Violence conjugale: des hommes battus victimes silencieuses

Car elle va à l'encontre de nos stéréotypes sociaux, la violence conjugale faite aux hommes relève d'un impensable social. Conséquence, le tabou demeure.
25 Juil
20

110 000 hommes battus en France, tel est le chiffre annoncé par l'observatoire national de la délinquance. En 2009, en France, 27 hommes sont décédés sous les coups de leur compagne. Mais face à cette violence conjugale jugée honteuse et impensable, moins de 5% des hommes battus oseraient briser la loi du silence et pousseraient les portes d'un commissariat. Et c'est à cette loi du silence que se heurta la Suissesse Sylvie Torrent, psychologue sociale, lors de son étude sur ce tabou social dont sortira un livre "L'homme battu, un tabou au coeur du tabou" . Des victimes difficiles à approcher, telle sera sa conclusion.

Un impensable social

Mythe issu d’une idéologie bourgeoise, où la femme est angélique et l’homme, dominateur par nature, cette violence conjugale représente un véritable inversement des rôles sociaux. Menaçant l’organisation patriarcale de nos sociétés, cette maltraitance conjugale peine encore à trouver une place pour ses victimes. Pendant longtemps, ces hommes battus étaient la risée de tous lors de manifestations publiques, et ce depuis la Renaissance. Jusqu'à la fin des années 1970, il n’était pas rare de retrouver ces hommes victimes de maltraitance conjugale dans la ligne de mire des caricatures satiriques des journaux.

Il faudra attendre une enquête sociale de grande envergure, menée par Strauss et Gelles en 1975, portant sur les violences domestiques dans les familles américaines, pour dénoncer l’impensable. La femme initialiserait la violence au sein du couple autant que l’homme ! La bombe est enfin lâchée. La violence conjugale n’appartient donc pas à l’homme. Mais ce sont les travaux de Steinmetz, en 1977, qui prononcera, pour la première fois, le douloureux terme de « syndrome de l’homme battu ».

Une violence conjugale polymorphe

Polymorphe, car cette violence conjugale n'est pas seulement physique. La maltraitance psychologique, plus insidieuse et donc plus difficile à s’en défendre, serait même l’arme favorite des femmes. Dénigrements, humiliations, enfermement, jalousie maladive, autant de stratèges visant à atteindre l’intégrité de l’homme. La forme la plus perverse étant de manipuler l’homme pour l’inciter à la violence physique, puis ensuite le dénoncer en tant qu’homme violent. Car rappelons que les lois visant à protéger les victimes de violence conjugale ont été mises en place pour protéger les femmes, premières victimes connues de la maltraitance commise au sein du couple.

Les conséquences des violences physiques infligées à l'homme sont souvent d'une gravité moindre, en comparaison à celles subies par les femmes. Bien que beaucoup d'entre elles compensent leur différence corporelle en ayant recours à des objets. Mais le problème réside plus dans le fait que ces violences physiques endurées sont beaucoup moins dénoncées. Honte sociale, déni du problème de violence, moqueries et déni de la gravité des actes de la part des services policiers, autant de raisons qui tiennent les hommes battus loin des services sociaux et policiers.

Une égalité des sexes à promouvoir

Soulever la problématique de la violence conjugale vécue par les hommes, et surtout son tabou, relève des ressorts de nos croyances sociales, et dénonce les évolutions encore nécessaires à une véritable égalité des sexes afin que les hommes aient aussi leur place parmi les victimes de la violence conjugale. Aujourd'hui, des associations se mettent en place pour aider ces victimes. Peut-être une fois le tabou tombé, les lignes d’écoute abandonneront l’appellation de centre d’aide pour femmes battues pour une ligne dédiée à toutes les victimes de ces odieuses violences conjugales, sans distinction. Tout simplement, car aujourd'hui on sait que ces maltraitances ne visent malheureusement pas que les femmes.

Références:

- Sylvie Torrent (2001). L'homme battu, un tabou au coeur du tabou. Option Santé

- Steinmetz. S.K. (1977-1978). The battered husband syndrome. An International Journal of Victimology,2. p.499-509

- M.A. Strauss & R.J. Gelles (Eds), Physical violence in American Families: Risk factors and adaptations to violence in 8 145 families.

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