10 mars: la Journée nationale de l'audition, pas de la surdité

Le 10 mars 2011, la JNA informera sur les risques du bruit et l'importance du dépistage de la surdité. Quelle est la place des sourds dans ce contexte?
7

Le 10 mars 2011, comme chaque année, plusieurs villes proposeront des animations à l'occasion de la Journée nationale de l'audition . Leurs contenus concernent essentiellement les personnes devenues sourdes et toutes les personnes bien entendantes qui ne souhaitent pas le devenir.

Leurs objectifs de prévention et de réparation de la surdité risquent parfois d'être incompatibles avec la participation des représentants des enfants ou adultes sourds de naissance.

L’association JNA

La "Journée nationale de l'audition" (JNA) est une association de type loi 1901, dont les objectifs sont la protection et la diffusion d’informations dans le domaine de l’audition.

Tous les ans, le 2e jeudi du mois de mars, l’association organise une journée nationale destinée à cet effet.

La JNA est subventionnée par des partenaires privés et publics (Etat, départements, communes) et parrainée par plusieurs ministères.

La journée annuelle

La JNA rassemble un certain nombre d’acteurs dans le domaine de l’audition: médecins ORL, audioprothésistes, orthophonistes, représentants associatifs.

Elle propose généralement des dépistages gratuits des difficultés auditives, des conférences, des manifestations culturelles et pédagogiques.

Les enjeux

Il s’agit en particulier d’informer sur les risques auditifs liés à:

  • l’utilisation abusive des baladeurs numériques,
  • l’intensité excessive de la musique amplifiée dans les discothèques et concerts,
  • l’intensité excessive des bruits de la vie quotidienne.

  • acouphènes (sifflements, bourdonnements),
  • hyperacousie ou hyper sensibilité au bruit (perception plus forte que la réalité),
  • surdité de perception (détérioration des cellules cochléaires).

Des enquêtes

L’association lance régulièrement des enquêtes.

En 2009, elle portait sur l’usage des appareils auditifs en cas de déficience acquise.

Les résultats ont été communiqués lors d’une conférence de presse le 24 novembre dernier, répondant à une question de fond:"L’appareillage auditif en France est-il toujours un tabou?" 44% des patients dépistés ne font rien, en effet, pour leur problème d'audition.

Coût, manque d’information sur le remboursement, déni de surdité, poids des préjugés, tels sont les freins du passage à l’appareillage des Français(communiqué de l’association "France Presbyacousie " transmis par M. Rebeyrotte, consultante).

En 2011, il s'agira de s'interroger sur les nuisances sonores quotidiennes (bruits domestiques, transports, voisinage, loisirs, travail): cette enquête annuelle doit permettre de faire un état des lieux de la situation du bruit en France, véritable danger non seulement pour les oreilles mais aussi pour l'ensemble de l’organisme.

Les actions de la JNA ont donc un double but:

  • prévenir la surdité en sensibilisant tous les publics sur les risques pour l’audition;
  • inciter au contrôle auditif régulier et à l’appareillage correctif de surdité.

Malentendus possibles

Les associations d’usagers sourds ou malentendants et de parents d’enfants sourds sont généralement invités à participer à l’organisation de cette journée. Elles y proposent souvent des conférences, des témoignages, des ateliers de découverte sur les modes de communication.

La participation des associations de personnes devenues sourdes apparaît logique dans ce cadre. Elles y apportent des informations sur la problématique de la surdité acquise et les solutions pour vivre avec; de nombreux visiteurs font tester leur audition, craignant la presbyacousie ; ils peuvent donc être concernés par les aides techniques compensatoires ou l'apprentissage de la lecture labiale.

En revanche, celle des associations représentant des enfants ou adultes sourds de naissance l’est peut-être moins. Le public visé est essentiellement constitué de personnes bien entendantes que l’on souhaite empêcher de devenir sourdes ou qui se posent des questions sur leur audition. A priori, ce public n’est pas concerné par la Langue des signes ou l’éducation des enfants sourds.

L’idée serait-elle de "montrer" des sourds pour faire peur à ceux qui ne le sont pas encore mais risqueraient de le devenir? Sans doute pas, mais la confrontation entre les uns et les autres repose parfois sur cette notion comparative. Le regard porté sur les premiers par les seconds n’est pas toujours un regard d’intérêt mais plutôt de distanciation.

Clichés ou dérapages en parole et en action

Certains propos lus et entendus dans le contexte de la JNA illustrent cette ambiguïté. La phrase "Aujourd’hui, les troubles de l’audition ne concernent plus uniquement les seniors" indique clairement que la problématique des personnes nées sourdes (ou devenues sourdes durant l'enfance) ne fait pas partie des préoccupations des organisateurs. Elle les nie littéralement.

Cet éclairage permet sans doute de comprendre l’anecdote suivante.

Lors de la préparation de la JNA, le comité d’organisation d’une commune avait prévu un concert pédagogique. Le groupe musical attendu devait, entre deux accords de guitare, apporter des informations en situation sur les dangers acoustiques.

Afin de rendre cette manifestation accessible au public sourd attendu, il devait être proposé une transcription écrite (par procédé de vélotypie) et l’interprétariat en Langue des signes (LSF). Mais, pour limiter les frais, la majorité des membres du comité décida:

  • de ne faire intervenir que l’interprète lors du concert : on y attendait en effet plutôt des jeunes sourds qui furent d’office catalogués comme sourds de naissance, donc utilisateurs de la LSF;
  • de réserver la vélotypie à une autre conférence où l’on supposait recevoir au contraire plus de personnes adultes devenues sourdes.

Dans cette commune, l’association de parents d’enfants sourds refuse désormais de s’associer aux manifestations de la JNA.

Un certain manque de tact

Le plan "Handicap auditif " proposé par le gouvernement en février 2010 avait choqué le milieu associatif pour la même raison. Le chapitre premier, dont l'importance était ainsi mise en évidence, ne concernait pas les personnes sourdes mais la prévention de la surdité.

La lutte contre la surdité est bien sûr légitime. Mais y associer les sourds relève parfois d'un certain manque de tact, tant est grand le risque de dévalorisation.

La perception que les sourds ont d'eux-mêmes ne rejoint pas, le plus souvent, l'idée de surdité véhiculée par le milieu médical. La "menace" de surdité qui plane au-dessus des baladeurs comme un châtiment peut donc être choquante car le sourd est alors celui qu'il ne faut surtout pas devenir.

Sur le même sujet