, des navires d'observation chinois endommagent un navire d'exploration pétrolière vietnamien. Puis c'est un navire de pêche chinois qui coupe accidentellement (?) les câbles d'exploration d'un navire du même groupe public d'hydrocarbures vietnamien. À chaque fois, les incidents se produisent dans la Zone économique exclusive (ZEE) de 200 miles que revendique le Vietnam. Les populations de Hanoï et de Ho-Chi-Minh-Ville manifestent dans les rues avec des slogans comme : « Les îles Paracel et Spratly appartiennent au Vietnam ». Dans la nuit du 12 au 13 juin, Hanoï procède même à des exercices militaires avec tirs réels non loin des zones contestées. Le 1er juillet, le premier porte-avion chinois prend la mer dans la région pour ses premiers essais, tandis qu'un des plus grands navires de surveillance chinois largue les amarres pour Singapour via la mer de Chine du sud... Le bras de fer a bel et bien commencé.

Le Vietnam, qui n'ignore pourtant pas que la Chine ne tolère que des discussions bilatérales, choisit d'internationaliser le différend, ce qui revient à lancer un appel aux États-Unis. La secrétaire d'État Hillary Clinton avait appelé à l'automne dernier la Chine et les pays de l'Asean (Association des nations d'Asie du Sud-Est) à trouver une solution multilatérale négociée. Les ennemis d'hier se sont rapprochés dernièrement, ce qui agace les Chinois.

Le Japon et l'Inde suivent la situation de près

C'est le moment que choisit Manille pour s'émouvoir à son tour des ambitions de Pékin sur les divers archipels de la région (Paracel, Spratly et Pratas) : les Philippines ont constaté ces quatre derniers mois une dizaine d'incursions de navires chinois dans leurs eaux territoriales et s'opposent à un projet chinois de plate-forme pétrolière près des Spratleys. Taïwan menace de déployer des navires lance-missiles en mer de Chine et de disposer des chars sur certaines îles des Spratleys. Le Japon s'est aussi ému à différentes reprises de l'incursion de navires chinois dans ses eaux territoriales (les bateaux blancs de l'administration de surveillance des pêches chinoise sont équipés d'armes lourdes...).

Selon Pékin, le différend territorial sur la souveraineté des divers archipels n'est pas du ressort des États-Unis, c'est une question régionale. Les Chinois soupçonnent Washington de vouloir se saisir du dossier pour « revenir en Asie ». Lefigaro.fr rapporte que, il y a quelques jours, Robert Gates, patron du Pentagone, a réaffirmé que les États-Unis avaient l'intention de maintenir une présence militaire « solide » en Asie .

Les nuages s'amoncellent

Comme si tout cela ne suffisait pas, l'Inde, quoique davantage ouverte sur la mer d'Arabie et le golfe du Bengale que sur la mer de Chine méridionale, surveille la situation de très près, car elle a, elle aussi, un contentieux territorial avec Pékin.

Les Philippines viennent d'adopter un nouveau nom pour la zone disputée : «mer des Philippines occidentales». «Mer de l'Est» pour HanoÏ, «mer de Chine méridionale» pour Pékin, il ne reste plus qu'à souhaiter qu'elle ne devienne pas la «mer de tous les conflits».

Sur le même sujet