Quand les écrivains s'intéressent à l'art culinaire...

Ce n'est pas toujours dans l'unique intention de livrer des recettes savoureuses...
11 Juil
31

Il y a, bien sûr, les « classiques », comme Le festin de Babette de Karen Blixen ( Gallimard ) – l'histoire de cette domestique qui prépare un dîner français pour ses patronnes norvégiennes après avoir gagné à la loterie – et Beignets de tomates vertes de Fanny Flag ( J'ai lu ) – dont le titre québécois est Le secret est dans la sauce , tout un programme !

La nourriture comme lien entre générations

Mais les écrivains, sous prétexte de révéler leurs secrets culinaires, nous livrent leurs souvenirs d'enfance, parlent d'amour, de sexe, de mort et même de politique. Zoé Valdès est née à La Havane à Cuba mais a dû s'exiler après la publication de son roman Le néant quotidien (Actes sud) en France, pour insoumission au régime castriste. Dans La douleur du dollar ( Actes sud ), elle donne sa recette de boulettes à base de... semelles boullies ! Mais évoque aussi avec nostalgie les bons plats qui ont marqué son enfance.

Stefania Gianotti est née à Rome dans les années cinquante et, dans La vie al dente (Autrement ), elle rappelle qu'en Italie la nourriture est liée à tous les actes de la vie et permet de faire le lien entre les générations. C'est aussi ce que raconte sa compatriote Giuseppina Torregrossa avec Les tétins de sainte Agate ( Lattès ) : Agata, la grand-mère, révèle à sa petite-fille, Agatina, le secret des gâteaux que l'on prépare chaque 5 février, à Catane (Sicile), en l'honneur de la sainte, ces petits gâteaux ronds au glaçage blanc, surmontés d'une cerise confite, que les petites filles portent en procession sur un plateau, deux par deux, et qui sont censés évoquer le martyr de sainte Agathe à qui le cruel consul Quinziano fit couper la poitrine parce qu'elle avait repoussé ses avances...

La cuisine pour exprimer la douleur

La cuisine peut être cruelle... «Potage aux oreilles de chat», «lapin nain sur canapé»,... le roman-cuisine (en fait des nouvelles dont les animaux de compagnie sont le fil conducteur) d'Elise Milicevic, Hot Dog ( Eds 1973 ), propose heureusement d'autres recettes bien plus savoureuses, mises au point avec un vrai chef. Dans Cuisine et correspondance, une amitié en 82 recettes ( Fleuve Noir ), Nancy Garfinkel et Andrea Israël échangent souvenirs d'enfance, confidences d'adolescentes puis de femmes, mais aussi recettes, dans un délicieux roman-cuisine épistolaire.

Dans Lila, Lila ( Points ), l'écrivain suisse allemand Martin Suter raconte comment un jeune homme s'attribue un manuscrit trouvé dans un vieux meuble pour impressionner une jeune fille. Celle-ci décide de le soumettre à un éditeur, qui le publie, et le jeune homme se retrouve très vite dépassé par le succès du livre. Il est peu question de cuisine dans ce roman, mais au fur et à mesure que sa situation financière s'améliore, le jeune homme fréquente des restaurants de plus en plus prestigieux. Une façon peut-être pour Suter de se faire pardonner le mauvais traitement qu'il inflige généralement à son personnage principal... Avec Le cuisinier ( Bourgois ), l'écrivain a «sauté le pas» et livre à la fin du roman les recettes de son héros, un jeune cuisinier tamoul réfugié en Suisse.

À suivre ...

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