Nos héros de BD cachent-ils de lourds secrets ?

"Le petit livre bleu"* d'Antoine Bueno sur les Schroumpfs jette une ombre sur les personnages qui ont peuplé notre enfance
29 Juil

La polémique ne retombe pas depuis qu' Antoine Bueno , journaliste, chroniqueur TV, chargé de mission au Sénat et professeur à Sciences-Po, où il enseigne l'Utopie, a eu l'idée de se pencher sur le petit monde des Schtroumpfs, ces petits lutins bleus imaginés par le dessinateur Peyo qui apparaissent en 1958 dans un album de Johan et Pirlouit, La Flûte à six schtroumpfs , et auxquels le dessinateur consacra rapidement une série parallèle à succès.

Ceux qui ont grandi avec les Schtroumpfs les connaissent presque tous, du Grand Schtroumpf qui règne sur tout le village à la blonde Schtroumpfette un peu "nunuche", en passant par les Schtroumpfs paresseux ou à lunettes, sans oublier les personnages secondaires, comme l'odieux Gargamel, le sorcier qui aimerait tant les faire disparaître, et son chat Azraël... Bueno les connaît aussi, il a feuilleté tous les albums, et s'il ne soupçonne pas une seconde Peyo d'intentions malveillantes, il ne peut s'empêcher de penser que le dessinateur, en utilisant des images inscrites dans notre inconscient collectif, dans notre culture populaire, a décrit à travers les Schtroumpfs « un archétype d'utopie totalitaire empreint de stalinisme et de nazisme » !!!

Le Grand Schtroumpf cumule tous les pouvoirs

Le Grand Schtroumpf est un chef au pouvoir absolu, qui impose aux autres des travaux collectifs ; Gargamel serait la figure du juif capitaliste et véreux ; le racisme serait patent dans les Schroumpfs noirs (1963), album dans lequel le village est frappé par une épidémie – transmise par une mouche – qui change les petits lutins bleus en lutins noirs qui ne savent plus parler et mordent leurs congénères (le cannibalisme n'est pas loin)... Il est intéressant de noter que cet album n'a pas été adapté dans les pays anglo-saxons et que, dans l'adaptation en dessin animé par la firme américaine Hanna-Barbera, les Schroumpfs deviennent violets et pas noirs ; la Schroumpfette serait un « petit bijou de stéréotypes féminins », bavarde, superficielle, capricieuse (elle a d'ailleurs été créée par Gargamel pour semer la zizanie dans le village de ses ennemis jurés).

Certains fans des petits hommes bleus ont vu rouge et se sont déchaînés sur le site Schtroumpf Mania . Bueno aurait même reçu des menaces de mort ! D'autres fans, plus mesurés, ne voient dans le livre de Bueno qu'« un coup de pub pour l'auteur » et parlent d'un « livre de sociologue de types qui décortiquent les cheveux en 4 » (sic). Bueno a été surpris par l'ampleur de la polémique. Il dit avoir voulu juste « expliquer que les œuvres populaires nous en apprennent beaucoup de la société dont elles sont le fruit ».

Tintin victime d'une difficile histoire de famille

La polémique n'accèdera probablement au sommets atteint par celle qui toucha certains albums de Tintin, notamment Tintin au Congo , contre lequel un étudiant congolais résidant à Bruxelles déposa une plainte en 2007. Un avocat britannique s'était lui aussi dit outré par le contenu raciste de l'album et avait alerté la Commission for Racial Equality à Londres. Pierre Assouline, biographe d'Hergé, avait vu dans tout ce remue-ménage une démarche « politiquement correcte » qui l'agaçait fortement.

Le psychanalyste Serge Tisseron s'est penché sur tous les albums de Tintin et a découvert le secret d'Hergé : « J ’ai finalement acquis la conviction qu’une seconde histoire secrète courait derrière le déroulé "officiel" des personnages de Hergé, et que ce mystère masquait les souffrances d’un garçon né de père inconnu, mais illustre. J’ai également émis l’hypothèse que Hergé – pour avoir si bien bâti ce niveau souterrain tout au long de son œuvre – devait avoir vécu quelque chose de semblable » ( Psychologies.com ) En fait, c'est le père d'Hergé, Alexis Remi, qui était né de père inconnu, mais Hergé en avait souffert lui aussi.

Les psys en font-ils trop ?

D'autres personnages de BD ont été passés au crible : Panoramix, le druide du village dans les albums d'Astérix et Obélix, représenterait à lui seul l'image du père selon le site Héros contemporains et psychanalyse ; Black et Mortimer serait l'œuvre "crypto-gay" par excellence (« la tension homo-érotique... est palpable à chaque page »), Gaston Lagaffe une apologie de l'anarcho-terrorisme, Lucky Luke serai un tireur frustré et l'Oncle Picsou investirait sa « libido frustrée dans une quête infinie, (celle) de l'accumulation de richesses » (Pierre Ancery pour Slate.fr )...

Que tout cela ne gâche pas votre lecture !...

* Paru en juin 2011 chez Hors Collection.

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