13 novembre : la journée de la gentillesse. Soyons "gentleman"

La journée mondiale de la gentillesse pourrait être l'occasion de retrouver des valeurs oubliées et la noblesse de coeur.

Suffira-t-il d’une seule journée pour pouvoir dire: "tout le monde, il est beau ; tout le monde, il est gentil" ? (en référence au titre de la comédie satirique réalisée en 1972 par Jean Yanne). Sans doute pas. Mais en cette journée du 13 novembre, nous pouvons peut-être nous interroger sur ce qu’est la gentillesse véritable.

Comment être gentil ?

C’est un trait de caractère ou un état d’esprit: les gentils sont réputés être aimables, prévenants et attentifs aux autres. Ils n’hésitent pas aider, proposer leurs services et à ne jamais refuser lorsqu’ils sont sollicités.

La gentillesse est une ouverture bienveillante à autrui, au-delà de la simple politesse. Pour être poli, il suffit d’appliquer quelques principes codifiés: savoir dire merci, saluer ses voisins dans l’ascenseur, céder sa place à une personne âgée dans le bus ou présenter ses excuses si nécessaire. Pour être gentil, il faut faire un pas de plus: aider la voisine à porter ses paquets, prendre le temps d’écouter le récit de "ses malheurs", lui apporter du réconfort. Il s’agit d’avoir envie de faire plaisir.

"Trop gentil pour être honnête"

Attention toutefois, l’excès de gentillesse peut être perçu de façon négative. On se méfie alors de celui ou celle dont l’abondance de compliments s’apparente à de l’hypocrisie.

"Elle est bien gentille mais… " désigne ces personnes fort aimables mais si peu authentiques: tout sourires, pleines de bonnes intentions, ne disant jamais "non", s’effaçant devant les autres, elles n’offrent d’elles-mêmes qu’une image inconsistante offrant peu d’intérêt.

"Nous avons appris à nous couper de nous-mêmes pour être avec les autres", écrit le psychotérapeuteThomas d’Ansembourg, dans "Cessez d’être gentils, soyez vrais", (Editions de l’Homme, 2001). Cette tendance à ignorer nos besoins ne nous engage pourtant pas à bien communiquer, au-delà d’une politesse et d’une gentillesse de façade.

La gentillesse est-elle accessible à tous ?

Nous n’avons pas toujours envie d’être gentils. Il nous faut parfois nous défendre contre les agressions extérieures. Enfermés parfois dans nos difficultés et préoccupations personnelles, affectives ou matérielles, nous sommes peu ou moins disponibles pour les autres.

Il est vraisemblablement plus facile d’être gentil quand tout va bien. Est-ce pour cette raison que les nantis de l’ancien régime sont devenus des "gentilshommes" ?

Agir en "gentleman"

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la gentillesse désigne le caractère de la noblesse légale, ses sentiments et manières.

Le gentilhomme se comporte en "grand seigneur", ses actions chevaleresques le distinguent des manières rustres et grossières du "vilain". La gentillesse est synonyme de savoir-vivre. Le "courtois" vit à la cour du roi, le "vilain" (du latin "villanus": qui vit en milieu rural) lutte pour sa survie. Ce mot signifie alors tout autant "méchant" que "laid", tandis que le "gentil" incarnera la beauté.

Historiquement, la noblesse s’est construite sur un certain nombre de valeurs morales. Les nobles ont des devoirs envers la société. Leur mission première est de défendre militairement le royaume contre agresseurs et envahisseurs. Les paysans du Moyen Âge se placent sous leur protection.

Par extension, cette élite est amenée à exercer fonctions et charges au service de l’Etat, s’opposant ainsi aux bourgeois mercantiles plus préoccupés d’amasser des richesses, et au peuple vulgaire, peu civilisé.

Le code d’honneur des "gentils"

Certes, la noblesse a failli en se dotant de droits et de privilèges abusifs. Certes, elle a maintes fois oublié de respecter ses engagements moraux. Certes, ses valeurs traditionnelles (religion, famille, roi et patrie) apparaissent désormais réactionnaires dans une société démocratique. Mais l’honneur aristocratique existe toujours, comme en témoigne le "code éthique de la noblesse " créé par la Commission d’information et liaison des associations nobles d’Europe.

C’est peut-être là que se trouve la vraie définition de la gentillesse:

  • honnêteté, fidélité, respect de la parole donnée;
  • sens du devoir, sens des responsabilités, désintéressement, dévouement;
  • aide au prochain, attention aux personnes, respect et tolérance;
  • courtoisie, modestie dans le comportement et les paroles;
  • courage, acceptation du risque et du sacrifice, esprit civique;
  • objectif de l’édification d’une société plus humaine.

Vers la noblesse du cœur

Il ne s’agit plus d’opposer grand seigneurs et bourgeois ou autres "roturiers et manants". La classe des commerçants est utile à tous. Notre société a justement évolué vers l’idée que tout métier est honorable.

Il n’est plus question de considérer les moins nantis comme des êtres grossiers, désagréables et "vils". Le peuple a su conquérir ses "lettres de noblesse" et prouver que courage, honnêteté ou dévouement ne se transmettent ni par les gènes ni par les armoiries.

La noblesse de cœur est accessible à tous, au delà des valeurs abusivement bourgeoises de nos sociétés modernes. La noblesse de cœur se situe au-delà du profit matériel.

Le 13 novembre pourrait être ainsi l’occasion de se réapproprier nos ancestrales valeurs chevaleresques. L’occasion, pourquoi pas, de "faire grâce" à nos ennemis, de pardonner les injures et de faire un premier pas après une rupture. L’occasion de nous redéfinir: "A qui et à quoi pouvons nous être utiles?".

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